L’implosion tragique de l’université

Publié Par Éric Verhaeghe, le dans Citations, École & éducation

Par Éric Verhaeghe.

C’est à une véritable implosion universitaire que nous assistons. Jointe à l’effondrement éducatif, la faillite complète de nos universités, après 4 ans de quinquennat voué à la « jeunesse », est un acte majeur de la tragédie française contemporaine.

Hollande, qu’as-tu fait de la jeunesse ?

Faut-il rappeler que le candidat Hollande avait affirmé, en 2012, que la jeunesse était sa priorité ? Dans un déni absolu des évidences et des réalités, il l’a d’ailleurs répété cette semaine :

La semaine dernière, les universités parisiennes ont annoncé qu’elles procéderaient par tirage au sort pour choisir leurs étudiants en médecine. Cette procédure inéquitable par principe (puisqu’elle donne autant de chance aux bons élèves qu’aux moins bons) existe déjà dans de nombreuses filières comme les STAPS (éducation physique et sportive). Pour la première fois dans notre histoire, elle devrait être mise en place pour nos futurs médecins :

« Il est difficile de dire à des bacheliers qui souhaitent s’engager dans des études très difficiles qu’ils ne pourront même pas tenter leur chance, déplore Rémi Patrice, vice-président de l’Association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf) chargé des études médicales. De plus, le tirage au sort élimine d’office des étudiants qui ont statistiquement le bon profil pour réussir, c’est catastrophique. » Sans compter qu’une fois éliminés au tirage, les étudiants n’auront pas de deuxième chance : l’année prochaine, le portail APB les considérera comme des étudiants en réorientation et non comme des nouveaux bacheliers, si bien qu’ils ne seront plus prioritaires.

Confier au hasard et non au mérite la sélection des étudiants : voilà qui en dit long sur l’impasse dans laquelle l’hypocrisie morale du hollandisme met la jeunesse elle-même.

L’hypocrisie du refus de la sélection à l’université

On le sait, depuis longtemps, la gauche refuse la sélection à l’université. Pourtant, les murs ne sont pas extensibles, les budgets (déjà importants) sont contraints. La meilleure solution consiste donc à mettre en place une sélection raisonnée et régulée à l’université : elle seule permettra aux meilleurs d’intégrer les filières où ils réussiront.

Au nom d’une idéologie égalitariste ahurissante, la gauche impose une procédure beaucoup plus injuste : le tirage au sort, qui permet à des « touristes » d’occuper le strapontin de ceux qui se sont préparés à des études. Comment imaginer meilleur moyen de dévaluer la formation universitaire au profit des grandes écoles beaucoup plus sélectives socialement ? Comment imaginer meilleur moyen de décourager les lycéens à travailler, puisque leur sort sera réglé par le hasard ?

La gauche refuse la sélection par le mérite pour imposer une sélection par la chance. Ce choix est écœurant pour tous ceux qui viennent de milieux défavorisés et qui ne comptent que sur leur cerveau pour réussir.

Grand rabais sur la philosophie à l’université

Dans le même ordre de pratiques tendant à décourager les étudiants d’étudier, la décision prise à l’université Paris 8 de « donner » le semestre à tous les étudiants est tout simplement scandaleuse et affolante.

Les manifestations contre la loi Travail mobilisent moins. Malgré cela, la contestation se poursuit encore dans quelques établissements scolaires. Face au blocage, une décision étonnante a été prise à l’université Paris 8. Les partiels de philosophie sont purement et simplement annulés et l’examen va donc être donné aux étudiants.

Tous ceux qui connaissent des enseignants à l’université en ont plein les oreilles sur la baisse de niveau des étudiants et sur le déclin universitaire français. En même temps, et c’est toute l’injonction paradoxale des enseignants en France, aucun ne perd une occasion de contribuer au déclin qu’il condamne.

À Paris 8, la contribution annuelle consistera à évaluer de la même façon ceux qui ont suivi les cours, les ont travaillés et ont progressé, et ceux qui sont allés bavarder place de la République toutes les nuits sans rien apprendre.

Là encore, le paradoxe triomphe. Si l’on admet que la contestation dans les universités est nourrie par la précarisation des étudiants due à la baisse de niveau des études, on voit comment le diagnostic contribue à aggraver le mal.

