Sortir du « tout nucléaire » par le haut

Une politique de diversification encouragerait l’innovation et le progrès technologique

En contrepoint à l’article d’Alex Korbel, « Futur de l’énergie nucléaire après Fukushima ».

Par Éric Cunat

Pour la seconde fois en 25 ans, une catastrophe touchant une centrale nucléaire nous rappelle que cette technologie n’est pas sans risque. En attendant la mise au point de centrales fonctionnant sur le principe de la fusion nucléaire, les centrales actuelles ont au moins deux défauts : elles produisent des déchets toxiques et en cas de problème, elles sont plus dangereuses que des bombes atomiques. Le risque que des fous tentent un jour de se servir d’une centrale comme arme terroriste n’est potentiellement pas exclu. Les risques naturels existent aussi en France, si un tsunami est peu probable, des inondations, le gel ou éventuellement la sécheresse sur les cours d’eau servant au refroidissement ne sont pas à exclure. Three Mile Island, Tchernobyl et Fukushima nous rappellent que le risque zéro n’existe pas et que dans le domaine du nucléaire les catastrophes sont d’une ampleur considérable. Mais avant d’en arriver à de telles extrémités, le bon sens nous indique que le pluralisme est de rigueur. Au pays des monopoles publics, l’électricité n’échappe pas à la règle. Pourtant comme en Allemagne ou aux États-Unis, la diversification aurait bien des avantages.

Une politique ayant pour objectif qu’un tiers de l’électricité française soit fournie par des centrales au gaz ou au charbon et un autre tiers par des sources d’énergie renouvelables est envisageable. Le CEA a été mis en place pour doter la France de l’arme atomique, il draine d’énormes quantités d’argent, de manière opaque, dans cet objectif aujourd’hui caduc. La diversification et la privatisation, en rendant à la puissance publique son rôle de contrôle, ne peut être que positive. Ce domaine, autant que les autres, doit faire l’objet d’un débat public, démocratique et responsable.

D’une part, plusieurs entreprises privées concurrentes productrices d’électricité apporteraient de meilleurs tarifs et des solutions originales répondant au plus près aux besoins. Ces différentes solutions feraient que le jour où il y a un souci sur l’un ou sur l’autre des systèmes, les autres pourraient prendre le relais. Aujourd’hui 80% de l’électricité en France est nucléaire et un seul type de réacteur est utilisé. Les filières gaz et charbon propre, utilisées avec succès dans les autres pays industrialisés, sont quasiment absentes en France, même si quelques centrales à cycle combiné fonctionnant au gaz sont exploitées par Poweo. Dans l’hypothèse où une loi imposant la diversification des sources de production énergétique serait votée en France, des entreprises privées construiraient des centrales pouvant rapidement fournir au moins un tiers de la consommation française.

(Illustration René Le Honzec)

Pour ce qui concerne les énergies renouvelables. Actuellement environ 15% de l’énergie consommée en France est issue de sources renouvelables (hydroélectriques, éoliennes, photovoltaïques, géothermiques). D’une part ces sources peuvent être développées, j’en ai l’exemple concret à quelques kilomètres de chez moi avec la station de ski de La Bresse (5.000 habitants), qui est entièrement indépendante grâce à des barrages construits sur les hauteurs. Ici dans les Vosges il est de tradition d’avoir des turbines chez soi produisant tout ou partie de l’électricité du foyer. La commune de La Bresse, en accord avec les habitants, souhaitait installer des éoliennes, le préfet les a interdites pour des raisons écologiques (mais on peut se poser la question du rôle du lobby EDF-nucléaire). Bien sûr les énergies renouvelables ne doivent pas être centralisées, il est peu probable qu’on produise autant d’électricité qu’une centrale nucléaire avec des panneaux solaires groupés au même endroit. Mais la décentralisation, l’individualisation de la production, chacun pouvant adopter les technologies qui lui conviennent, me semble en accord avec la philosophie libérale que nous défendons.

On peut ajouter quelques avantages, la fin du monopole d’EDF signifierait aussi la fin d’une source de financement des structures communistes qui continuent de faire tant de mal en France. Beaucoup des fondateurs de la filière nucléaire française et du CEA étaient d’ailleurs communistes. Si comme Charles Gave nous l’a expliqué, la page de la “troisième voie” est tournée, alors les monopoles doivent disparaître en France et c’est une bonne occasion. Le gain sera aussi de promouvoir l’innovation dans l’industrie électrique en général et l’industrie nucléaire en particulier. Une loi de diversification permettrait de mettre à la retraite les plus vielles centrales et celles qui sont potentiellement dangereuses, comme Fessenheim, construite sur une faille sismique, et la concurrence inciterait une surenchère sécuritaire et des prix serrés pour le plus grand bonheur des citoyens-consommateurs.

Pour conclure, la mise en place d’une politique de diversification encouragerait l’innovation et le progrès technologique, les technologies renouvelables peuvent beaucoup progresser, la Californie nous montre déjà le chemin. La construction de nouvelles centrales, de gazoducs et de toutes les nouvelles structures serait une source d’emplois et de richesses financé par les entreprises privées et permettant une réforme d’un secteur qui est l’illustration des thèses de Charles Gave ou Agnès Verdier-Molinié.