Et Dieu créa la Montbéliarde…

Une décision politico-religieuse locale prise par Leurs Excellences de Berne, en Suisse, a contribué à créer une race de vache, la Montbéliarde.

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montbéliardes by Patrick Loste (creative commons CC BY 2.0)

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Et Dieu créa la Montbéliarde…

Publié le 13 janvier 2023
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En 1710, une décision politico-religieuse locale prise par Leurs Excellences de Berne, en Suisse, a contribué à créer une race de vache, la Montbéliarde qui allait ébranler la vie des paysans en Franche-Comté, puis de proche en proche, au fil des siècles dans le Jura, l’Auvergne, les Alpes, les Flandres, ainsi que le Maroc, l’Argentine, l’Australie et la Mongolie.

 

Les vaches des anabaptistes

Cette année-là (1710), environ 50 mennonites sont expulsés du canton de Berne. Il s’agit de membres parmi les plus radicaux du mouvement anabaptiste issu de la Réforme et dont un autre mouvement dissident, les fameux Amish, a été fondé en 1693 par Jakob Amman, en divergence théologique avec la branche suisse des mennonites.

Cet évènement initial passé inaperçu dans les soubresauts de l’Histoire a pourtant involontairement contribué à améliorer le niveau de vie des éleveurs, le développement économique de la France et la santé d’une partie de l’humanité.

Après avoir songé à les envoyer en Amérique, ces mennonites sont finalement accueillis en Franche-Comté, dans la région de Montbéliard, avec leurs vaches Simmental. Le seigneur des lieux, Léopold-Eberhard de Wurtemberg, leur attribue des terres autour de la localité d’Héricourt (Haute-Saône) à quelques kilomètres de Montbéliard. Ils s’y installèrent et fondèrent des fermes, notamment à Essouavre sur la commune de Saulnot (70400). Ce lieu-dit semble être le point de départ de la lente sélection qui allait aboutir à la Montbéliarde, descendante de l’Auroch qui vivait dans l’arc jurassien il y a… 6000 ans.

 

Pourquoi fuir à Montbéliard ?

Au XVIe siècle, Montbéliard avait adhéré à la Réforme protestante, de même que la République de Mulhouse et quelques cités suisses.

Jusqu’en 1793, date à laquelle Montbéliard fut annexée par la France, la ville faisait partie du Saint-Empire romain germanique. Elle formait le cœur du comté fondé par l’empereur Henri III en 1042 et qui devint ensuite la principauté de Montbéliard (« Grafschaft Mömpelgard »).

L’Alsace étant devenue française en 1648, un édit de Louis XIV obligea les protestants et notamment les anabaptistes à fuir pour s’installer en Lorraine, et… au pays de Montbéliard. Ces terres ne dépendaient pas alors de la couronne de France.

Actuellement, on retrouve les mennonites français principalement dans ces régions.

Durant son règne, Léopold-Eberhard, un « triste sire » méprisé de ses sujets pour ses injustices et sa vie licencieuse, s’attacha à augmenter ses biens par des méthodes frauduleuses. En 1713, il envoya dans chaque localité des agents chargés de saisir en son nom les biens immobiliers dont les possesseurs étaient hors d’état de produire les titres de propriété. Cette mesure entraina de nombreuses expropriations. Le prince plaça alors ses fermiers, dont des mennonites, dans de grands domaines, notamment à Etobon (près d’Héricourt) où à cette époque chèvres et moutons fournissaient alors principalement le lait nécessaire à la fabrication du fromage.

 

La naissance de la Montbéliarde

Dans les campagnes, les paysans se sont longtemps désintéressés de la sélection du bétail. Seule la reproduction comptait. Le taureau du village servait seulement au troupeau de la commune. L’obsession céréalière était un frein à l’extension des surfaces herbeuses car les paysans avaient peur de manquer de pain.

Les mennonites introduisirent de bonnes pratiques dans le pays pour la culture des terres et l’élevage et exercèrent une influence sur les populations locales qui renoncèrent peu à peu à leur routine. Ils « créèrent » ainsi ce qui deviendra la vache Comtoise. Cette nouvelle race appartient au rameau « pie rouge » des montagnes. C’est une cousine de la Simmental suisse croisée avec des races locales, notamment la Taurache et la Fémeline.

