Si les renouvelables étaient une voiture

Les renouvelables expliqués aux enfants. Et aux grands. Petit conte.

C’est l’histoire de Madame Fleur.

Madame Fleur est très inquiète. Elle habite dans un beau quartier avec des espaces verts, et elle trie tous ses déchets. Elle a vu à la télé que la planète va mourir dans 20 ans. Maximum.

Vingt ans, ça fait un peu court, pour Madame Fleur. Elle a prévu des trucs pour sa retraite, dans 25 ans. Alors, elle décide qu’elle ne peut pas laisser ça se passer ainsi. Et puis, elle a bien réussi sa vie, sa famille est florissante et ses enfants épanouis.

Elle décide donc, armée de tout son courage, d’appliquer la pensée mondiale et l’action locale. Et ça commencera pas plus tard que maintenant !

Elle se renseigne donc sur la toute nouvelle voiture Renouv Lab qui vient d’être lancée. Renouv Lab, vous voyez de quoi on parle, hein ? Non ? Ah, mais, enfin si, c’est la voiture qui sauve la planète, voyons ! Madame Fleur le sait bien, elle a lu l’article dans l’Expoint.

Le modèle qu’elle veut s’appelle l’Eoltaïc.

Vite, elle se poudre discrètement le nez de produits de beauté équitables, surligne ses yeux d’un petit mascara issu d’expérimentations poussées en laboratoire auquel aucun animal n’a participé, et se rend sans plus attendre dans le rutilant et tout nouveau concessionnaire Renouv Lab.

Panneaux solaires et petite éolienne sur le toit : l’échoppe est décidément tendance. A l’intérieur, l’éclairage LED donne une atmosphère détendue, accrue par la douce musique lounge enrobée d’un parfum patchouli revu par Gautier. Sur le mur s’étendent mollement de grandes photos de « La Terre Vue D’Hélicoptère » de Yann Brutus Attend.

Le vendeur, costume vert anis en fibres bio, s’approche d’elle avec un sourire chaleureux et doux dans le mouvement souple et calculé de l’anaconda se préparant à gober un gros dindon.

« Bonjour Monsieur, dit Madame Fleur. Je suis intéressée par la Renouv Lab Eoltaïc. Voyez-vous, j’ai lu dans la presse qu’elle sauve la planète…

— C’est tout à fait exact, Madame. Je vois que vous êtes très bien renseignée.

— Je voudrais avoir quelques informations, c’est possible ?

— Pour vous servir, Madame, susurre le vendeur, ses yeux papillotants du sac à main bien rempli au décolleté un peu moins.

— Eh bien écoutez, pour tout vous dire, hésite alors Madame Fleur, maintenant que je l’ai sous les yeux, elle me paraît un poil plus encombrante que ce que je pensais. Le journaliste n’avait pas mentionné ça.

— Oui, ils se concentrent sur l’essentiel qui est, ne l’oublions pas, qu’elle sauve la planète. Et ses dimensions de 100m de long sur 30 m de large sont généralement mentionnées.

— C’est que … Voyez-vous …  J’habite en ville, explique-t-elle, gênée, un début de moue se formant sur ses lèvres soigneusement peinte d’un rouge à lèvre laqué bio avec de l’huile de jojoba, de la cire d’abeilles et de la vitamine E qui pétille de joie et de bonne santé.

— N’ayez crainte ! Notre adorable mairesse De La Noëlle a promis, lors de sa dernière campagne électorale, de bouter hors de nos murs les inconséquents qui n’achèteraient pas une Eoltaïc, et de faire tous les aménagements nécessaires à l’urbanisme ! Ils vont refaire les avenues ! Ils vont remodeler la ville ! Ils vont conscientiser le consommateur citoyen en créant des puits éoliens ou de lumière pour faciliter la pénétration des Eoltaïcs !

— Heu … Ils vont détruire des logements ? s’étonne, un rien surprise, Madame Fleur.

