10 ans de fuite en avant

11 septembre 2001 (CC, TheMachineStops)

Depuis le 9/11, c’est une fuite en avant antidémocratique qui fusille tout ce qui fit la richesse de l’Occident.

10 ans de fuite en avant

Cela fait donc 10 ans maintenant que trois tours, une partie de bâtiment officiel et quatre avions auront été réduits en morceaux, et quasiment en direct, marquant toute une tranche de l’Humanité par un flot d’images choc. Les commémorations et dossiers spéciaux sont déjà nombreux. On peut trouver quelques éléments de réflexion chez Toréador, Contrepoints et un de mes billets précédents propose une mise en perspective avec un autre 11 septembre, celui de 1773. Et même si l’on peut analyser ces événements sous de multiples angles, on peut déjà dire que les dix années passées se sont surtout traduites par une véritable fuite en avant.

En effet, du point de vue démocratique et libéral, force est de constater que le 11 septembre 2001 fut l’excuse rêvée pour diminuer drastiquement la liberté d’expression, les droits fondamentaux du citoyen devant les gouvernements, et de renforcer tous les contrôles aériens à un point tel qu’on frise maintenant le ridicule ; je décrivais ainsi dans un billet d’octobre 2006 la dérive observée et imaginait l’aboutissement logique de ces mesures sécuritaires poussées à leur extrême :

Le voyageur aérien lambda des années 2010 sera habillé en tongues, avec un gros sac de plastique opaque aux couleurs de la compagnie, et absolument rien en dessous.(…) On pourra observer, dans les halls d’embarquement, des petits paquets de pochons bigarrés s’attroupant devant les portes et attendant sagement, billet dans une main et passeport biométrique dans l’autre, qu’on les appelle pour entrer dans des avions au design futuriste mais aux installations à bord essentiellement fonctionnelles et limitées au strict minimum vital et strict maximum sécuritaire.

L’évolution, tant des États-Unis que de l’Union Européenne dans ces dix années montrent de façon limpide que si les terroristes n’ont pas gagné par le nombre de morts, les armées conventionnelles restant bien plus efficaces, ils ont largement gagné du terrain psychologique puisque les démocraties sociales de la fin du XXème Siècle ne sont maintenant plus que l’ombre d’elles-mêmes.

L’élite qui prétend nous gouverner, que ce soit en Amérique du Nord, ou en Europe, n’est plus qu’une parodie de représentation du peuple par le peuple et pour le peuple, de laquelle toute justice, toute équité, toute morale et toute probité auront disparu comme jamais auparavant. La défiance vis-à-vis de nos gouvernants est telle que, de facto, les gens parient plus sur l’avenir de la Chine, du Brésil, de l’Inde, ou d’autres pays émergents que sur le futur des porte-étendards traditionnels de la Bonne Façon de Penser et d’Agir.

Ces dix années n’ont été, en fait, qu’une immense fuite en avant, tant du côté de l’Europe que des États-Unis.

Ces derniers auront fui la crise des valeurs technologiques (dont la bulle a explosé quelques mois avant les tours jumelles) en se jetant dans une paranoïa sécuritaire doublée d’une bulle immobilière sans précédent qui met, maintenant, des centaines de milliers de familles dans des situations invraisemblables pour un pays jadis riche. Et pour compenser, les autorités américaines se sont lancées dans une politique keynésienne insensée qui achèvera de fusiller complètement l’économie mondiale basée sur un dollar de plus en plus fictif.

Fascism : do you think it'll be this obvious ?

Quant à l’Europe, de référendums en référendums, elle aura prouvé à plusieurs reprises son mépris pour la voix du peuple qu’elle entend représenter. Mépris qu’il faudra doubler de son incompétence stupéfiante à gérer tant la crise que ses propres traités et règlements. Noyant ses citoyens dans des directives de plus en plus ubuesques, elle ira jusqu’à réglementer les machines à café alors que la crise des dettes souveraines atteint des échelles inouïes.

Enfin, si ce week-end devait marquer quelque chose, ce n’est pas les 10 ans de commémorations des attentats du 11 Septembre, mais bel et bien le point de départ du délitement final de la zone euro.

Ce dimanche, en effet, tout montre que les heures qui viennent pour la Grèce seront celles où l’on apprendra qu’elle est, officiellement, en faillite.

Oh, tous ceux qui avaient déjà sorti la tête du sable ces derniers mois savaient déjà que la Grèce était, en réalité, aussi foutue que possible : l’État Grec est à tel point ruiné qu’il ne peut déjà plus payer autre chose que les salaires des fonctionnaires, à condition de ne plus faire aucune autre dépense, et son mois d’Octobre s’annonce pire puisqu’à ce moment, il ne pourra plus rien payer du tout.

La démission de Stark à la BCE laisse là encore peu de place à une interprétation favorable des événements : l’expression « les rats quittent le navire » est un peu inapproprié concernant Stark, ce dernier, plutôt orthodoxe, étant plutôt un élément modérateur dans la folie inopérante des dirigeants européens de la Banque Centrale, il reste que ce départ marque clairement l’abandon (par découragement ?) d’une certaine ligne de gestion.

Oui, les euro-bonds verront le jour (ce n’est plus qu’une question de jours, maintenant). Merkel, comme prévu, pliera.

Oui, l’Europe vogue à marche forcée vers un fédéralisme de plus en plus complet, avec une fiscalité et une gouvernance économique renforcée, dans la plus parfaite indifférence de ce que les peuples peuvent décider.

Ce dimanche, en effet, tout montre aussi que la crise a franchi un nouveau pallier : le FMI n’aura pas les moyens de sauver qui que ce soit. Les prochains pays à tomber seront, de fait, too big to bail out. Par exemple, de fait, l’Italie est en faillite ; les bons de son trésor ne trouvent preneurs que parce que la BCE affiche clairement vouloir les racheter. Il en va de même de l’Espagne et du Portugal.

Faites-vous une raison : dans le meilleur des cas, l’Europe devra se découper en deux zones Euro, l’une du Nord, et l’une du Sud. Et la France ne sera pas dans celle du Nord : les banques françaises voient déjà se profiler une dégradation de leur note, avant celle du pays, inévitable.

Au final, tout, dans ces dix ans, montre que les États, qu’ils soient démocratiques ou dictatoriaux, agissent toujours pour assurer leur croissance, et toujours aux dépens des populations qu’ils prétendent servir. Chacune de ces dix années n’aura servi qu’à préparer l’étape suivante d’un délitement prévisible, complet et profond des valeurs qui ont pourtant fondé la richesse de l’Occident.

Triste anniversaire.
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