Bourse : Draghi rassurant mais incertitude maximale

Publié Par Nathalie Janson, le dans Bourse et investissements

Par Nathalie Janson
Un article de l’Institut économique Molinari

Mario Draghi en juin 2014 2 (Crédits ECB European Central Bank, licence Creative Commons)

Mario Draghi en juin 2014 2 (Crédits ECB European Central Bank, licence Creative Commons)

Sans surprise Mario Draghi a rassuré en janvier les marchés financiers en garantissant son soutien sans limite. Cette heureuse nouvelle a permis de clôturer janvier 2016 sur une note d’optimisme plutôt bienvenue en ce début d’année morose. Cependant, il est à craindre que ce soit une fausse bonne nouvelle, comme l’ont souligné les récentes semaines boursières.

Les marchés désorientés…

Le plus étonnant est sans doute la réaction très euphorique des marchés à l’annonce du soutien de Mario Draghi. Compte tenu de ses actions depuis janvier 2015, faisait-il l’ombre d’un doute qu’il n’allait pas assurer son soutien aux marchés ? Y avait-il encore quelqu’un pour en douter ? Ou bien les investisseurs ont-ils applaudi à deux mains le caractère « sans limite » du soutien ? Une chose est certaine, ils sont nerveux et versatiles, signes d’une certaine désorientation. Il est vrai que nous vivons depuis la crise de 2007 dans un monde bien étrange. Les liquidités coulent à flot depuis 2008, les taux d’intérêt sont proches de 0, l’inflation est inexistante, la solidité de la reprise aux États-Unis est remise en question, la Chine donne des signes de faiblesse et ses marchés financiers naissants ne cessent de baisser… Pas facile d’interpréter cette réalité complexe…

Tout comme les banques centrales

Il n’est pas certain que les banques centrales en sachent davantage. Depuis la crise de 2007, la politique monétaire a totalement changé d’orientation. Dans l’ère post-Bretton Woods, l’objectif essentiel de la politique monétaire était de stabiliser le niveau des prix pour maximiser les conditions de la croissance économique. La crise de 2007 a remis en cause cette politique clairement établie, même si la conduite de la politique monétaire aux USA à la fin des années 1990 témoignait déjà d’un changement en cours.

En effet, Alan Greenspan, emblématique président de la Federal Reserve à l’époque, avait déjà initié des actions pour soutenir la liquidité sur les marchés financiers à différentes occasions. Depuis, les principales banques centrales n’ont eu de cesse de soutenir la liquidité en adoptant des politiques de taux d’intérêt proche de 0 et en y associant des programmes de rachats d’actifs.

A priori, le principal risque d’une expansion rapide du bilan de la banque centrale aurait dû être l’apparition de l’inflation, la taille des bilans des banques centrales ayant été en moyenne multipliée par 4. Mais, à la surprise générale, rien de tel ne s’est produit. Le niveau général des prix continue d’être atone. À certaines périodes il a même continué de baisser. Les banques centrales se sont donc mises en tête qu’il fallait à tout prix faire remonter l’inflation sinon une crise prolongée allait s’ensuivre. Mais l’analyse n’est-elle pas erronée ? Ne fallait-il pas au contraire se demander pourquoi cette expansion rapide des bilans de banque centrale ne se traduisait pas dans les prix ? Il est impossible de se dire que toutes les liquidités injectées finissent thésaurisées comme le défend l’idée de la trappe à liquidités.

Sur les marchés, on observe bien la présence de cette liquidité abondante. Non seulement, elle entretient une bulle sur le marché de la dette obligataire mais plus pernicieux, elle réduit considérablement les primes de risque. Cette conséquence est particulièrement néfaste pour le futur. Cet écrasement des primes de risque facilite le financement de projets risqués qui dès lors que les taux d’intérêt remonteront ne seront plus profitables et seront le terreau d’une nouvelle crise. En outre, les programmes de rachats d’actifs comme celui de la BCE actuellement permettent aux États européens de continuer à s’endetter à moindre coût relâchant la pression sur la nécessaire remise à plat des finances publiques, la France en est un bon exemple.

Mario Draghi se trompe. Les États ne se réformeront jamais s’ils n’y sont pas acculés et le programme de rachats d’actifs ne les y oblige pas, bien au contraire. On remarquera au passage que toutes ces politiques d’assouplissement ont fait voler en éclats le principe sacro-saint de l’indépendance de la banque centrale qu’il avait été si difficile d’opérationnaliser dans les années 1980.

Le soutien « sans limite », un « pousse au crime » ?

Dans ce contexte, le soutien « sans limite » apporté par Mario Draghi est un pas de plus dans la mauvaise direction. Cette déclaration ne fait qu’entretenir l’illusion que tout va bien et que les banques centrales seront là pour protéger les économies de la prochaine crise. Erreur fatale ! Il est temps que les banques centrales mènent une véritable réflexion sur les conséquences de leur action, en particulier en quoi elles favorisent la mauvaise allocation des ressources, phénomène pernicieux ô combien difficile à repérer puis réparer.

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Sur le web

 

  1. Gardons constamment à l’esprit que SuperMario est avant tout un toujours actionnaire , sinon un toujours crypto-salarié, de Goldman Sachs, la banque qui dirige la planète et « fait le travail de Dieu »

    Et il n’est pas le seul en Europe à être dans ce cas « pendable ».

  2. « Cet écrasement des primes de risque facilite le financement de projets risqués qui dès lors que les taux d’intérêt remonteront ne seront plus profitables et seront le terreau d’une nouvelle crise.  »

    La théorie du mal-investissement d’Hayek reste malheureusement d’actualité!

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