Il faut relancer le dossier gaz de schistes en Europe

L’économie européenne pourrait s’effondrer dans les prochaines années face à des concurrents américains bénéficiant d’une énergie 15 fois moins chère grace au gaz de schiste.

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Puits de Gaz de Schiste de Marcellus (Crédits : wcn247, licence Creative Commons)

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Il faut relancer le dossier gaz de schistes en Europe

Publié le 13 mars 2022
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Nous avions avec Pascal Baylocq en 2014 expliqué dans Gaz et Pétroles de Schistes en Questions1 comment les Américains avaient recouvré au cours des 15 dernières années une indépendance énergétique qu’ils avaient pourtant progressivement perdue depuis les Trente glorieuses. À l’aube du XXIe siècle, le pays de l’Oncle Sam dépendait à 70 % de ses importations pétrolières et à 15 % de ses importations gazières.

Tous les conflits notamment au Moyen-Orient depuis la fin des années 1960 (guerre du Kipour, Révolution iranienne, guerre d’Afghanistan, première et seconde guerre du Golfe) pouvaient se lire en filigrane de la dépendance énergétique américaine. Conscients que leurs besoins futurs en gaz naturel allaient inexorablement s’accroître, ils avaient construit le long de la côte atlantique des terminaux de regazéification.

Le double jeu des États-Unis sur les hydrocarbures et le gaz de schiste

En 2005, l’Agence Internationale de l’Énergie prévoyait qu’à partir de 2010, les États-Unis devraient importer massivement du gaz naturel liquéfié et deviendraient dès 2010 le second importateur derrière le Japon. Dans ce scénario, la Russie et l’Iran devaient jouer un rôle accru dans la fourniture de gaz naturel liquéfié avec un pouvoir de nuisance renforcé. Cette importation massive aurait alors un impact majeur sur les prix.

Dans la réalité c’est l’inverse qui s’est produit. Grâce aux gaz de schistes, les Américains ont fortement accru leur consommation gazière remplaçant notamment de nombreuses centrales à charbon par du gaz. Un remplacement massif leur permettant de réduire de 15 % leurs émissions de gaz à effet de serre, l’une des meilleures performances mondiales de ces dix dernières années.

Mais surtout les flux de gaz naturel liquéfié se sont inversés : les terminaux de regazéification ont été recyclés en terminaux de liquéfaction et au lieu de caboter du Moyen-Orient vers les côtes américaines, les méthaniers voguent maintenant depuis le Golfe du Mexique vers la Corée, le Japon, la Chine et l’Europe. Quant au prix du gaz américain il est aujourd’hui 15 fois moins cher qu’en Europe. Telle est la valeur inestimable d’une indépendance énergétique retrouvée !

En décrétant un embargo sur le pétrole et le gaz russe Joe Biden fait preuve d’un cynisme sans limite : sans aucun impact sur l’économie américaine qui n’importe ni pétrole ni gaz de Russie, cet embargo continuera de faire grimper les prix du gaz naturel liquéfié américain que « Sleepy Joe » est prêt à nous vendre au prix fort. Valant moins de 15 euros le MWh en quittant le golfe du Mexique, il sera vendu en Europe à plus de 200 euros/MWh.

D’autant que nous ne pouvons plus bénéficier aujourd’hui de « l’effet tampon » d’un euro fort comme tel fut le cas en 2007 quand l’euro s’échangeait à 1,6 dollar. Un véritable jackpot pour des États-Unis qui n’ont plus aucun besoin d’intervenir militairement pour assurer leur sécurité énergétique. Après être partis d’Afghanistan l’été dernier il ont clairement indiqué qu’ils n’avaient aucune intention d’intervenir en Ukraine.

L’impuissance de l’Europe

Face à l’indépendance énergétique américaine retrouvée, l’Europe ne peut que constater sa faillite énergétique imprimée depuis le début du siècle par le climato gauchisme. Il est aujourd’hui établi que certaines ONG bien-pensantes ont entretenu des relations incestueuses avec le géant Gazprom et obtenu des oligarques russes de juteux financements en échange d’un puissant lobbyisme anti-nucléaire et anti-gaz de schistes. Qui se souvient de la manipulation grossière du film Gasland et de son robinet en feu qui enflamma l’imagination collective ? Qui se souvient de l’instrumentalisation du débat entretenue par José Bové député européen écolo à l’époque ?

