Pourquoi le Premier ministre britannique consulte un médecin privé

Rishi Sunak a beau défendre le NHS du bout des lèvres, sa préférence personnelle va aux soins de santé privés – et pour cause.

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Pourquoi le Premier ministre britannique consulte un médecin privé

Publié le 18 janvier 2023
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Par Elise Amez-Droz.

 

Après des semaines de spéculation, les Britanniques ont découvert la honteuse vérité : le Premier ministre Rishi Sunak a effectivement eu recours à des soins de santé privés dans le passé. Le chef conservateur du Royaume-Uni s’est empressé d’ajouter qu’il a toujours été inscrit auprès d’un médecin généraliste du National Health Service (NHS) et que sa famille a reçu des « soins fantastiques » dans un hôpital NHS de sa circonscription mais cela n’empêche pas les Britanniques de le prendre pour un hypocrite.

Pour les observateurs américains, l’histoire est une véritable farce. Le député britannique a donc reçu des soins d’une entreprise privée – où est le problème ? Les politiciens américains vont tout le temps chez des prestataires privés. Mais au Royaume-Uni, les gens préfèrent que tout le monde ait un accès égal à de mauvais soins plutôt que de risquer que certains obtiennent de meilleurs soins parce qu’ils en ont les moyens.

L’indignation des Britanniques est justifiée. Sunak est un ardent défenseur du NHS, ayant religieusement encouragé l’institution pendant que le Covid-19 frappait son pays. Pourtant, en cas de crise, le Premier ministre ne peut pas confier sa santé au système. Il a beau défendre le NHS du bout des lèvres, sa préférence personnelle va aux soins de santé privés – et pour cause.

Ces dernières semaines, le NHS a atteint un point de rupture et c’est dans ce contexte que l’accès de M. Sunak aux soins privés est devenu un sujet de controverse. Les millions de Britanniques qui ne peuvent pas s’offrir les soins de luxe que leur député a reçus sont à une urgence de santé près et vivent un cauchemar.

Depuis plusieurs semaines, les infirmières et le personnel ambulancier sont en grève dans tout le Royaume-Uni pour protester contre les conditions désastreuses en matière de personnel et de rémunération et les patients paient un prix élevé pour ce bouleversement. Les gens attendent pendant des heures l’arrivée d’une ambulance. Une fois arrivés à l’hôpital, ils doivent attendre à nouveau, parfois pendant des jours, avant d’être admis aux urgences.

Si la gravité de la crise dans laquelle se trouve le NHS aujourd’hui ne peut être exagérée, celui-ci montrait des signes alarmants bien avant la pandémie. Le covid a brisé le système, les employés ont démissionné en masse et ceux qui sont restés ont subi un stress immense. Les temps d’attente ont explosé pendant la pandémie à tel point que plus d’un Britannique sur huit est actuellement sur une liste d’attente pour des soins médicaux.

L’objectif de la réforme en cours de Sunak en dit long : aucun Britannique ne doit attendre plus d‘un an pour être traité par le NHS. Un an ! Pour les Américains, c’est une durée d’attente inconcevable pour des soins médicaux. Pourtant, dans les pays dotés de systèmes à payeur unique, les patients se sont de plus en plus habitués à des temps d’attente extrêmes.

Une analyse publiée en octobre 2022 indique que 230 patients cardiaques du NHS sont morts chaque semaine en attendant des soins urgents pendant la pandémie. En effet, en août 2022, le temps d’attente moyen pour une ambulance au Royaume-Uni était de près d’une heure.

Ce problème n’est pas propre au Royaume-Uni ; il se pose également au nord de la frontière américaine. Le Canada, qui dispose d’un système de soins de santé financé par l’impôt similaire à celui du Royaume-Uni, est en lice pour être le pire des pays développés en matière de rapidité des soins médicaux.

Ce n’est qu’occasionnellement que des histoires de temps d’attente mortels font les gros titres, comme dans le cas de ce Canadien dont la femme de 37 ans, mère de trois enfants, est morte ce mois-ci en attendant aux urgences. Il n’est donc pas étonnant que le Canada se soit résolu à proposer le suicide médicalement assisté comme alternative financée par l’État : cette politique macabre a le mérite morbide de donner aux Canadiens la maîtrise de leur destin.

Avant de se moquer de la situation sinistre dans laquelle se trouvent nos voisins adeptes de la médecine socialisée, l’Amérique ferait bien de se pencher sur ses propres lacunes.

Aux États-Unis, les politiciens aiment aussi vanter les mérites de programmes qu’ils évitent eux-mêmes, tels que Medicaid, le principal payeur de soins pour les personnes à faible revenu du pays. Les élites accordent allègrement la couverture Medicaid à la classe ouvrière mais elles préfèrent quitter leur poste plutôt que de passer un jour dans ce programme d’aide sociale. Ils font tout ce qu’ils peuvent pour que les gens continuent à en bénéficier, même si le programme ne répond pas aux attentes des bénéficiaires et les enferme dans la pauvreté.

