L’implosion tragique de l’université

Tirage au sort en médecine, des profs qui donnent leur année à des étudiants en philo... le système universitaire est en faillite, et le pouvoir politique préfère ne rien faire.

Par Éric Verhaeghe.

By: Simone RamellaCC BY 2.0

C’est à une véritable implosion universitaire que nous assistons. Jointe à l’effondrement éducatif, la faillite complète de nos universités, après 4 ans de quinquennat voué à la « jeunesse », est un acte majeur de la tragédie française contemporaine.

Hollande, qu’as-tu fait de la jeunesse ?

Faut-il rappeler que le candidat Hollande avait affirmé, en 2012, que la jeunesse était sa priorité ? Dans un déni absolu des évidences et des réalités, il l’a d’ailleurs répété cette semaine :

La semaine dernière, les universités parisiennes ont annoncé qu’elles procéderaient par tirage au sort pour choisir leurs étudiants en médecine. Cette procédure inéquitable par principe (puisqu’elle donne autant de chance aux bons élèves qu’aux moins bons) existe déjà dans de nombreuses filières comme les STAPS (éducation physique et sportive). Pour la première fois dans notre histoire, elle devrait être mise en place pour nos futurs médecins :

« Il est difficile de dire à des bacheliers qui souhaitent s’engager dans des études très difficiles qu’ils ne pourront même pas tenter leur chance, déplore Rémi Patrice, vice-président de l’Association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf) chargé des études médicales. De plus, le tirage au sort élimine d’office des étudiants qui ont statistiquement le bon profil pour réussir, c’est catastrophique. » Sans compter qu’une fois éliminés au tirage, les étudiants n’auront pas de deuxième chance : l’année prochaine, le portail APB les considérera comme des étudiants en réorientation et non comme des nouveaux bacheliers, si bien qu’ils ne seront plus prioritaires.

Confier au hasard et non au mérite la sélection des étudiants : voilà qui en dit long sur l’impasse dans laquelle l’hypocrisie morale du hollandisme met la jeunesse elle-même.

L’hypocrisie du refus de la sélection à l’université

On le sait, depuis longtemps, la gauche refuse la sélection à l’université. Pourtant, les murs ne sont pas extensibles, les budgets (déjà importants) sont contraints. La meilleure solution consiste donc à mettre en place une sélection raisonnée et régulée à l’université : elle seule permettra aux meilleurs d’intégrer les filières où ils réussiront.

Au nom d’une idéologie égalitariste ahurissante, la gauche impose une procédure beaucoup plus injuste : le tirage au sort, qui permet à des « touristes » d’occuper le strapontin de ceux qui se sont préparés à des études. Comment imaginer meilleur moyen de dévaluer la formation universitaire au profit des grandes écoles beaucoup plus sélectives socialement ? Comment imaginer meilleur moyen de décourager les lycéens à travailler, puisque leur sort sera réglé par le hasard ?

La gauche refuse la sélection par le mérite pour imposer une sélection par la chance. Ce choix est écœurant pour tous ceux qui viennent de milieux défavorisés et qui ne comptent que sur leur cerveau pour réussir.

Grand rabais sur la philosophie à l’université

Dans le même ordre de pratiques tendant à décourager les étudiants d’étudier, la décision prise à l’université Paris 8 de « donner » le semestre à tous les étudiants est tout simplement scandaleuse et affolante.

Les manifestations contre la loi Travail mobilisent moins. Malgré cela, la contestation se poursuit encore dans quelques établissements scolaires. Face au blocage, une décision étonnante a été prise à l’université Paris 8. Les partiels de philosophie sont purement et simplement annulés et l’examen va donc être donné aux étudiants.

Tous ceux qui connaissent des enseignants à l’université en ont plein les oreilles sur la baisse de niveau des étudiants et sur le déclin universitaire français. En même temps, et c’est toute l’injonction paradoxale des enseignants en France, aucun ne perd une occasion de contribuer au déclin qu’il condamne.

À Paris 8, la contribution annuelle consistera à évaluer de la même façon ceux qui ont suivi les cours, les ont travaillés et ont progressé, et ceux qui sont allés bavarder place de la République toutes les nuits sans rien apprendre.

Là encore, le paradoxe triomphe. Si l’on admet que la contestation dans les universités est nourrie par la précarisation des étudiants due à la baisse de niveau des études, on voit comment le diagnostic contribue à aggraver le mal.

L’université française dans l’impasse

C’est l’ensemble de notre système universitaire qui prend l’eau aujourd’hui, dans une indifférence complète des pouvoirs publics. Il est vrai que toute réforme de l’université expose à une grogne, surtout s’il s’agit de remettre en cause l’immense laxisme qui y règne. Électoralement, il vaut beaucoup mieux ne toucher à rien et laisser faire, surtout si l’électorat que l’on drague se trouve d’abord dans la sphère de l’enseignement.

En terme d’intérêt général, cette indifférence aux problèmes est tout simplement suicidaire pour le pays, et nous le paierons cher… et longtemps.

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