L’université française dans l’impasse

C’est l’ensemble de notre système universitaire qui prend l’eau aujourd’hui, dans une indifférence complète des pouvoirs publics. Il est vrai que toute réforme de l’université expose à une grogne, surtout s’il s’agit de remettre en cause l’immense laxisme qui y règne. Électoralement, il vaut beaucoup mieux ne toucher à rien et laisser faire, surtout si l’électorat que l’on drague se trouve d’abord dans la sphère de l’enseignement.

En terme d’intérêt général, cette indifférence aux problèmes est tout simplement suicidaire pour le pays, et nous le paierons cher… et longtemps.

Sur le web

  1. la gauche refuse la sélection par le mérite……cette gauche veut mettre la france à son image ; le ps pratique la même chose ; elle place des gens , des proches si possible , à des postes importants quand bien même ils sont incompétents ou moins bons que d’autres ; le ps , c’est le nivelement par le bas ;

    1. En revanche, il y a une sélection par l’idéologie. Si vous êtes bien-pensant de gauche, les portes de l’ENA vous sont grandes ouvertes. Et si la fonction publique ne vous tente pas, sachez que France Télévision vous recevra sur le même critère.

  2. L’information concernant le tirage au sort des étudiants en médecine n’a-t-elle pas été infirmée officiellement ?
    Reste tout de même que l’idée même de tirer au sort les étudiants en vue d’études aussi longues et difficiles est particulièrement vicieuse !
    C’est cela, l’égalisation des chances pour tous prônée par la gauche ?

    1. Le tirage au sort en médecine ne concerne que l’inscription au concours. Ils devraient aller plus loin et tirer au sort les admis en 2 ième année de médecine.
      Ceci pour etre cohérent avec ce qui se passe ensuite au niveau professionnel : des tarifs uniques au raz des pâquerettes des actes médicaux qu’ils soient de qualité ou pas. Pour réussir il vaut mieux n’avoir aucune conscience professionnelle et le fait d’etre nul est un atout plutôt qu’un handicap.

      1. J’ajouterais que ce tirage au sort est une aubaine pour ceux qui tirent les pailles les plus courtes. En effet qui sain d’esprit serait ravi d’etre confronté tous les jours dans sa vie professionnelle aux règles absurdes de la sécurité sociale ?
        De toutes facons pour faire médecin, dentiste, pharmacien tu vas en Roumanie Espagne ou Portugal il faut vraiment etre con pour passer un concours sélectif en France. Nul ou pas tu auras toujours des patients et tu seras toujours payé par la sécu.

        1. Bien vu …

  3. Quand on voit comment les dernières réformes se sont passées, mieux vaut que la gauche ne touche plus à quoique ce soit.

    1. La gauche serait gauche ? Quelle surprise 😀

  4. Et bien: Oui !!!
    Tous nos politiques, je dis bien tous de « droite » comme de « gauche », du centre, du milieu, des extrêmes ignorent superbement ce qu’est une table démographique …
    Quand « ON » sort de SciencesPo ENA « ON » ne sait pas que ceux qui sont nés en 1950 auront 60 ans en 2010 et 70 ans en 2020 …
    Comme « ON » ne sait pas combien de gamins sont nés telle année, « ON » ne peut pas prévoir les structures et infra-structures nécessaires coté école, université …..
    Au passage en 1962 j’ai commencé mes études médicales à Paris avec l’une des toutes premières réformes ensuite il y en a eu au moins 1 par an ou tous les 2 ans …
    Quand à cette idée de tirer les étudiant au sort ça démontre le mépris de la classe politique envers ses jeunes …. la relève !!!!
    Etonnez vous de la fuite des cerveaux après la très haute considération dont la classe politique fait une si belle démonstartion

    1. @Arcousan
      Comme vous, j’ai subi toutes les réformes (quasi annuelles) entre 1960 et 1967 ; résultat, 950 étudiants au départ (et encore, en première année de médecine , ce qui, à cette époque-là supposait un succès à l’année préparatoire !), 130 thèses en 1967.

      Tenter de résoudre le numerus clausus à l’entrée dans la branche est ridicule : l’écrémage est automatique au cours de ce genre d’études, et en plus, le numérus clausus est maintenant facile à contourner (Espagne, Portugal, Belgique, Roumanie…)

      Mais la question importante reste : aurions-nous tous deux pu -ou dû- être « tiré au sort » en 1960 ?