— C’est pour sauver la planète, Madame, assure, ferme mais toujours souriant, le vendeur exalté. »

Un ange passe, en même temps qu’un gros nuage dans le ciel. La lumière du magasin semble faiblir.

« Et les performance, reprend, dans un souffle, Madame Fleur.

— 14 km/h, Madame. Et elle freine en moins de 300 mètres !

— Ah, ça n’est pas la plus rapide… soupire un peu Madame Fleur, la moue réapparaissant.

— Mais c’est plus sûr, Madame ! renchérit le vendeur, un petit agacement perceptible dans la voix.

— Hum, bon. Et la tenue de route ?

— Alors là, laissez moi vous dire : je conduis l’Eoltaïc moi-même pour mon usage personnel, je m’amuse co – mme – un – pe – tit – fou ! C’est bien simple, elle ne tourne pas à chaque fois dans la direction où vous tournez le volant. On ne s’en lasse pas !

— Ah bon ? Dites donc, dites donc ! Voilà qui n’est pas commun… Et quelles sont ses autres caractéristiques principales ?

— Heu bon, un petit détail que je vous dévoile, parce que Renouv Lab a une politique d’honnêteté totale : elle ne démarre pas à chaque fois. Selon les statistiques précises contenues dans cette brochure — le vendeur se saisit d’un dépliant en papier glacé et le fourre sous le nez de Madame Fleur, un peu hébétée — ce véhicule démarre, en moyenne et précisément, une fois sur cinq.

— Ah ? Tiens. Comme c’est amusant, en effet.

— Oui, mais il faut voir le bon côté: elle démarre aussi quand vous n’avez pas de déplacement à faire. Bohème, non ? , ajoute le vendeur, un sourire enjôleur sur le coin du visage.

— Soit, j’ai du temps libre ! Je m’en servirai quand elle démarrera. Mais c’est quand exactement ?

— Ah, ça, Madame, on ne peut pas vraiment dire… Pour l’instant ! Mais la NASA travaille à un supercalculateur qui sera capable de prévoir ça en un trilliardième de seconde.

— Ah. Vous m’en voyez rassurée ! Eh bien, le problème va être réglé, donc.

— Dans moins de 30 ans Madame. Et c’est une promesse Renouv Lab ! Du solide, donc. »

Dehors, le nuage a grossit. Une averse couve. L’ange qui est passé une première fois a décidé d’en remettre une couche. Il s’éternise un peu puis reprend son vol.

Eoltaic

« Elle est faite de matériaux renouvelables et bio, bien sûr ? s’enquiert Madame Fleur, la mine tout de même moins assurée.

— Mais bien sûr, Madame ! Quelle perspicacité ! Ah, si tous les clients étaient comme vous, je serais au chômage ! Enfin, bon, pour certains composants, il y a des produits qui ne viennent que de mines au Myan Nam où on a été contraint de faire des trous grands comme le lac Léman. Les locaux adorent, on leur a promis une base nautique. Dans moins de 30 ans. C’est aussi une promesse Renouv Lab, Madame.

— Et la production est éthique ?

— Plus éthique que ça, tu meurs ! — le vendeur rajoute un petit rire nerveux — Ah ah, je plaisante, bien sûr, Madame. L’usine de l’Eoltaic est tenue par des généraux du Myan Nam, des gens charmants, leur peuple les vénère. Sinon … mais non, mais non, petite boutade, ha ha ha.

— Hi hi, vous êtes un farceur, vous, dites donc ! Et quoi d’autre encore ?

— Eh bien des fois, quand elle roule, elle ne roule plus. Elle s’arrête.

— Ah ? Mais quand ?

— On ne sait pas, madame. Mais la NASA est en train de préparer un super-calculateur qui …

— Ah oui, ah oui … Bien sûr.

— Dans 30 ans Madame !

– Bien sûr, oui. C’est une promesse Renouv Lab, je suppose… Mais si elle s’arrête, avec ses dimensions, elle bloque tout, les autres voitures ne peuvent plus passer, non ?

