Il faut libéraliser le marché de l’électricité (2)

Il faut réfléchir aux moyens de revenir à un vrai marché de l’électricité plutôt que le marché administré d’aujourd’hui qui recèle les défauts des deux systèmes qu’il essaie vainement de concilier.

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Il faut libéraliser le marché de l’électricité (2)

Publié le 7 février 2023
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Un article de l’Iref-Europe.

 

Première partie de cet article ici.

Des voies et des moyens

Par suite de la douceur des températures au début de l’hiver et des efforts de réduction des besoins, dans le sillage d’une réduction du prix du gaz, de 300 euros le mégawattheure (MWh) en août 2022 à un prix plus proche 70 euros le MWh, les tarifs de l’électricité sur les marchés de gros se tassent : ils sont montés à 700 euros le MWh l’été 2022 et le 23 janvier 2023 à 121,48 euros en prix spot du lendemain.  Mais la baisse des prix exprime aussi la décélération de l’économie, ce qui est moins bon signe. Et les aléas du climat peuvent nous réserver des surprises.

Une solution provisoire a été adoptée par l’Espagne d’abord puis par l’Europe pour bloquer le prix du gaz. Mais c’est une solution mauvaise à long terme, notamment parce qu’elle risque de réduire l’approvisionnement en gaz de l’Europe qui doit importer 90 % du gaz dont elle a besoin. La Commission européenne a pris conscience du besoin de réformer le marché électrique : « Nous travaillons à une intervention d’urgence et à une réforme structurelle du marché européen de l’électricité », a dit Mme Ursula von der Leyen le 29 août 2022. Mais on attend toujours.

 

L’efficacité de la concurrence

L’électricité est aujourd’hui aussi importante pour un pays que l’était – et l’est toujours autrement – le blé autrefois. Et malgré cette malchance, pour lui, que ses réformes de libération du marché du blé aient eu lieu au cours de deux années de disette, Turgot a démontré que sur le fond et dans le temps, il avait raison de vouloir instituer « la liberté du commerce, qui seule peut, par son activité,  procurer des grains dans les cantons où se feraient sentir les besoins, et prévenir, par la concurrence, tout renchérissement excessif » (Arrêt de Turgot du 22 avril 1774). C’est la concurrence mondiale qui nous permet aujourd’hui d’avoir partout la possibilité d’acheter du blé.

Il faut donc réfléchir aux moyens de revenir à un vrai marché de l’électricité plutôt que le marché administré d’aujourd’hui qui recèle les défauts, plutôt que les qualités, des deux systèmes qu’il essaie vainement de concilier.

Dans de nombreux pays, les centrales nucléaires elles-mêmes sont confiées à la construction et à la gestion d’entreprises privées. C’est le cas aux États-Unis où la plupart de la centaine de centrales existantes sont gérées par des entreprises privées (Exelon, Entergy, Duke Energy…). La Suède faisait gérer ses quatre centrales par la société allemande UNIPER, une société privée jusqu’aux difficultés subies par celle-ci après l’abandon du nucléaire en Allemagne et à la crise du gaz. L’Espagne a confié à deux entreprises privées, Iberdrola et Endesa, la gestion de son nucléaire dont elle veut sortir (sauf si la crise actuelle devait la faire changer d’avis).

La France pourrait donc utilement sans doute démultiplier ses opérateurs, voire ses maîtres d’ouvrage, notamment pour ses nouvelles installations nucléaires. La concurrence est toujours créatrice de nouvelles offres et de solutions innovantes que les monopoles et oligopole ont de la peine à faire émerger.

 

La vérité des prix

La concurrence qui s’établirait entre opérateurs ne pourrait toutefois être stimulante que si chacun était libre de ses prix.

Ne faudrait-il pas alors que chaque opérateur ne soit autorisé à exercer sur le marché que s’il peut garantir sa capacité à délivrer l’électricité requise par ses clients par lui-même y compris à la pointe. C’est-à-dire que chacun devrait disposer d’une capacité à la pointe. Les fournisseurs d’énergies intermittentes devraient ainsi pouvoir offrir d’autres sources d’énergie en cas d’arrêt sauf à subir des pénalités dissuasives. Il est probable qu’on verrait fleurir moins d’éoliennes, ce qui améliorerait la fluidité du marché.

Les prix moyens, plutôt que celui de la dernière centrale, pourraient tenir compte de ce risque de production à des tarifs plus élevés. On éviterait la volatilité des prix de 2022 tout en incitant chacun à investir pour disposer de moyens de production globalement économiques

 

Une augmentation des capacités de production

L’Europe qui importe 90 % de son gaz pourrait chercher à développer son gaz de schiste en fixant les conditions pour que cette exploitation soit peu nuisible.

Mais il y a surtout urgence à prévoir le renouvellement, voire l’extension de notre parc nucléaire. À cet égard, le récent vote du Sénat pour fixer un plancher à 50 % de nucléaire plutôt qu’un plafond va dans le bon sens, de même que l’annonce de M. Macron d’un plan de construction de six réacteurs EPR (plus huit posés en option) à déployer en urgence. Il faut aussi dès à présent prévoir le renouvellement à terme des centrales actuelles. Des sociétés privées pourraient utilement financer ces projets.

La recherche doit être privilégiée dans ce domaine crucial pour améliorer les modes de production nucléaire, en trouver de nouveaux (mini réacteurs), développer les solutions de recyclage et enrichissement d’uranium où la France est déjà très riche de compétences (ORANO)…

Il faut travailler bien entendu à la découverte de nouvelles énergies et à leur stockage. Et pour ce faire, il faudrait peut-être commencer par moins taxer la production d’énergie pour lui donner les moyens de la recherche et de l’investissement.