Qui se souvient de la position de Ségolène Royal alors ministre de l’Environnement qui voulait « examiner juridiquement la façon d’interdire l’importation de gaz de schistes américain » dénonçant un contrat passé entre ENGIE et l’entreprise américaine CHENIERE en vue de la fourniture de gaz naturel liquéfié américain ? Qui se souvient de la déclaration solennelle de François Hollande « tant que je suis président, il n’y aura pas d’exploration de gaz de schistes » ; exploration et non exploitation… nous n’étions même plus autorisés à regarder ! L’ancien président qui « solennellement a appelé à arrêter d’acheter du gaz russe » ferait bien de balayer sous sa porte !

Il faut reconnaître qu’à l’époque l’opposition sociétale n’était pas le seul frein à l’exploitation des gaz de schistes en Europe. L’effondrement des cours des hydrocarbures en 2015 rendait leur exploitation non-économique. Convaincus de cette non-économicité et ne souhaitant pas dégrader leur image, la plupart des acteurs privés et publics se sont alors retirés.

Les contextes sociétal (impasse avérée du 100 % renouvelable, croissance de la demande gazière) et économique (prix stratosphériques du gaz) ont évidemment complètement modifié la donne. Faut-il pour autant rouvrir le dossier gaz de schiste ?

En 2013, l’Agence Américaine de l’Énergie avait établi en première approximation que l’Europe recelait dans son sous-sol 15 trillions de m3 de gaz de schiste dont 20 % (soit 2500 milliards de m3) seraient exploitables. Le scénario de développement conduisait à une production annuelle de l’ordre de 160 milliards de m3 soit exactement les importations russes estimées en 2020.

En d’autres termes, le développement des gaz de schistes en Europe pourrait nous libérer totalement du carcan Russe.

Il faut changer de paradigme

Pour satisfaire cet objectif, il faudrait forer 50 000 puits. L’empreinte au sol serait de l’ordre de 500 km2 (soit l’équivalent du lac de Genève). Quant à la quantité d’eau nécessaire pour effectuer la fracturation hydraulique elle serait comprise entre 500 millions et un milliard de m3, une « goutte d’eau » à l’échelle européenne quand on compare aux 30 milliards de m3 consommés en France chaque année et dont 20 %, soit 6 milliards de m3 fuient dans la nature.

Il s’agirait évidemment d’un changement de paradigme pour une Europe aujourd’hui figée dans sa bien-pensance climato-gauchiste. D’interdiction en moratoire et d’hésitations en contradictions, l’Europe est en train de passer à côté de sa révolution énergétique aussi bien sur le gaz que sur le nucléaire.

Déjà fortement affectée par la crise du covid, l’économie européenne pourrait s’effondrer dans les prochaines années face à des concurrents américains bénéficiant d’une énergie 15 fois moins chère. L’indépendance énergétique américaine retrouvée montre qu’il n’y a pas de fatalité au déclin.

  1. Philippe Charlez et Pascal Baylocq (2014) Gaz et Pétroles de Schistes…en questions Éditions Technip
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  • En résumé, la recherche sur les gaz de schistes a été abandonnée car des hommes politiques ont touchés des pots de vin de la part notamment de Gazprom. Pas d’enquête et tout va bien! Gros silence des écolos et des socialistes.

  • Heureusement, les projets d’extraction des huiles et gaz de schiste par fracturation hydraulique ont été abandonnés sur nos territoires d’Ardèche et du Gard. On a ainsi échappé à une dévastation irrémédiable, à fortiori dans une région à l’activité sismique connue. Que Mr Charlez quitte son bureau bien chauffé et dépasse le périphérique parisien pour aller faire un tour en Pennsylvanie, en Pologne ou au Canada. Il verra l’impact environnemental désastreux de ces milliers de puits. Il faut cesser de nier la réalité.