Au moins aux États-Unis, personne ne sourcille lorsque les gens cherchent à obtenir les meilleurs soins possibles. Mais au Royaume-Uni, où c’est le NHS ou la route, les politiciens sont méprisés pour leur bon sens. Tenons compte des leçons que d’autres pays apprennent à leurs dépens et préservons le peu de liberté dont nous jouissons encore en matière de soins de santé.

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  • «Mais au Royaume-Uni, les gens préfèrent que tout le monde ait un accès égal à de mauvais soins plutôt que de risquer que certains obtiennent de meilleurs soins parce qu’ils en ont les moyens.»

    Je n’aime pas du tout cette manière de présenter les choses. Elle est fallacieuse et ne vise qu’à promouvoir une vision idéologique des choses. Et je vais défendre mon point de vue.
    Vous pensez vraiment que les gens raisonnent de cette manière dans la réalité. Les gens veulent seulement que l’accès aux soins et la qualité des soins soient la même pour tous les humains. Et pour y arriver en dehors de toute considération idéologique il faut être pragmatique c’est à dire se coller à la réalité des humains en tant qu’individu et des sociétés qu’ils forment. Ainsi presque (si ce n’est pas tous) tous les pays développés mélangent public et privé dans les soins. La question n’est donc pas public ou privé mais le bon dosage entre les deux pour se rapprocher de l’objectif cité plus haut avec bien entendu un coût supportable pour la société. Dans cette optique il n’y a pas qu’une solution mais une multitude en fonction des situations et des évolutions.

    -2
    • Au pays des lutins et des fées, la NHS et le système français fonctionnent à merveille.

      Dans la réalité, les deux sont complètement merdiques. Ils absorbent un flux de malades en traitant, au mieux, des « bouts de viande ». Si vous voulez « soigner des patients », ce n’est pas là qu’il faut exercer. Étant professionnel de santé, je parle de première main de ce que j’ai vu (et fait) dans mon externat.

    • « Vous pensez vraiment que les gens raisonnent de cette manière dans la réalité. Les gens veulent seulement que l’accès aux soins et la qualité des soins soient la même pour tous les humains »
      Et ben…NON !
      Les gens veulent avoir les meilleurs soins pour eux-mêmes (voire pour leurs proches) avec l’argent qu’ils peuvent débourser.
      La plupart des gens seraient heureux d’être bien soignés même si une partie des Français est moins bien soignés qu’eux.
      Aucun salarié au-dessus du SMIC ne demande à être au SMIC avec les autres.
      Le systême de santé actuel propose un niveau de soins inadéquat et faible à toute la classe moyenne.

    • « Les gens veulent seulement que l’accès aux soins et la qualité des soins soient la même pour tous les humains ».
      Ah, enfin une demande raisonnable, qui avec quelque effort, pourra être atteinte! Cuba, Venezuela, Corée du Nord, toute leur population (bon sauf quelques dirigeants, qui ne sont pas « la population ») a un accès et une qualité des soins parfaitement égale.
      En France, chaque année, nous tendons vers cet idéal.

    • «Les gens veulent seulement que l’accès aux soins et la qualité des soins soient la même pour tous les humains.»
      C’est vrai que tendre vers cet objectif demande un peu plus d’imagination que les vieux clichés communistes. Je pense que de la même façon qu’il existe (au moins en principe) l’égalité en droit, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas l’appliquer aux soins. C’est ambitieux, difficile, le chemin sera long mais la créativité humaine est infinie n’est-ce pas !

      • mais la créativité humaine est infinie n’est-ce pas !

        Il n’y a qu’à voir la liste des nouvelles taxes en France… C’est sans fin 🙁

      • « Je pense que de la même façon qu’il existe (au moins en principe) l’égalité en droit, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas l’appliquer aux soins. »
        =>Parce que le droit est un système abstrait tandis que les soins sont des activités tangibles. Si vous ne voyez pas pourquoi on ne peut pas appliquer les mêmes adjectifs à un concept (le droit) et à une activité (soigner), on ne va pas pouvoir faire grande chose pour vous ici …

  • Bah, c’est partout pareil. On a bien un ministre de l’éducation nationale qui met ses enfants dans le privé tellement il a confiance dans ce qu’il fait dans son travail et dans ses idées de mixité à l’école. Le socialisme et le wokisme, c’est bon pour les manants. Les écarts doivent se faire au plus tôt dans l’enfance : plus il y a d’écarts dans l’éducation, moins il y aura d’ascenseur social et plus d’entre-soi. Et plus le peuple sera corvéable.
    Et ne croyez pas que lorsqu’ils sont malades, nos élites françaises vont se faire soigner avec les sans-dents. Ou attendre une journée sur un brancard aux urgences.

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