Harry Potter : ce personnage pire que Voldemort

J.K. Rowling, l’auteur d’Harry Potter, a dit de lui qu’il était tout aussi condamnable que Lord Voldemort. En fait, il est pire.

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Harry Potter : ce personnage pire que Voldemort

Publié le 14 janvier 2023
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Par John Miltimore.
Un article de la Foundation of Economic Education

Au début, j’ai été incapable d’entrer dans l’univers de Harry Potter. Lorsque le premier tome de la saga de J.K. Rowling est sorti le 1er septembre 1998, j’étais un fan inconditionnel de Game of Thrones, attendant avec impatience Le choc des rois, la suite du best-seller de G.R.R. Martin.

Je n’avais que peu de temps ou d’intérêt pour Poudlard, l’école au nom ridicule (soyons honnêtes) où des enfants à l’accent britannique apprennent la magie et la sorcellerie. Même lorsque les films sont sortis, je n’étais pas très intéressé et je n’ai regardé que la première moitié du deuxième film, Harry Potter et la chambre des secrets.

Des années plus tard, les choses ont changé. Mes enfants se sont soudainement mis à aimer Harry Potter. Ma fille de 10 ans a lu Harry Potter à l’école des sorciers et, en famille, nous avons regardé les films à toute vitesse.

Je ne peux pas dire que je les adore, mais ils sont agréables à regarder avec les enfants, et certaines parties de l’histoire fantastique épique de Rowling sont attachantes, sages et instructives. Certains personnages sont également merveilleux, en particulier Dumbledore, le sorcier grand-père à l’allure de Gandalf, rempli de savoir et d’humble sagesse.

Cependant, lorsque mes enfants m’ont demandé quel était mon personnage préféré, j’ai répondu sans hésiter : Dolores Ombrage.

 

Le meilleur méchant depuis Hannibal Lecter ?

Dolores Ombrage, interprétée dans les films par l’actrice anglaise Imelda Staunton, n’est pas une apparition de l’au-delà ou une créature de la forêt interdite. Elle est la sous-secrétaire principale du ministre de la Magie, celle qui dirige le gouvernement (le ministère de la Magie) dans le monde fictif de Rowling.

Ombrage porte du rose, prêche la bienséance d’une voix mielleuse, sourit constamment et ressemble à une grand-mère douce mais sévère. Cependant, son regard intense et fixe suggère que quelque chose de malveillant se cache en dessous. Et c’est bien le cas.

L’auteur de romans d’horreur Stephen King, dans une critique de Harry Potter et l’Ordre du Phénix, le livre où Ombrage est présentée a confié :

« La Dolores Ombrage, qui sourit gentiment, avec sa voix de fille, son visage de crapaud et ses doigts courts et serrés, est le plus grand méchant de fiction depuis Hannibal Lecter. »

 

Le désir de contrôler et de punir d’Ombrage

Qu’est-ce qui rend Ombrage si diabolique que King la compare à Hannibal Lecter, le plus grand méchant de tous les temps ?

Je me suis posé cette question, et je crois que la réponse réside dans le fait que Dolores Ombrage est plausible – et à plus d’un titre.

Tout d’abord, il est intéressant de noter que pour créer ce personnage Rowling s’est inspirée de l’un de ses professeurs qu’elle n’aimait pas du tout.

Dans un billet de blog écrit il y a plusieurs années, elle a expliqué que son aversion pour cette femme était presque irrationnelle (et apparemment réciproque). Bien qu’elle ait un « goût prononcé pour les accessoires ringards »( y compris « un tout petit noeud coulissant en plastique » et un penchant pour les couleurs « citron pâle » qui, selon Rowling, étaient plus « appropriées pour une fillette de trois ans ») Rowling a déclaré qu’un « manque de chaleur ou de charité réelle » se cachait sous son apparence mielleuse.

Cette description m’a rappelé un autre méchant de fiction détestable : l’infirmière Ratched, l’ignoble antagoniste de Randle Murphy dans le magnifique roman de Ken Kesey, Vol au-dessus d’un nid de coucou (1962).

La description que fait Kesey de l’infirmière Ratched évoque un personnage semblable à celui d’Ombrage.

Son visage est lisse, calculé et précis, comme une poupée de luxe, sa peau comme de l’émail couleur chair, un mélange de blanc, de crème et d’yeux bleu layette, un petit nez, des petites narines roses – tout fonctionne ensemble, sauf la couleur de ses lèvres et de ses ongles…

Si les apparences de Dolores Ombrage et de l’infirmière Ratched présentent des similitudes, leur véritable point commun réside dans ce qui se cache derrière.