      L’imbécilité d’un tirage au sort initial démontre parfaitement le nivellement par le bas souhaité par nos politiques et la malignité nécessaire pour « réussir » : pour cela, voir le commentaire de Joseph Favreau sur les « alternatives »…

  5. j’avoue ne pas être d’accord pour une sélection dés la première année. Beaucoup d’étudiants ne sont pas entrés dans le moule du lycée et ont pourtant été d’excellents étudiants à l’université. Il faut leur laisser leur chance. En revanche, il serait peut-être bon de punir l’absentéisme, et de virer les étudiants qui n’ont pas montré de justificatifs. Cela permettrait de vider les universités d’un tiers des effectifs assez rapidement. Mais, il va bien falloir augmenter les coûts des inscriptions. On ne peut décemment pas demander une formation d’élite ou tout au moins sérieuse à moins de 500 euros par an. Que l’on en soit conscient et qu’on arrête de jouer à la politique de l’autruche.

    1. « j’avoue ne pas être d’accord pour une sélection dés la première année. Beaucoup d’étudiants ne sont pas entrés dans le moule du lycée et ont pourtant été d’excellents étudiants à l’université. »

      Euh …. Si tu ne démontres pas une certaine capacité d’absorption de cours magistraux en première année de médecine saches que ca ne s’arrange pas après. Une sélection en fin de première année met fin rapidement au supplice de ceux qui ne sont pas taillés pour, inutile de leur faire perdre leur temps.

      1. Et question absentéisme j’aurais été viré ! En effet pas besoin d’assister à un cours magistral il suffit d’avoir un pote qui écrit correctement les bases acquises au lycée ( maths, physique, chimie) suffisant amplement pour comprendre les cours de médecine. Je me demande d’ailleurs comment un étudiant peut suivre en médecine, quand ces bases de connaissances sont absentes peut etre que ca marche dans d’autres disciplines mais pas là.

        1. Avertissement avant modération : les commentaires à l’orthographe insuffisante seront désormais rejetés.

          et pour info mes premières mentions sont en licence et master ce qui ne veut rien dire en soi.
          SI vous saviez le nombre de personnes qui ont eu la mention assez bien ou bien au bac et qui doublé voir tripler médecine.
          Une élève qui avait des résultats passables en terminale à eu son année du 1er coup avec mention en plus. Si on veut on peut le reste c’ est de l’enrobage. C’est comme les cursus science po: des expert en communication, médias etc mais qu’en t’aborde un sujet technique au sens propre du terme tout s’évapore

      2. la médecine c’est pas l’alpha et l’oméga de l’université et puis c’ est du bon bourrage de crâne les premiers années d’après ce que mes collègues me racontent donc bon faut aimé le par coeur quoi…

        1. Avertissement avant modération : les commentaires à l’orthographe insuffisante seront désormais rejetés.

          1. Merci, cela fait du bien…

    2. « On ne peut décemment pas demander une formation d’élite ou tout au moins sérieuse à moins de 500 euros par an. Que l’on en soit conscient et qu’on arrête de jouer à la politique de l’autruche. »

      C’est vrai ca et que dire de la formation « gratuite » au lycée ? -)
      Franchement vous croyez que la formation d’un médecin ne coute que les 500 euros d’inscription à la fac par an ?

  6. Diplômes LOW COST … et désespérance universitaire
    Vous n’êtes pas capable d’obtenir une licence ou maîtrise ? Même quand ces diplômes sont bradés ?
    Peu importe! Demandez une dispense, et vous deviendrez Docteur, comme le sinistre Cambadélis.
    Vous n’êtes pas capable de passer un concours ? Peu importe !
    Engagez-vous dans le « syndicalisme étudiant » … et vous obtiendrez de très beaux emplois fictifs, comme tous les jeunes truands de la « génération Mitterrand ». Emplois d’ingénieurs de recherche, inspecteurs d’académie ou même ensuite inspecteurs généraux.
    Mieux encore : inventez-vous un faux diplôme de maîtrise d’économie, comme la dame Fioraso, et vous deviendrez Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.
    Vous êtes battu aux élections ? Peu importe ! Vous vous ferez nommer Préfet, ou Ambassadeur (plus ou moins « itinérant ») ou encore au plus haut niveau de l’encadrement de l’Education nationale.
    Vous n’êtes même pas capable de passer le plus misérable des concours de niveau Bac + 3 ???
    Peu importe ! Détournez ou dilapidez des crédits d’action sociale, et grâce au « tour extérieur » institué par Mitterrand vous serez nommé Inspecteur général de l’Administration de l’Education nationale et de la Recherche … et directement à la 1ère classe.
    Pauvre Administration, pauvre Education nationale, et pauvre France !
    J F Officier des Palmes académiques

