Les 5 failles du modèle social français

Publié Par Nicolas Beyls, le dans Social, Travail & emploi

Par Nicolas Beyls
Un article de Trop Libre

Pauvreté SDF (Crédits : Franco Folini, licence CC-BY-SA), via Flickr.

Pauvreté SDF (Crédits : Franco Folini, licence CC-BY-SA), via Flickr.

Il est de coutume d’écrire que le monde nous envie notre modèle social. L’économiste Jean-Olivier Hairault soutient une thèse opposée dans son livre Ce modèle social que le monde ne nous envie plus, paru en 2015. Selon lui, le choix de l’inactivité s’est fait au prix d’un chômage de masse et de l’appauvrissement du pays.

Le refus de la polarisation du marché du travail

La mondialisation des échanges et l’essor des nouvelles technologies ont eu un double effet dans les pays occidentaux. D’une part, nous avons de plus en plus besoin de cadres très qualifiés et bien rémunérés. D’autre part, la demande s’accroît pour les tâches non routinières (services à la personne, commerce, restauration…) mais à faible valeur ajoutée. Entre ces deux extrêmes, « average is over » : nous avons moins besoin d’ouvriers et d’employés de bureau, catégories qui ont bénéficié d’une forte promotion sociale lors des Trente Glorieuses. Cependant la France n’a pas réformé en conséquence son État-providence, établi sur la base d’une croissance forte désormais révolue.

Le manque de pragmatisme

Ce phénomène de polarisation creuse les inégalités salariales. Mais la plupart des pays occidentaux ont tenté de tempérer cette évolution en réformant leur État-providence (par exemple avec le Workfare britannique ou les réformes Hartz en Allemagne). Contrairement à la France, ils ont préféré l’emploi, même à temps partiel, à l’inactivité. Pragmatiques, ils ont accepté la montée des petits boulots. Par idéologie, les dirigeants français, de droite comme de gauche, ont considéré cette évolution comme une régression et ont conspué le social-libéralisme de Blair et de Schröder.

La lutte contre le chômage en réduisant le temps de travail

Depuis les années 1970, la France tente de lutter contre le chômage en réduisant la durée annuelle du travail, via les 35 heures, mais aussi le nombre d’années travaillées, via la retraite à 60 ans ou les préretraites. Cette vision malthusienne a été portée par les idéologues de la fin du travail, comme Dominique Méda ou Pierre Larrouturou. Grave erreur de diagnostic ! Au lieu de partager le travail dans les métiers qui se contractent, nous aurions dû redéployer la main d’œuvre vers les secteurs de demain.

Le refus de la destruction créatrice

En France, l’attention des médias et du pouvoir se focalise sur les destructions d’emplois. Tout le monde se souvient de Nicolas Sarkozy à Gandrange et de François Hollande à Florange. On oublie souvent la face immergée de l’iceberg, les créations d’emplois. Systématiquement, la France préfère protéger les situations existantes, au détriment des nouveaux entrants. Son modèle social cherche à lutter contre les inégalités mais crée une autre forme de polarisation, par les statuts. Ainsi, sur le marché du travail, coexistent des insiders, les salariés en CDI, bien protégés, et des outsiders, les travailleurs précaires en CDD, les chômeurs de longue durée.

Le choix de l’appauvrissement généralisé

En refusant le travail et en privilégiant l’inactivité, la France a réduit son potentiel de croissance. La richesse par habitant y a crû moins vite que dans d’autres pays occidentaux. Or le financement de son modèle social repose sur la quantité d’heures travaillées, via les cotisations sociales. La France est donc obligée de revoir à la baisse la générosité de son modèle social pour éviter de creuser dettes et déficits. Pourtant les Français préféreraient travailler davantage pour être mieux protégés : nous devons donc vite changer de cap !

Sur le web

  1. Les peuples qui nous entourent sont des lourdauds, c’est entendu. Leur pensée est médiocre comparée à la notre, ils ne nous arrivent pas à la cheville, ils leur manquent le génie propre aux Français, ce petit quelque chose qui transforme l’ordinaire en être d’exception. Voilà pourquoi nous français n’aimont pas le pragmatisme, et le réalisme…..Tous ça c’est pour les peuples imbéciles.

  2. Oui mais pourquoi ? Perso je pense que c’est à mettre en rapport avec nos institutions qui s’articulent autour d’un pouvoir excessif de la présidence de la république. Faute d’homme ou de femme d’envergure et pragmatique ad hoc on est tiré de force par les autres comme un boulet. On fait bien des réformes mais toujours à la marge donc finalement peu efficaces.

    1. Pouvoir excessif + incompétence et dogmatisme

  3. « Les 5 failles du modèle social français ». Il n’y en a que cinq? Me voilà rassuré………

    1. Oui que 5, l’autre main se gratte « l entre-jambe » …

  4. « Contrairement à la France, ils ont préféré l’emploi, même à temps partiel, à l’inactivité. Pragmatiques, ils ont accepté la montée des petits boulots. Par idéologie, les dirigeants français, de droite comme de gauche, ont considéré cette évolution comme une régression »

    Il faudrait d’abord faire la distinction entre l’outil et la réalisation, la méthode et le résultat. Si vous qualifiez d’évolution le fait de casser (pour reconstruire), ne vous étonnez pas qu’on vous oppose que c’est une régression. Le problème de fond étant bien sur que chacun est réticent à accepter la destruction sans visibilité sur ce qui sera reconstruit. Cette attitude est elle-même négative, mais encore faudrait-il expliquer pourquoi.