Dans L’Ordre du Phénix, nous apprenons que Dolores Ombrage est un tyran assoiffé de pouvoir qui détruira quiconque défie son autorité ou même la déçoit. Elle fait renvoyer le professeur Sybill Trelawney (Emma Thompson) sous prétexte qu’elle ne pourrait pas faire de prophétie sur le champ.

Non ! NON ! Cela ne peut pas se produire… c’est impossible », s’époumone Trelawney. « Vous ne pouvez pas ! Vous ne pouvez pas me renvoyer ! Je suis ici depuis seize ans ! Poudlard est ma maison.

Ombrage ne se laisse pas impressionner par les supplications de sa collègue.

« C’était votre maison jusqu’à l’heure précédent, quand le ministre de la Magie a contresigné votre ordre de renvoi », répond-elle. « Maintenant, veuillez vous retirer de cette salle. Vous nous faites honte. »

Le professeur Dumbledore intervient en faveur de Trelawney, soulignant qu’Ombrage a peut-être le pouvoir de la renvoyer, mais pas de l’expulser de l’enceinte.

« C’est le directeur qui a ce pouvoir », fait remarquer Dumbledore tandis que Trelawney est reconduite à l’intérieur.

Ombrage se contente de sourire à Dumbledore. « Pour l’instant », dit-elle sans sourciller.

Elle n’a pas tort. Dumbledore lui-même est bientôt contraint de fuir et Harry et ses amis doivent apprendre la défense contre la magie noire en secret, loin des yeux d’Ombrage et de ses acolytes, qui ont supprimé l’enseignement de cette matière.

Rowling a expliqué la psychologie du monstre qu’elle a créé, et l’a comparé à Voldemort, « le Seigneur des Ténèbres » et principal antagoniste de Harry Potter :

« Le désir [d’Ombrage] de contrôler, de punir et d’infliger de la douleur, tout cela au nom de la loi et de l’ordre, est, je pense, tout aussi répréhensible que l’adhésion sans fard de Lord Voldemort au mal.  »

L’auteur n’a pas tort. En fait, je dirais que la malveillance d’Ombrage est pire précisément à cause de son vernis (pour ainsi dire). C’est ce qui la rend plus sinistre que Voldemort. Sa cruauté est bien plus réelle, un peu comme celui que Kesey dépeint à travers l’infirmière Ratched, qui tourmente et domine les patients dont elle s’occupe et qui finit par lobotomiser l’un d’entre eux.

Bromden, le narrateur dans Vol au-dessus d’un nid de coucou, décrit l’infirmière Ratched comme une personne essentiellement ivre de pouvoir, affligée d’un désir insatiable de contrôle. Pour cette raison, elle est considérée comme représentant « l’autorité, la conformité, la bureaucratie, la répression, le mal et la mort ».

 

Le plus grand bien ?

Mes enfants n’ont pas apprécié que je dise que Dolores Ombrage était mon personnage préféré de Harry Potter, mais je ne plaisantais pas.

Bien sûr, le personnage que j’aime le plus est Dumbledore ; c’était particulièrement vrai lorsque le personnage était joué par l’acteur irlandais Richard Harris, qui a incarné Dumbledore dans les deux premiers films avant sa mort en 2002. Mais Ombrage est le meilleur personnage, celui qui peut nous apprendre le plus.

Dans un sens, elle est le pouvoir débridé de l’État personnifié. À un moment du film, elle attache Harry à une chaise et s’apprête à lui jeter un sort interdit pour lui soutirer des informations.

Dolores Ombrage : « Très bien. Vous ne me laissez pas le choix, Potter. Comme il s’agit d’une question de sécurité ministérielle, vous ne me laissez pas d’autre choix. La malédiction Doloris devrait vous délier la langue. »

Hermione Granger : « C’est illégal ! »

Dolores Ombrage : [pose une image sur son bureau] « Ce que Cornelius ne sait pas ne lui fera pas de mal. »

Plus tard, dans la Forêt Noire, Ombrage pointe sa baguette vers Harry, Hermione et Ron et est apparemment prête à les détruire. Elle dit :

« Pour le plus grand bien, je veux faire ce qui doit être fait. »

 

Le plus grand bien

Ce sont trois des mots les plus dangereux de l’histoire, et il y a une raison pour laquelle ils sont prononcés par le méchant de l’histoire de Rowling. Ces mots sont généralement prononcés pour admettre que l’on va faire quelque chose de mal, de mauvais ou de diabolique, mais pour une soi-disant bonne raison.

Les techniques d’interrogation améliorées de la CIA – un euphémisme pour la torture – ont été utilisées pour le plus grand bien. Cela semble avoir fait impression sur Rowling, qui a publié L’Ordre du Phénix en 2003, alors que ces techniques étaient utilisées dans le cadre de la guerre contre le terrorisme, suscitant alors de nombreux débats.

