Ces retraites qu’on assassine

Publié Par Michel de Poncins, le dans Retraites

Conscient de la catastrophe qui s’annonce, François Hollande a annoncé une série de négociations sur les retraites au printemps.

Par Michel de Poncins.

Le Président a présenté ses vœux le 17 janvier à des patrons d’entreprise et des partenaires sociaux ; il a annoncé la tenue en juillet d’une deuxième conférence sociale qui portera notamment sur « la qualité de vie au travail, l’égalité professionnelle homme-femme, l’amélioration de notre formation professionnelle ». Pour les connaisseurs, il est certain que cette parlotte supplémentaire avec la fête qui l’accompagnera ne servira à rien. En même temps il prévoit au printemps une série de négociations sur les retraites. Il a chiffré la catastrophe prévisible. Il y a trois ans, l’équilibre des régimes était assuré jusqu’en 2020. Maintenant c’est un déficit de 20 milliards qui est calculé pour cette date. Il n’en faut pas moins pour que notre prétendu modèle social soit menacé et il faudrait le sauver.

En fait, il s’agit principalement des retraites complémentaires AGIRC pour les cadres et ARRCO pour les autres. Leurs réserves fondent rapidement et, on se contente de faire, depuis longtemps, du replâtrage en grattant ici ou là sans arriver à une solution définitive : on joue sur tous les tableaux, comme les cotisations, les âges de départ et le niveau des pensions.

La répartition

Ci-dessus il est question du prétendu modèle social et il faut analyser en profondeur le fonctionnement de la répartition pour comprendre que le système est condamné par sa nature même. L’ensemble formé par les CNAVTS et les retraites complémentaires repose sur plusieurs coups de force et pas du tout sur des contrats. Les assujettis sont invités par la force à verser des cotisations durant leur vie professionnelle dans de multiples  caisses. Le deuxième coup de force est que la gestion de ces caisses leur échappe, car sous des couleurs faussement démocratiques, leur gestion est confiée aux syndicats qui en tirent profit. In fine, ces assujettis devraient toucher des pensions représentant l’argent versé avec les intérêts et ce n’est pas le cas. Une multitude de facteurs entrent en ligne de compte, comme l’âge du départ, le manque  de cotisants à cause de la démographie. Un système compensatoire complexe a été installé pour dépouiller les caisses supposées riches au profit des caisses en perdition. Ces manipulations douteuses déresponsabilisent les gens.

Indépendamment de sa malhonnêteté intrinsèque, le défaut majeur du système est de ne pas créer de richesse. L’argent  est dépensé aussitôt que récolté sous forme des pensions à verser. Une information vient de parvenir : Bernard Madoff, du fond de sa prison a confié que l’idée de lancer une chaîne de Ponzi lui était venue du système de la répartition en France. Il y a en effet de fortes ressemblances. Le système Madoff s’était écroulé d’un seul coup. Dans les cas de la répartition l’écroulement menace mais se produit progressivement d’où les rafistolages permanents et nécessaires : c’est une chaîne de Ponzi à écroulement lent.

La capitalisation

La capitalisation est totalement différente. C’est un système contractuel entre des personnes responsables, les épargnants et les caisses. La sortie est prévue par des clauses précises. Souvent l’épargnant peut choisir de toucher son capital enrichi par les bons placements. L’avantage majeur pour la richesse générale est que l’argent, au lieu d’être perdu, est investi. La généralisation du système aurait un effet majeur sur le PIB. Cela se vérifie dans les 28 pays qui ont choisi, en tout ou partie, la capitalisation. L’incroyable richesse des fonds de pension américains qui colonisent la France en est l’illustration.

Une objection est la possibilité de ratés dans les placements. Dans la répartition la ruine est programmée. Certes, la capitalisation peut rencontrer des problèmes mais il y la possibilité de les corriger.

Un calcul a été réalisé pour un cadre supérieur théorique qui aurait fait une carrière brillante. Dans la répartition, après 40 ans de travail, il toucherait à 65 ans une retraite complémentaire de 60 000 euros par an. Avec la capitalisation et les fonds rapportant 4% par an, ce qui est prudent, il aurait un capital de 2 850 000 euros dont il pourrait transformer une partie en rente. Le même calcul serait possible pour d’autres niveaux avec des chiffres différents.

Le tabou de la répartition va-t-il tomber ? Un syndicaliste éminent de la CFDT avoue que l’on est au bout du rouleau et ajoute qu’il faut passer graduellement à la capitalisation. Ce n’est pas gagné d’avance car les tabous ont la vie dure.