 

Des taxes plus raisonnables

L’électricité est surtaxée. Le prix de détail de l’électricité intègre en France deux contributions, la contribution tarifaire d’acheminement CTA et contribution au service public de l’électricité  CSPE, ainsi que deux taxes, sur la valeur ajoutée (TVA) et sur la consommation finale d’électricité. Au total, sur les tarifs non réglementés, les taxes représentent 34 % du prix payé par le consommateur. En résumé, le prix de l’électricité payé par les consommateurs résidentiels se répartit en un tiers pour la part fourniture, un tiers pour le transport et la distribution et un dernier tiers pour les taxes. Il n’y a aucune raison que le produit essentiel qu’est l’électricité soit plus taxé que les autres.

Certes, la question est encore de savoir si et comment on peut sortir de nos accords européens actuels. Mais la décision est politique et question de volonté. L’évolution du marché ne se fera pas sans quelques délais et s’il fallait encore administrer une partie du marché électrique, il serait sans doute préférable de subventionner seulement les centrales de dernières sources pour réduire le prix de référence imposé aujourd’hui. Mais il ne faut pas attendre pour décider d’une réforme en profondeur.

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  • mais on n’y arrivera pas .. .
    il suffit de lire contrepoints, site libéral pour s’en convaincre;.

    on arrive même pas à se faire lister les missions claires qui justifient l’actionde l’état;.

    mais il y en a une..l’égalité tarifaire.. territoriale sinon l' »égalité de service;. ..or elle est incompatible avec DES réseaux privés.
    et entraine notamment un réseau national interconnecté..

    c’est ce qu’il faut discuter en premier. l’egalitté tarifaire et de service..

    Prix vrais en effet.. pas prix les plus bas possibles comme on ‘entend.. sans se rendre compte ( vraiment) que l’idée de prix est détruite pas l’absence de concurrence véritable..

    Donc ce qui va se passer c’est des soupirs d’dmiration envers les régimes autoritaires. pour résoudre le paradoxe du politique « compétent »..

    • Vous posez les bonnes questions. Soumis à referendum, ils est probable que la majorité souhaite garder la perequation (du moins tant que c’est raisonnable) .

      Même en étant libéral, dans certains cas de figure il faut se poser la question de ce qui est le mieux. La particularité de ce marché, c’est que EDF + Enedis + RTE est avant tout une énorme machine qui marche quasiment toute seule. Et sa construction est déjà largement privatisée (pas beaucoup d’agents EDF coulent du béton ou branchent des fils, tout est sous-traité sur appel d’offres).

      Donc privatiser la gestion de l’ensemble n’apportera pas grand chose en terme de compétitivité et fera perdre le coté optimisation du système qu’un ensemble cohérent permets. Il n’y a pas d’exemple dans le monde ou un système électrique fractionné en plein de sociétés est performant dans son ensemble. Par exemple le système électrique aux USA qui réponds à ce modèle n’est qualitativement pas guère mieux que celui d’un pays du tiers monde…

      Ce qui est urgent par contre de faire si on veut remettre le réseau Français en état c’est d’inscrire dans notre constitution l’interdiction absolue aux politiciens d’interférer dans les choix techniques d’EDF ou même dans le recrutement des cadres. Seuls des techniciens diplômés et expérimentés doivent prendre les décisions d’ordre technique. Le politicien va au plus demander un résultat (par exemple baisser le CO2, le prix…) mais pas décrire les moyens pour y parvenir (car il n’en est pas capable, il comprends rien…)

      EN fait idéalement, on devrait laisser le choix du mix au consommateur par le biais de contrats d’achat spécifiques dont le prix est calculé en fonction des couts réels et de ce que permets la technologie du moment ( par exemple un contrat Full ENR avec le prix fort qui va en face incluant backup…) ça éviterais de perdre du temps pour les choix d’orientations techniques…

      -1
  • l’UEM Metz dans ma région est un des modèles réussi de fourniture d’électricité par une collectivité locale.

  • Bon courage pour d’abord changer la mentalité française sans quoi tout ceci n’est qu’utopie.

  • S’il est coherent d’apprécier les propos eclairés de Jean-Philippe Delsol , il l’est moins de chercher à comprendre ce que les méandres de l’intelligentsia ( c’est ce qu’ils pensent d’eux) sont parvenus à créer.
    La production d’electricité relève d’une obligation d’Etat mais n’impose en rien que ce soit l’Etat qui produise. Laissez donc les entrepreneurs français faire ce qu’ils font bien , produire , et limitons l’action de ces sangsues à a perception d’une taxe unique la TVA . Les prix baisseraient et nous exporterions ce que nous produisons en plus de nos besoins . Ce serait tellement plus efficace et plus simple . l’Europe a bon dos mais n’enfile pas le costume qui lui était réservé , celui de la libre circulation des produits .

    -1
    • Les entrepreneurs ne s’engagent pas sur le long terme …. et jusqu’à 60 ans, le pourraient ils ?
      -sachant que les réseaux haute tension a eu seuls, sont amortis à partir de 45 ans à bien au delà !

  • La CTA contribution tarifaire d’acheminement en realité n’achemine rien.
    Elle est entierement dédié à la retraite des salariés d’EDF imposé par une loi de 2015.
    les salaries du privé paient pour leur retraite et pour la retraite des salariés d’EDF.

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