    -6
    • il faut cesser de nier la réalité, je ne vous le fais pas dire
      ,cela fait 10 ans que vous niez la réalité, et pour cause, les USA ont démontré non seulement la fracturation est maîtrisée, au point de vue sécurité, mais en plus elle a démontré les énormes gains pour la société, évidemment cet aspect ne vous intéresse pas, perdu dans vos croyances

  • Hum cet article me paraît farfelu, le gaz de schiste, sans intérêt dans la petite Europe ou même creuser une mare a canards est impossible… Quand au prix c’est astronomique. Il me semble aussi que les usa depuis biden et avant importait du pétrole russe, question qualité…..
    Vaut mieux allez vers le nucléaire…. Et importer du gaz de partout…. Pour quoi faire ? Mystère. Je suis 100% électrique, juste pour mon briquet… Un peu de gaz.

    • importer du gaz de partout pourquoi faire?

      ben pour faire de l’électricité ,

      question qualité , le pétrole russe, il n’y a pas plus mauvais… ah oui le venézuélien

      les ricains importent ce type de pétrole, car le leur est du pétrole léger, de trop bonne qualité, il faut du basique pour certaines applications, et comme Biden l’andouille a bloqué le Heystone…

  • Depuis longtemps les gaz de schiste aurait dû être exploités et il est même étonnant que personne ne ressorte ce dossier pour les présidentielles, les politicards de tous bords préfèrent se laisser guider par les écolos destructeurs. Bon il est vrai que nos homme politiques ne brillent guère par leur courage.
    https://actu.fr/societe/une-enorme-reserve-de-gaz-en-lorraine-pourquoi-les-ecologistes-s-opposent-a-son-extraction_49356604.html

  • Le gaz de schiste !! on le ressort de la caisse oubli chaque fois qu’il y a une crise énergétique ou de préférence lorsqu’il y a des manipulations financières qui permettent d’augmenter le prix des carburants

    -3
  • Le principe de précaution, le diktat des verts, la lâcheté des politiques nous privent d’une énergie utile et indépendante.
    Merci à Chirac et à ses successeurs!

  • Vous imaginez que cette caste pourrait avoir un éclair de lucidité?
    Mr. Tmmermans, qui oriente la politique énergétique en Europe va vous réveiller, douloureusement, ils vont au contraire accentuer la gabegie renouvelable, alors que l’échec est patent en Allemagne, pourtant , celle qui y a le plus investi, et qui de fait s’est liée pieds et poings au gaz russe
    Le dossier est revenu sur la scène politique, plusieurs MP réclament la levée du moratoire, des permis de recherche et prolongation d’exploitation ont été accordés en mer du Nord, le premier pui de validation de fracturation, fermé pour cause agitation des crétins habituels, et qui devait être scellé, des fois que, ne le sera pas… ah oui, c’est en UK, ils ne sont plus en Europe
    Ils auraient un potentiel de production leur assurant leur indépendance gazière… pour 100 ans
    J’avoue que Vlad a préparé sa croisade avec une certaine virtuosité, et aujourd’hui, les circonstances ne pouvaient lui être plus favorable, sa 5° colone est bien en place

    • Comme si les politiciens avaient besoin de pots de vin pour faire des choix irrationnels ! Dont le dernier qui est de refuser d’acheter le gaz russe comme si d’avoir été extrait là-bas signifiait qu’il provenait des pets de l’individu Poutine…

  • Avatar
    jacques lemiere
    13 mars 2022 at 11 h 06 min

    A dire vrai je n’ai aucune espèce d’idée si on pourrait trouver du gaz de schiste en france..

    et les modalités de son exploitation poseraient de nouvelles questions.

    parce le français moyen pensera e que le gaz de schiste français éventuel lui appartiendra ..même sil ne paye pas un kopeck pour le produire..

    mais bien entendu…

    plus est produit de fossiles mieux on se porte économiquement.. sauf bien sur.. en limitant les échanges..

    il va falloir un jour que les français puissent se prononcer sur la politique « climatique », d’une façon triviale..
    quel climat souhaitez vous? combien êtes vous prêts à payer pour cela?