Elle sera nommée « la Montbéliarde » pour la première fois en 1872 à la foire agricole de Langres, par un éleveur anabaptiste de Couthenans (prés de Montbéliard).

En effet, jusqu’à cette date, cette vache « comtoise » était appelée « l’Alsacienne ». Mais après la perte de l’Alsace par la France en 1871, les éleveurs du pays de Montbéliard considérèrent que leurs vaches ne pouvaient plus porter le nom d’une province perdue. Les mennonites se rappelèrent alors que leurs ancêtres avaient été bien accueillis par le prince Léopold-Eberhard de Wurtemberg, et ils donnèrent à leurs bêtes le nom de « Montbéliarde » qui fut reconnue en tant que race en 1889.

Comme souvent, les changements d’habitudes seront longs à se mettre en place. L’économie laitière ne débutera que vers 1850. La lente adoption de la Montbéliarde va alors révolutionner le cheptel comtois en devenant un pilier de la filière laitière. Mais cela ne se fera pas sans heurts, sans réunions houleuses et même sans affrontements jusque dans les années 1980.

Ainsi, en 1964, un ingénieur agronome jurassien « frondeur » (Emile Richème) dû s’exiler en Haute-Saône parce que son programme novateur d’élevage et de sélection heurtait de front les vieilles habitudes.

En 1980, des batailles rangées eurent encore lieu entre « richémistes » et leurs adversaires « légalistes » nécessitant l’intervention de CRS et d’hélicoptères !

 

L’essor mondial de la Montbéliarde

La commune des Fins dans le Val de Morteau a été un des hauts lieux de l’essor de la race Montbéliarde grâce à l’action de lignées d’éleveurs, notamment les Mamet.

Le cheptel français compte aujourd’hui environ 700 000 bêtes qui consomment chacune 100 kg d’herbe chaque jour et qui fournissent de 6000 à 7000 litres de lait par an pour fabriquer, entre autres produits, des fromages comme le Comté, le Cantal, le Reblochon ou le Beaufort.

Aujourd’hui, la Montbéliarde est une race appréciée pour sa fertilité, sa longévité, sa résistance aux maladies. Bonne marcheuse, elle supporte bien la vie au grand air et à la montagne. Elle est devenue un marqueur identitaire de la Franche-Comté autant, sinon plus, que le lion comtois.

En septembre 2013, 155 Montbéliardes se sont envolées par avion pour la Mongolie.

Dorénavant, des paillettes congelées de semence de la Montbéliarde voyagent par avion partout dans le monde.

Et « Dieu créa la Montbéliarde », vache fabuleuse qui vole maintenant… de ses propres ailes !

Pensez-y lorsque vous croiserez le doux regard de cette bête indolente dans son pré…

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Créer un compte Tous les commentaires (6)
  • le nucléaire d’état ..ah zut.. belle vache en tous les cas..

    -1
  • Une sacrée vache, cible des grandresetteurs de tous poils.
    Les vaches d’illustration ne ressemblent pas trop à des Montbéliardes.

  • Merci pour cette belle histoire que les végans ne peuvent pas apprécier, à moins qu’ils soient adeptes des sports d’hiver et qu’on leur explique que ces formidables animaux entretiennent aussi les pistes de ski.
    Je ne suis pas skieur mais j’aime ces belles vaches qui semblent m’encourager, en agitant leur cloche, quand j’en bave sur mon vélo dans les cols alpestres.

  • Des machines à Pets de méthane disent nos écolos, et qu’il faut supprimer car responsables du réchauffement climatique.

  • Qu’il est doux de lire de tels articles qui plus est sur des animaux que j’adore ( je peux passer des heures assis au milieu à les regarder…) .
    Elles nous fournissent tout ce que nous avons besoin ou presque; lait , viande , cuir et cornes . Dans certains pays ont fait la cuisine avec leurs bouses séchées.
    Ha oui vraiment quel bel animal que voilà.
    Je vous aime les vaches! Et les taureaux aussi…

  • Les commentaires sont fermés.

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