La démocratie, nécessaire mais pas suffisante

Ce n’est pas la source mais les limitations du pouvoir qui l’empêchent d’être arbitraire

Que feriez-vous si la majorité des Français devait décider, lors d’un vote régulier, de priver nos concitoyens d’origine nord-africaine de leurs droits civiques, de les exproprier, de les expulser et d’exterminer ceux qui refusent ? Le peuple souverain ne se serait-il pas exprimé ? Sa décision serait-elle démocratiquement contestable ? Non n’est-ce pas ?

Le cas s’est déjà présenté : qui peut ignorer que le national-socialiste Hitler est arrivé au pouvoir par la voie des urnes et que rien de ce qu’il n’a entrepris, y compris les pires horreurs, n’était « illégal » ? Une démocratie, le gouvernement du peuple – ou plus précisément de sa majorité – a accouché d’un monstre totalitaire, un gouvernement omnipotent, d’un État total et, finalement, d’une guerre totale.

Moi je désobéirais – et nous serions sans doute nombreux à le faire. Je refuserais de toutes mes forces cette décision du peuple souverain et m’élèverais contre son application. Et pourtant je suis démocrate et je crois, comme Winston Churchill, que la démocratie est la pire forme de gouvernement à l’exclusion de toutes les autres.

Hayek disait que ce n’est pas la source mais les limitations du pouvoir qui l’empêchent d’être arbitraire. La démocratie, à elle seule, n’est pas suffisante. Nous avons besoin de plus: nous avons besoin d’une démocratie avec des garde-fous qui interdisent à l’État, expression de la majorité, d’attenter à nos libertés les plus fondamentales. Les fondateurs de notre République avaient pleinement conscience de cette nécessité absolue et nous avaient dotés, avec la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, d’un tel dispositif.

Les idéologies extrêmes et liberticides prolifèrent – des nationaux-socialistes du Front National, aux socialistes du Front de Gauche en passant par les étatistes de l’UMP, du PS, du Modem et de Debout la République. Les français accusent l’économie de marché et la mondialisation d’être responsables de nos maux et – terrible ironie – demandent encore plus d’État pour les protéger. On entend parler de protectionnisme : qui se souvient que c’est précisément les politiques protectionnistes d’avant-guerre qui ont précipité l’Europe dans le bain de sang de la seconde guerre mondiale ? On accuse les étrangers, les capitalistes, les paradis fiscaux et, d’une manière générale, ces autres qui font de si bons boucs émissaires à jeter en pâture à une opinion publique déchainée. Faut-il que l’histoire ne nous ait rien appris ? On surveille internet, on limite la liberté d’expression, on demande des aides à l’État, on met la presse au pas… Les temps de crise sont des périodes dangereuses, propices au son des bottes.

Plus que jamais le « gouvernement omnipotent » de Mises [1] et « la route de la servitude » [2] de Hayek nous alertent sur les dangers totalitaires qui se cachent derrières ces politiques. Plus que jamais nous avons besoin de liberté, d’une véritable et authentique liberté au sens premier du terme : la démocratie et un État limité.

Notes :

[1] Ludwig von Mises, Omnipotent Government: The Rise of Total State and Total War (1944).
[2] Friedrich August von Hayek, The Road to Serfdom (1944).