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Ce n’est une surprise pour personne : la France va probablement perdre son triple A dans les prochaines semaines ou les prochains mois

Ce n’est une surprise pour personne : la France va probablement perdre son triple A dans les prochaines semaines.

Par Aurélien Véron

La France va probablement perdre son triple A dans les prochaines semaines ou les prochains mois. Ce n’est une surprise pour personne. Quoi qu’on pense du rôle des agences de notation, cette dégradation formelle ne fait qu’accompagner l’accélération du déclin économique et financier de la France, et l’absence de dynamique européenne. Les rendements comparés de la dette allemande et française annonçaient déjà cette sanction. La crise annoncée (oui, nous n’en sommes qu’au début) se justifie par l’inertie du gouvernement fragilisé qui joue la montre, et par l’opposition qui tire sur la moindre réduction de la dépense publique. Ni les responsables du PS, ni ceux de l’UMP n’osent proposer de réforme structurelle pour remettre notre modèle social d’aplomb. En attendant, le compteur de la dette continue à tourner, son rythme était de 406 millions d’euros supplémentaires par jour en 2010. Et le Fond Européen de Stabilité Financière n’a fait qu’empirer les choses en alourdissant potentiellement nos comptes publics de 158 milliards d’euros supplémentaires.

Les signaux annonçant nos difficultés financières à venir remontent à loin. Nicolas Baverez a signé « La France qui tombe » en 2004. Plus récemment, Jean-Claude Trichet n’a cessé d’évoquer les risques de crise systémique si les États (incluant implicitement le gouvernement français) ne s’attaquaient pas à leur dette. De grands patrons allemands ont annoncé travailler sur un scénario de sécession de l’euro du nord, en précisant que la France faisait partie… du sud. Il n’y a pas de fatalité dans cette crise. La seule certitude, c’est que « l’argent des autres » ne suffira pas à payer les envies de nos gouvernants. Ceux qui reprochent aux libéraux d’avoir annoncé le scénario en train de se dérouler devraient aussi se pencher sur leurs préconisations. Car leur constat s’accompagnait de propositions fortes pour échapper à cette spirale décliniste. Il n’est pas trop tard pour les écouter et élargir le débat de leur côté plutôt que de le laisser dériver du côté des souverainistes démondialisateurs.

La perte du AAA n’est pas la fin du monde. Les États-Unis ont déjà vu leur note dégradée et leur économie ne s’est pas brutalement effondrée (pas encore en tout cas). Mais la passivité d’un gouvernement qui agit dans la confusion et la dispersion retarde d’autant la mise en œuvre de réformes de fond. À la veille d’échéances électorales majeures, comment espérer un changement d’orientation dans la douleur (car les réformes nécessaires seront douloureuses) ? Cette incertitude politique sera sans doute un facteur déclencheur de la dégradation de la note de notre dette. À moins que ce ne soit cette dégradation qui accélère notre instabilité électorale. Va savoir…

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