Nous avons beaucoup entendu parler de cette notion de plus grand bien au cours des deux dernières années. Ces trois mots ont été prononcés pour perpétuer certains des grands maux de l’histoire.

« Nous devons commencer à faire les choses pour le plus grand bien de la société et non pour des idiots qui pensent qu’ils peuvent faire leurs propres recherches », a récemment déclaré Don Lemon, animateur de CNN, « ou qu’ils sont au-dessus de la loi et qu’ils peuvent enfreindre les règles. »

Lemon a fait ces commentaires pour faire l’éloge des politiques australiennes en matière de pandémie, qui ont transformé le pays en un État policier virtuel… tout cela pour le plus grand bien de la société.

Comme Dolores Ombrage, les dirigeants australiens (et Lemon) ne voient apparemment aucun problème à utiliser la force pour le plus grand bien, y compris l’utilisation de l’armée pour faire respecter les confinements et interdire les rassemblements.

Ils sont un rappel effrayant de ce que l’auteur chrétien CS Lewis a décrit comme étant peut-être le type d’oppression le plus dangereux.

« De toutes les tyrannies, une tyrannie exercée sincèrement pour le bien de ses victimes peut être la plus oppressive. Il vaudrait mieux vivre sous des barons voleurs que sous des institutions morales omnipotentes. La cruauté du baron voleur peut parfois s’endormir, sa cupidité peut à un moment donné être rassasiée ; mais ceux qui nous tourmentent pour notre propre bien nous tourmenteront sans fin car ils le font avec l’approbation de leur propre conscience. »

Les autoritaristes du covid d’aujourd’hui ressemblent beaucoup à Dolores Ombrage, qui aimait tellement la bureaucratie, l’ordre et l’autorité qu’elle a créé un mur de règles pour faire respecter les comportements. Comme Ombrage, ces individus sont avides de pouvoir, répressifs, mesquins et très désireux de piétiner les autres tout en poursuivant le plus grand bien.

Mais la vérité, c’est que la liberté est le plus grand bien. Les méchants comme Dolores Ombrage peuvent nous aider à nous en souvenir.

 

Traduction Contrepoints

Sur le web

Article publié initialement le 5 février 2022

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  • « où des enfants à l’accent britannique »

    Ah… L’auteur fait partie de ces gens qui, lorsqu’ils lisent un livre, entendent les accents des personnages.

    -1
    • Je ne pense pas qu’il faille le prendre au premier degré, l’auteur fait plus probablement référence au fait que ces enfants sorciers ressemblent en tout point à des enfants britanniques ordinaires (le buffet rempli de pudding et autres spécialités venues d’outre manche a lui aussi un accent britannique)

    • Il n’y a pas que l’accent: certaines tournures de langage sont très spécifiques.

    • Je suppose que l’auteur de l’article est étasunien, qui explique sa pique vis-à-vis de l’accent britannique.

      Si tel est le cas, c’est une des manifestations de l’arrogance des Étasuniens qui veulent éradiquer le bon anglais pour le remplacer par leur bouillie  » Harlem-rap  » où le  » z  » remplace le  » s  » (ex :  » globalize  » au lieu de  » globalise « ), où le  » u  » est enlevé du suffixe de certains mots (ex :  » behavior  » au lieu de  » behaviour « ), etc. Le pire est qu’ils veulent imposer cette langue moche partout : quand on écrit en anglais sur ordinateur, il faut être vigilant car, définie selon des paramètres étasuniens, cette satanée machine se permet de  » corriger  » ce que l’on écrit.

      Quant à l’accent, parlons-en ! La bonne prononciation britannique est élégante (sauf quand certaines femmes se mettent à miauler) alors que l’accent étasunien est généralement avachi, indistinct et vulgaire.

  • Avant la crise « Covid », je trouvais certains personnages caricaturaux.

    Mais ça, c’était avant !

    Et ne nous trompons pas : chacun des personnages a été imaginé globalement et développé sur des milliers de pages. Il ne s’agit pas de « simplifications » pour aménager la trame du récit, mais bien de la volonté et la vision de l’auteur. Le ministre, la journaliste, les « hauts fonctionnaires », et beaucoup d’autres apparaissent pour ce qu’ils sont car ils sont transposés dans un monde parallèle et imaginaire où la banalisation du monde réel n’atténue plus leurs travers.

  • Et en plus, Dolores Ombrage ne croit pas au retour de Voldemort, suivant ainsi la ligne du ministère qui est de tout nier et de s’en prendre à ceux qui relaient l’information tels Dumbledore ou Harry Potter.

  • Les commentaires sont fermés.

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