— Ça… Les gens qui ne veulent pas sauver la planète en subissent les conséquences. Oui, mais c’est normal quand même.

— Mais tout le réseau routier ne va plus être qu’un bouchon ! Il ne va plus y avoir de trajet à vitesse constante, ça va faire augmenter la consommation totale et la pollution totale, n’est-ce pas ?

— C’est pour sauver la planète Madame !

— Et ces appendices, là, sur le toit ?

— Ce sont des lames de 10 m de haut Madame, avec le tranchant dans le sens de la marche. C’est indispensable pour sa propulsion.

– Heu… Ça n’est pas un peu dangereux ? Pour les oiseaux, par exemple ?

– Pensez vous ! Nous avons fait une étude d’impact ! — le vendeur propulse un nouveau dépliant, papier glacé, quadrichromie, pelliculage, sous le nez de Madame Fleur, manifestement de moins en moins enthousiaste — Seulement 2203 volatiles affectés en 6 semaines. Et je peux vous garantir qu’ils n’ont pas souffert !

— Bon. Pardonnez ma rudesse, mais j’aimerais connaitre le prix, à présent.

— Mais certainement. Ça nous fera 300.000 euros pour le modèle de base. Toutes options, on monte tout de même à 800.000 euros.

— Aïe. Ce n’est pas donné…

— Ah, c’est la technologie de pointe, ça, Madame. Avez-vous vu les performances ? Et après, plus de carburant ! Plus de pollution ! La conscience tranquille, Madame !

— Et les entretiens ?

— Tous les 150 km, Madame.

— Bon, je vais être franche : tout ceci n’est pas exactement ce que je pensais. Vraiment, merci pour tous ces renseignements, mais là, … j’hésite un peu…

— Attendez, je ne vous ai pas dit le meilleur ! Je l’ai gardé pour la fin ! Le ministre Grenelle a tout prévu : vous recevrez des sous pour tous les kilomètres parcourus !

— Vraiment ?

— Mais oui ! Et aussi pour les non parcourus !

— Vraiment ?!?

— Mais bien sûr, puisque je vous le dis ! Et même pour les kilomètres parcourus alors que vous n’aviez aucun besoin de déplacement !

— Ça m’étonne un peu quand même. J’ai lu sur Objectif Liberté et sur Hashtable que les finances publiques sont en ruines, que l’état n’a plus un sou, qu’en fait, il a tellement de dettes qu’il risque fort de ne plus pouvoir rembourser, ni emprunter plus …

— Pffffu, pensez donc ! Pas du tout ! On va prendre l’argent aux inconséquents, et je dirais même plus, et pardonnez moi la trivialité de mon langage, je sais que vous êtes une dame distinguée, mais appelons un chat un chat, aux salauds qui n’ont pas acheté une Renouv Lab Eoltaïc !

— Mais c’est qu’elle est si chère, elle vaut plus qu’une Ferrari ! La plupart des gens s’en sortent à peine… Comment pourraient-ils se la permettre ?

— Madame, il faut savoir faire quelques sacrifices pour la planète, qui va mourir dans 20 ans. C’est une promesse de … heu, pardon, je veux dire que c’est prouvé par la NASA.

— Mais si on prend encore des sous à des gens qui ne s’en sortent déjà plus, comment vont-ils faire pour se nourrir ?

— C’est une excellente question que vous posez là, Madame. Mais vous savez, la NASA a fait une étude, avec Greenpeace et le WWF, et ils ont trouvé que les pauvres, c’est très dangereux pour la planète, justement ! Il y a un consensus, tous les scientifiques sont d’accord, c’est prouvé ! »

L’averse a commencé. La lumière dans le magasin est maintenant plus que tamisée, elle est clairement manquante. La musique ne joue plus.

« Eh bien Monsieur, finalement, tout bien considéré, je crois que je vais réfléchir encore un peu. »

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Avec une constribution de H16.

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