  • Quel est le seul bénéficiaire de la guerre en Ukraine? L »Europe? ben non… L’Ukraine? encore moins… la Russie? non plus… Les USA? ben… ils nous maintiennent ainsi sous leur dépendance absolue: marchés préservés grâce aux sanctions, North stream II enterré (sans jeu de mots), vente de leur gaz de schiste (très cher),… C’est une démarche de longue haleine qui a débuté en mars 1998 quand le Sénat US a voté l’expansion de l’OTAN vers l’Est (cfr Georges Kennan, un des artisans du « containement » et de la Guerre froide sous Truman). Malheureusement, toutes les initiatives récentes américaines en géopolitique ont eu et ont des conséquences catastrophiques. Et celle-ci n’y échappera pas, ne serait-ce qu’avec le resserrement des liens entre les membres de l’OCS (Organisation de Coopération de Shanghai) qui rassemble quand même la moitié de l’humanité, dont 4 puissances nucléaires, et des richesses primaires phénoménales. Sortons nos tête (trop) bien pensantes du sable…!

  • Bien sûr qu’il faut explorer pour voir si oui ou non il y a en France du gaz de schiste (en Pologne, ca a été négatif, et en UK, hors de l’UE désormais, il y en a, mais on ne peut pas le produire pour des raisons règlementaires – les fracturations hydrauliques font trop bouger les capteurs sismiques). Quant à pouvoir le produire, c’est une autre paire de manches. L’environnement pétrolier à terre en Europe est sinistré, et on n’est pas près d’avoir une industrie aussi compétitive qu’aux US. Ce n’est pas pour rien que ce sont quasiment les seuls producteurs de gaz de schiste dans le monde, avec le Canada. Seuls l’Argentine et la Chine essaient un peu, mais sans grand succès.
    Le gaz n’est pas indispensable à l’autonomie énergétique. Le pétrole, pour un surplus de CO2 très raisonnable, par rapport au charbon, peut très bien se substituer au gaz dans les centrales thermiques à cycle combiné.
    Un point incorrect dans ce que dit Ph. Charlez : Le gaz de schiste est un consommateur net d’eau : Entre l’eau injecté pour les fracs, et l’eau produite avec le gaz (moins), de l’eau reste en sous-sol diffuse dans les « schistes ». Cela n’a rien à voir avec la « consommation » d’eau, par exemple pour arroser les terrains de golf, qui fait partie d’un cycle et qu’on récupère plus ou moins polluée et chargée en pesticide, mais qu’on retrouve.
    En terme d’environnement, même si on peut faire des clusters de puits, la production par puits est réduite par rapport au gaz conventionnel. L’emprise d’une production massive de gaz de schiste même si moins visible que les éoliennes serait significative.

  • Article qui vient à point.
    Il faut effectivement recommencer les recherches sur le gaz de schistes en France et en Europe, n’en déplaise aux climato-gauchistes. En Belgique, les Verts sont en partie subsidiés par Gazprom (la ministre de l’écologie!)
    Il faut arrêter de s’agenouiller devant une minorité très active et relancer d’urgence le nucléaire et l’exploration du gaz de schistes. Le couple Hollande est totalement irresponsable, comme la majorité des politiciens.

  • Le gaz de Lacq a été extrait par fracturation hydrolique verticale , pourquoi pas se mettre comme aux USA à l’horizontale ?

  • Évidemment que oui mais leurs bêtises ne concernent personne dirait on!
    Moi je dépense des milliers d’euros pour une renovation energetique dont je me fiche pendant20 ans je n’ai eu qu’un poele a pétrole dans la maison et c’etait le bonheur!et l’état distribue des milliards d’aides,ils feraient mieux de s’occuper des ecoles’des hôpitaux, de la justice!
    Tôut ça pour amortir des travaux sur 20 ans,je serai morte!
    On va sauver la planète à nous tout seuls.
    Chasse au gaspi qu’ils disent ,et eux?
    Ils m’ecoeurent tous surtout les khmers verts!
    Tout sauf Macron et Jadot même si avec mon vote mes ancêtres vont se retourner dans leurs tombes!

  • Tout à fait d’accord avec toi Philippe. Bien encadré et avec les nouvelles technologies de facturation, l’impact sur l’environnement sera certainement moindre que celui des éoliennes ou des fermes solaires. Il serait d’ailleurs intéressant que tu fasses le point sur ces technologies de facturation dites sèches.

  • Juste une question, comment le gaz de schiste américain peut il être 15 fois moins cher dans un marché mondial ? Est-ce qu’il forcent un usage strictement local avec un blocage des prix ? Où est-ce que l’auteur compare des choux et des carottes ?

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