Mario Draghi et la BCE font pschitt…

Mario Draghi, le président de la BCE, a annoncé hier que le taux directeur de la BCE restait inchangé, que toutes les solutions passaient par des décisions politiques et qu’il n’avait aucun pouvoir. Déception et dégringolade des marchés financiers.

Par Thibault Doidy de Kerguelen.

Probablement avez-vous regardé l’excellente vidéo d’Olivier Delamarche de cette semaine [1]. Olivier Delamarche a été particulièrement violent à l’égard des acteurs du marché : « Je me demande quel est le QI des intervenants en bourse… Draghi ne peut rien faire, il est exposé à 190Md€ sur la Grèce…  c’est une bande de rigolos qui réagissent à la seconde sur des chiffres qu’ils ne comprennent pas… » Eh bien, nous y sommes. Draghi a annoncé que… rien et les baudruches se dégonflent.

Mario Draghi avait déclaré : « Les mesures non conventionnelles ne marchent pas... » Comment peut-on croire ou faire semblant de croire qu’il va changer d’avis alors qu’il n’a pas les moyens financiers d’intervenir ? Alors que les Allemands, pointilleux sur les questions de droit, rappellent à qui veut bien les entendre que la BCE n’a pas le droit d’intervenir directement pour financer des États…

Avant-hier, la FED a annoncé que l’hélicoptère qui avait pris l’habitude d’arroser Wall Street de dollars restait au garage. Sale temps pour un certain nombre de spéculateurs qui avait déjà acheté sur les marchés avec les billets qu’ils comptaient ramasser sur le trottoir. Y’a d’la chute à Wall Street dans l’air.

Lundi dernier, Chikahisa Sumi, responsable du placement de la dette japonaise sur les marchés, à la question qui lui était posée de savoir comment, avec son endettement, avec sa population vieillissante, avec son déficit abyssal, le Japon arrivait encore à placer sa dette, répondit : « Les investisseurs doivent mettre leur argent quelque part », « C’est comme quand je vais faire du sport et qu’il n’y a pas de chaussettes fraichement lavées, je prends la paire qui est relativement la plus propre ». Jolie métaphore qui permet de comprendre que les hauts responsables ne sont pas dupes de la qualité de ce qu’ils proposent…

Avant-hier encore, c’est Bill Gross, le gérant de Pimco, le plus important fonds obligataire au monde, qui a tenu des propos alarmistes, ou francs, selon votre conviction ou votre analyse : « Une vraie crise de la dette (comme celle que le monde traverse actuellement) ne peut être résolue que de deux façons : 1) par un défaut ou 2) par la création de monnaie pour la résorber par l’inflation. Les deux options sont fatales pour les détenteurs d’obligations et d’actions. » Fermez le ban. Cela ne fait que quatre ans que votre serviteur le crie, l’écris et le répète. Soit le défaut (c’est le pronostic d’Olivier Delamarche qui lui aussi fait la même analyse depuis plusieurs années et reste persuadé que nous allons faire un défaut généralisé) soit l’inflation (c’est ma conviction et c’est la raison pour laquelle tant de « politiciens » réclament la maîtrise sur les banques centrales). Il n’y a pas d’alternative. Une dette est toujours payée par quelqu’un. Soit celui qui l’a achetée, soit celui qui l’a souscrite, soit pour partie les deux.

Décidément très en verve, Bill Gross a ajouté en parlant des USA, « au lieu de payer les intérêts courants au taux en vigueur, on s’engage à payer les factures futures en émettant toujours plus d’obligations ». Serait-il en train de traiter Obama et Bernanke de « Madoffs » ? Concernant le fait que malgré ces perspectives peu encourageantes, les obligations américaines se vendent bien, il a carrément plagié son copain japonais en répondant : « Les fonds d’obligations et d’actions ont simplement réorienté leurs investissements vers les pays dont la chemise sale est la plus propre ». Pour ajouter tout de suite après : « Les investisseurs doivent savoir que les chemises sales propres ne le restent pas indéfiniment. »

Hier, Mario Draghi a annoncé que le taux directeur de la BCE restait inchangé. Il a annoncé que toutes les solutions passaient par des décisions politiques et que lui n’avait aucun pouvoir. Intervention sur le marché obligataire secondaire ? Cela reviendrait à financer la dette des États, c’est interdit par ses statuts. Appui du FESF en l’alimentant pour que lui intervienne ? Il faudrait pour cela que ce dernier soit reconnu comme banque, c’est-à-dire ait une licence comme certains le réclament. Les États du nord, Allemagne, Pays-Bas, Finlande, s’y opposent. Draghi a réaffirmé « très fort » que l’Euro était irréversible… Tout en démontrant que son avenir ne dépendait que fort peu de lui.

Mercredi enfin, Obama et Hollande ont parlé au téléphone… des JO ? Le FMI a « exhorté » les pays européens à trouver une solution et le Premier ministre finlandais, Jyrki Katainen, a reçu le chef du gouvernement italien Mario Monti et lui a redit toute son opposition à une intervention du FESF ou du MES sur le marché de la dette, craignant, à juste titre et comme nous l’évoquions il y a quelques jours, que les montants soient tels que les pays solvables ne soient appelés à des hauteurs qu’il ne souhaite pas pour l’équilibre de son pays.

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Sur le web.

Note :

  1. Vous trouverez les vidéos d’Olivier Delamarche en première page de Ma Vie Mon Argent dès le mardi et pouvez les revoir sur MVMA-TV par la suite.

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  1. Etant d’une culture industrielle et plutôt anglo-saxonne, je soutiens le point de comportement Draghi :
    – ne pas laisser emporter la mission BCE dans le jeu Yo-Yo des marchés
    ET
    – pas plus dans ce jeu de chaises musicales où nos politiques sont maintenant coincés !

    Les sondages ne font que répéter ce qui se perçoit depuis longtemps chez les gens bien informés : user de ficelles n’a jamais constitué une solution de caractère stratégique. Manquer de vision et de compétence partout dans l’U.E. « sociale » ne se résoud pas par le jeu simpliste des discours creux et sans action cohérente.

    L’Allemagne, autant que les scandinaves, les finlandais et le Benelux, en ont marre des retords sudistes (auxquels il faut ajouter les français), ceux-ci incapables de sortir de leurs ornière mentales et comportementales. Conséquence : un futur sans visibilité…

  2. L’incapacité des hommes politiques Européen a se mettre d’accord sur les  » MOYENS  » a mettre en œuvres pour régler les problèmes paralyse la terre entière. L’incapacité a accepter la réalité, a reconnaître le défaut de payement , a accepter d ‘être aidé et implicitement reconnaître être en faillite, nous amène tout droit dans le tourbillon des forces du marché qui lui, sera intraitable. Ces tergiversations interminable des hommes politiques qui cherchent a temporiser pour gagne du temps, nous rapprochent tous les jours un peux plus du tsunami. Les forces du marché feront le travail faute d’entente de nos décideurs.