Burkini : soyons fiers de notre liberté !

Publié Par Patrick Aulnas, le dans Libertés publiques

Par Patrick Aulnas.

Burkini : soyons fiers de notre liberté !

By: ErikCC BY 2.0

Le fossé se creuse en France entre une certaine intelligentsia et la majorité de la population. Un sondage IFOP pour Le Figaro indique que les deux-tiers des Français s’opposent au port du burkini.

Même les sympathisants de gauche y sont majoritairement opposés. Le refus du port du voile ou du foulard islamique dans la rue rencontre la même opposition. Dans le même temps le Conseil d’État vient de suspendre en référé un arrêté municipal interdisant l’accoutrement de bain islamique sur les plages. Le clivage apparaît également au sein du gouvernement. Le Premier ministre Manuel Valls s’étant prononcé contre le burkini, alors que quelques ministres, qui plus est des femmes, le défendent au nom de la liberté.

Rupture profonde

L’affaire du burkini peut paraître anodine mais elle reflète une rupture profonde entre les idolâtres du vivre ensemble et les véritables défenseurs de la liberté. Les premiers ont une conception communautariste de la société, qui ne dit pas son nom. Najat Vallaud-Belcacem ou Marisol Touraine ne se considèrent pas du tout comme communautaristes mais elles ont dénoncé la « stigmatisation dangereuse » et « la menace pour la cohésion » du pays que constituent les arrêtés municipaux d’interdiction. Cette sensibilité politique repose sur la culpabilisation des occidentaux qui auraient le devoir d’accueillir à bras ouverts les autres cultures. Refuser le melting pot culturel ou l’accepter sous bénéfice d’inventaire, c’est stigmatiser l’autre. Évidemment, les islamistes trouvent dans de tels dirigeants de précieux alliés et ils s’empressent d’avancer leurs pions vers une société formée de communautés distinctes.

Imposer la normalité de la régression

L’approche des opposants au burkini est exactement inverse. Ce vêtement de bain, apparu très récemment, n’est pour eux qu’une provocation des militants du fondamentalisme islamique qui cherchent à transformer la normalité avec une habileté diabolique.

Les femmes en tenue de bain occidentale, deux pièces ou une pièce, symbolisent en effet la liberté. Elles peuvent se comporter d’un point de vue vestimentaire aussi librement que les hommes. Et cette victoire de la liberté des femmes a nécessité de durs combats contre les archaïsmes religieux depuis la fin du XIXe siècle. Il faudrait désormais admettre comme normale la situation de femmes n’ayant pas accédé à cette liberté. La liberté des femmes occidentales devraient coexister avec la servitude de certaines femmes musulmanes. C’est du moins ce que cherchent à imposer, dans une première étape, les fondamentalistes.

Dans leur esprit, l’étape suivante est évidemment le recul de la liberté de comportement des femmes occidentales par le recrutement d’adeptes de la nouvelle tenue. Sous couvert de mode vestimentaire, il serait ainsi possible de faire ressurgir la soumission des femmes. On comprend difficilement que deux femmes ministres puissent adhérer à cette mascarade. Elles pensent sans aucun doute que le burkini est une étape nécessaire pour certaines femmes musulmanes, comme les séances de piscines interdites aux hommes. Il faudrait leur laisser le temps de s’adapter à notre modernité.

Déstabilisation culturelle

Quelle coupable naïveté ! Nos ennemis utilisent tous les moyens, sans aucune exception, pour atteindre leur objectif qui est de détruire notre culture et d’annihiler notre liberté. Ces moyens sont de deux sortes : d’une part la violence terroriste la plus aveugle visant à déstabiliser la société par la peur, d’autre part une remise en cause d’acquis culturels, en particulier dans le domaine de la liberté de femmes. Personne n’aurait imaginé voici seulement trente ans nos débats actuels sur une question aussi idiote que celle du burkini.

La colonisation culturelle rampante est un moyen pacifique, mais qui fait partie d’une stratégie globale. Il n’y a pas de grand stratège du fondamentalisme islamique qui organise cette offensive aux multiples facettes. Mais la liberté étant fragile, il suffit à quelques centres de décisions d’appuyer la fanatisation d’une petite partie de la jeunesse et d’utiliser la liberté dont nous jouissons pour combattre le principe même de la liberté. La petite histoire du burkini devient ainsi un des éléments mineurs du conflit entre la liberté et la servitude.

La clairvoyance populaire ?

En définitive, la clairvoyance du peuple de France est réconfortante face à l’aveuglement d’une partie de la classe dirigeante et de ses relais médiatiques1. Les Français sentent parfaitement que le port du burkini est un acte politique, parfois d’ailleurs non désiré par les femmes qui adoptent cette tenue. Il s’agit bien de banaliser par des symboles (hijab, burqa, burkini, etc.) l’image du totalitarisme islamique, de mettre en place un conditionnement de la population occidentale vers une évolution régressive.

D’une part, la violence terroriste nous amène à renforcer les contrôles étatiques et à limiter les garanties judiciaires en matière de libertés publiques. D’autre part, les progrès du communautarisme islamique conduisent une partie des dirigeants occidentaux à une reculade culturelle en invoquant officiellement l’islamophobie de la population. Ils refusent ainsi de défendre notre identité culturelle contre les agressions violentes ou rampantes, comme s’ils avaient honte d’être des occidentaux.

Nos libertés sont le produit de notre culture, qui a conquis une grande partie de la planète. Pourquoi devrions-nous toujours reculer ?

 

 

  1. Note de la rédaction : clairvoyance sur le vêtement lui-même, pas sur le droit ou non de le porter, qui est une liberté de base