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  1. La démographie n’a rien à voir avec les ressources de pensions, ce sont les cotisants. La France a une démographie florissante, mais uniquement par importation massive d’allocataires …qui ne renfloueront jamais les caisses, bien entendu.
    En fait, chacun devrait payer une cotisation standard et minimale, pour couvrir un minimum vital évitant d’avoir de vieux affamés.
    Pour le reste, chacun devrait être libre d’organiser ses vieux jours, par assurance-vie, portefeuille de valeurs « défensives », constitution d’un petit patrimoine locatif, ou pièces d’or dans un bocal sous le pommier …

    Saluons une fois de plus la mesure visionnaire de Mollande, qui s’est empressé d’avancer l’age de la retraite !

  2. Excusez-moi ! les ssssss c’était un essai car j’ai été étonne que pour une fois je puisse répondre sans passer forcément par tweeter ou fesse de bouc.
    Je voudrais mettre mon grain de sel qui consiste à demander pourquoi nulle part il est fait état des très forts prélèvements opérés sur les caisses de retraite du privé en faveur de celles des fonctionnaires qui sont tellement bien traités que leurs caisses n’arrivent pas à financer sans voler le reste de la population.

    1. @jean charles : eh oui, les caisses publiques volent les caisses privées qui volent les producteurs, mais ces derniers voleront à leur tour leurs propres enfants… Tout le monde vole et c’est à celui qui volera le plus autrui pour compenser ce que d’autres lui prennent. Le système des retraites par répartition forcée est foncièrement immoral (donc anti-économique) car il repose entièrement sur le vol.

  3. « Un calcul a été réalisé pour un cadre supérieur théorique qui aurait fait une carrière brillante »

    pourquoi, pour votre exemple , utilisez vous l’exception à la règle ?

    prenez donc un exemple plus réaliste, au moins d’un point de vue statistique.

    nota: pour entrer dans la capitalisation, encore faut-il un salaire décent

    ps: je ne défends pas la « répartition » !

  4. ne pas confondre CAUSE et CONSEQUENCE !

    c’est notre chômage de masse, 9 millions, qui plombe nos systèmes sociaux !
    sans compter les 2 à 300 000 « nouveaux venus » qui arrivent tous les ans….

    traitons la CAUSE !

    1. Second degré ou exemple saisissant de logique foutraque ? C’est parce qu’il y a des systèmes sociaux publics monopolistiques qu’il y a « 9 millions de chômeurs ». Traitons la cause du chômage : supprimons le monopole de la sécu et les retraites par répartition forcée !

    2. un système social viable est capable de fonctionner quelque soit le nombre de chômeurs, de 0 à 100%. Prétendre que c’est le chômage ou la crise qui plombe le truc, c’est ignorer le principe de réalité.

      Cela dit, nous on veut bien traiter la cause, mais les gens au pouvoir sont près à toutes les solutions, « coute que coute »… à condition d’écarter préalablement ce qui marche (les solution libérales, donc en phase avec la réalité, donc dures : suppression du SMIC, liberté d’embauche et licenciement, détaxation des salaires…).

  5. Sans madoff, sans les cigarettes, sans l’alcool, sans les medocs, ca va couter de plus en plus cher d’avoir des rentiers sortant avec des rentes chacun.

    N’oubliez pas que certains n’ont pas la chance de toucher de rente et cotisent pour les autres.

    C’est pour cela que nous sommes fier du travail assidu de nos cadres supérieur qui donnent de leurs personnes pour rendre ce monde plus beau. (paix à leurs âmes)

  6. La retraite par répartition est une chaîne de Ponzi, une arnaque par le simple effet du vieillissement de la population française, un phénomène amplifié par la récession économique. L’argument de la solidarité inter-générations ne résiste pas à une analyse même simpliste. La capitalisation a l’avantage de responsabiliser les individus et de différentier les cigales des fourmis. Pour ces dernières, on pourrait imaginer d’introduire une série de seuils en dessous desquels un fonds ad hoc garantirait la différence entre un taux de capitalisation annuel de référence (par exemple 3% l’an) et un taux plancher (taux de capitalisation annuel garanti, par exemple 1.25% l’an), permettant ainsi aux futurs retraités de suivre en temps réel le montant de leur capitalisation et de moduler le montant de leur épargne-retraite en fonction de leur courbe de capitalisation individuelle. Le paiement du différentiel s’étalerait sur la durée de cotisation des salariés.