  7. La jeunesse est ma priorité
    la finance mon ennemi
    le chômage ma bataille

    1. Avertissement avant modération : les commentaires à l’orthographe insuffisante seront désormais rejetés.

      le problème c’ est pas la sélection en tant que telle c’est de savoir si les m2 qui sont entré dans la sélections le justifient parce que bon vous pouvait mettre sur sélections tous les m2 de droit et de science po ça ne changera rien au fait que certains masters seront moins bien que d’autres au niveau enseignements des profs etc.
      Les cours en m1 de science po que ce soit en fac, écoles etc sont hyper génériques pour l’exemple: histoires des idées politiques, théorie politique, sociologie politique, analyse des politique publiques ou action publique, relations internationales, philosophie politique.

  8. En fait, les socialistes ont un profond mépris pour l’homme, sa dignité, et donc sa liberté, sa capacité à s’améliorer, à se battre et faire des efforts pour réussir. Pour eux l’homme est un « travailleur » (au sens où l’entendait Arlette…), un consommateur et un bulletin de vote.
    Le système éducatif dans son ensemble est conçu et réfléchi pour faire coller la réalité avec cette vision de l’homme.

    1. Pour un socialiste, l’homme est une variable d’ajustement de ses projets dégueulasses. Cent millions de morts pourront témoigner.

  9. Le primum movens en fut le college unique, qui commença le nivellement par la base, dans l’esprit de 68 de destruction de l’école
    l’çecole publique fut l’excellence, elle est devenue une poubelle

  10. Depuis l’Université Impériale de 1808 qui recréait après quinze ans de disparition totale (*) les universités de la France monarchique (il y en avait 26) supprimées par la Révolution, notre enseignement supérieur est dépendant de l’Etat au lieu d’être indépendant comme l’étaient les universités issues du haut moyen âge – certaines françaises étaient les toutes premières créées, Paris (1150) avant Oxford, juste derrière Bologne (1088, « constitutio habita » de l’empereur Frederic Barberousse) les première universités européennes.

    (*) ce qui explique l’importance des « Grandes » (moyennes et petites) Ecoles » en France, l’Empire ayant eu un besoin urgent de jeunes instruits alors qu’il n’existait plus de facultés …

    Il est donc soumis aux financements et aux lubies de cet Etat comme d’ailleurs tout l’enseignement public en France, et quand il y a plus de sous, même s’il en reste encore un peu pour les arrosages électoraux, il faut faire ceinture.

  11. En montrant une telle incurie à gérer (ou ne pas gérer, plutôt) le système public d’éducation onéreux, l’Etat est le plus grand sponsor du système d’éducation privé, qu’il s’agisse des écoles privées, des classes préparatoires privées, des écoles de commerce ou d’ingénieurs privés.
    Franchement, qui veut vraiment voir son enfant rentrer dans les arcanes de l’université où l’admission est faite par tirage au sort, où la valeur des diplômes est parfois discutable ? Qui veut voir son enfant à l’école publique en train de se faire bourrer le crâne à grand coups de Gender theory, etc…
    Imagine-t-on une entreprise dépenser de l’argent pour promouvoir, de fait, les produits d’un concurrent? Non. Et bien en France, l’Etat le fait. Mais ce n’est pas grave, c’est juste avec l’argent des contribuables; donc ça ne coûte rien bien sûr.
    Et tant pis pour les plus modestes qui n’ont pas d’autre choix que de passer obligatoirement par la case de l’éducation publique. L’ascenseur social n’est pas la préoccupation de nos dirigeants de gauche, beaucoup plus concernés par le maintien des inégalités qui leur permet de justifier leurs accessions régulières au pouvoir; Ils ne vont pas tuer le poule aux oeufs d’or tout de même.

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