  5. Encore un magnifique article d’un pseudo intellectuel qui enfonce des portes ouvertes. Tout le monde le sait que notre modèle est dépassé, que les autres pays ont su s’adapter, etc.. Classer les problèmes en 5 catégories n’apporte rien, ce qu’on aurait voulu ce sont des propositions de solutions concrètes et adaptées à notre pays, un énoncé des premières étapes et premières mesures pour traiter les problèmes les plus urgents. La critique est facile, l’art est difficile.

  6. Vous oubliez un élément essentiel, si ce n’est L’ÉLÉMENT ESSENTIEL: une fonction publique obèse (un million de fonctionnaires en trop) bénéficiant de privilèges exorbitants que doit financer le secteur public… et qui crée un modèle social profondément injuste !

    1. que doit financer le secteur « privé » évidemment !

    2. Il parait que dans l’armée, pour 1 homme au combat il y a 10 hommes en soutien. Bizarrement, l’armée a perdue beaucoup d’efficacité (à part quand il s’agit de tout casser), mais c’est surement une coïncidence.

      Alors on fait pareil dans la vie civile : 10 fonctionnaires pour 1 travailleur car les économistes nous ont démontré que ça marche dans leur modèles macro-économiques.

    3. Qui va assurer les missions de service public si vous supprimez ce million en trop ? (affirmation complètement péremptoire digne du PMU d’en bas de chez mois, mais passons).
      Vous semblez oublier que le privé a un seul but : faire du profit. Si vous privatiser sans contrôle, il se passe ce genre de chose : http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/01/18/l-austerite-aboutit-a-empoisonner-l-eau-d-une-ville-du-michigan_4848860_3244.html
      Alors oui la fonction publique a ses défauts, mais ce n’est pas une raison pour jeter le bébé avec l’eau du bain. Elle a tout de même des avantages : contrôle de la pyramide des salaires (les directeurs ne touchent pas des dizaines de millions d’euros), sens du service (au sens que l’objectif n’est pas la rentabilité à tout prix), …
      Deux axes d’améliorations qui rendraient la FP plus efficace sans la détruire : interdiction du droit de grève comme pour l’armée (ce qui ne serait que justice en contrepartie d’un emploi à vie) et rendre les avis de la Cour des Comptes plus contraignants.

  7. Je suis salarié, je gagne 2400 brut et les cotisations, nommées frauduleusement patronales, sont de 1200 euros.
    Concrètement mon revenu du travail est de 3600 euros, que certains nomment superbrut.

    Des 3600 euros brut il me reste par mois 1850 net sur la fiche de paie.
    Des 1850 net je retire 1600 d’impot revenu sur 1 an donc -133 euros mensuel.

    1716 est mon net réel partiellement corrigé.
    or je vais le dépenser pour vivre, en gros la tva est de 20%, je les retire du net: -340
    1374 est mon net réel partiellement corrigé.
    or je suis sensé être propriétaire, donc je retire la foncière et l’habitation -1200 par an
    1274 est mon net réel partiellement corrigé.

    Des 3600 je perçois en réalité 1274 euros.
    2300 euros sont dans la nature.

    Lorsque je travaille ainsi pendant 1 mois, je finance également mon chômage éventuel et/ou ma retraite, à hauteur de 1300 euros.
    Il reste donc à l’Etat 2300-1300 = 1000 euros

    Mon revenu superbrut de 3600 euros finance mon chômage, ma santé, ma retraite.
    L’Etat prend 1000 euros.
    Les failles du système social français sont les activités autres, qui ont été greffé sur ce superbrut.
    Au hasard, la couche de fonctionnaires européens et les diverses organisations fédérales européennes, les revenus débiles de certaines strates du service public, les paradis fiscaux, une liste interminable
    de parasitage qui ne sont ni les chômeurs, ni les précaires si souvent désignés en boucs émissaires.

    1. J’aurais enlevé la TVA après avoir enlevé foncière et habitation.
      Ceci étant dit, à force de dire qu’il y a trop de fonctionnaires, on voit ce que ça donne : l’Etat n’a plus les moyens d’assurer ses missions.
      Les contrôles sanitaires ? Insuffisants http://www.ladepeche.fr/article/2014/02/11/1815800-alimentation-les-controles-sanitaires-insuffisants-selon-la-cour-des-comptes.html
      La police ? Pas assez d’effectif
      L’armée ? En surchauffe
      Le contrôle des frontières ? Une passoire

      Mais oui, privatisons sans discernement, on voit ce que ça donne avec la privatisation des autoroutes, de l’eau, …

  8. Sur la destruction créative, vous le mentionnez rapidement mais cela mériterait qu’on s’y attarde un peu plus : non seulement le transfert d’emplois moyennement qualifiés vers des emplois hautement qualifiés empêche tout transfert des ressources humaines et en plus de cela les emplois dans les hautes technologies sont des emplois essentiellement masculins.
    Sans parler du fait qu’il y a de gros doutes sur le fait que la création de nouveaux emplois compensera réellement la destruction, mais c’est un autre débat.

    1. Je me réponds à moi-même : automatisation des camions aux USA, mouvement inéluctable selon certains : plus de 5 millions d’emplois concernés (chauffeurs et support) : il y a fort à parier que les 5 millions ne seront pas détruits (le support et la maintenance devraient évoluer) mais le nombre d’emplois créés dans le secteur de l’automatisation n’atteindra jamais 3 millions (le nombre de chauffeurs de camions aux USA).
      En face de cela, l’uberisation ressemble nettement plus à un nouvel esclavagisme moderne où les géants du web captent la valeur à leur bénéfice exclusif, contournent les systèmes fiscaux et affaiblissent les Etats. C’est bien beau du dire que notre modèle social ne fonctionne plus lorsque le système fiscal mondial est en roue libre.

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