La plus grande crise alimentaire de l’histoire arrive

Les dommages causés par l’invasion de l’Ukraine par la Russie aux chaînes d’approvisionnements alimentaires mondiales semblent être encore plus importants que ce que l’on craignait.

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blé by Matthieu Milliot(CC BY-NC 2.0)

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La plus grande crise alimentaire de l’histoire arrive

Publié le 7 novembre 2022
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Les dommages causés par l’invasion de l’Ukraine par la Russie aux chaînes d’approvisionnements alimentaires mondiales semblent être encore plus importants que ce que l’on craignait. Selon certaines estimations, la production agricole de l’Ukraine destinée au marché mondial serait réduite de moitié. La pénurie mondiale d’engrais, également exacerbée par la guerre, menace de réduire les récoltes. Combinée à la sécheresse, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) met en garde : « Une action humanitaire ciblée est nécessaire de toute urgence pour sauver des vies et des moyens de subsistance dans les 20 points chauds de la faim ».

En outre, l’Inde a décidé de suspendre indéfiniment les exportations de blé. Cette décision vise à « assurer la sécurité alimentaire nationale », même si des échappatoires demeurent pour certains pays. Cette décision est également le résultat d’une vague de chaleur en Inde qui entraînerait la perte de plus de 15 % de la récolte. Alors qu’il y a quelques semaines à peine, on comptait sur des pays comme l’Inde pour pallier la pénurie alimentaire mondiale.

Javier Blas, un chroniqueur de Bloomberg spécialisé dans l’énergie et les matières premières, commente :

Ma plus grande préoccupation est l’effet d’imitation de l’interdiction d’exportation de blé par l’Inde. Pas seulement pour le blé (et le maïs), mais surtout pour le riz. Si les exportateurs de riz paniquent (et il n’y a pas de raison grâce à une récolte record prévue) et suivent le mouvement, c’est la fin de la partie pour la sécurité alimentaire mondiale.

 

Une tempête parfaite ?

Dans le monde entier, le prix des produits de base ont déjà augmenté de 23 % en un an, en raison évidemment des retombées du covid et de l’impression monétaire. Aucun changement immédiat ne semble être en vue.

En fait, Abdolreza Abbassian, ancien responsable des agro-marchés à la FAO, met en garde : « Le vrai danger, c’est la saison 2022-2023, et cela fera tomber les gouvernements ».

Avant la guerre, l’Ukraine fournissait 11 % du blé commercialisé dans le monde, 15 % de l’orge, 17 % du maïs et 46 % des graines de tournesol et de carthame, ce qui explique que les supermarchés en France, au Royaume-Uni et ailleurs restreignaient déjà les ventes d’huile végétale. Quelque 30 % des terres ukrainiennes sont actuellement occupées, dangereuses ou trop endommagées pour être cultivées, ce qui représente un défi de taille.

En outre, la Chine accumule davantage de récoltes que d’habitude, des restrictions à l’exportation ont été imposées au bœuf argentin et aux engrais russes, et des pays comme le Kazakhstan et la Serbie avaient déjà imposé des restrictions similaires avant le conflit.

 

Le rôle des politiques anti-déforestation de l’UE

Un autre développement important est la décision de l’Indonésie de cesser d’exporter de l’huile de palme, un ingrédient crucial de la chaîne alimentaire mondiale. L’UE a prévu d’imposer de nouvelles restrictions de grande envergure sur l’importation d’huile de palme. Cette décision est motivée par la volonté de lutter contre la déforestation.

L’approche de l’UE est toutefois discutable. 84 % de la production mondiale d’huile de palme se fait en Indonésie et en Malaisie. L’institut indépendant World Resources Institute a récemment identifié l’Indonésie et la Malaisie comme des « points d’espoir pour les forêts ». La déforestation est évidemment un problème, mais selon la FAO, elle n’est pas aussi problématique en Asie qu’en Afrique et en Amérique du Sud.

Une meilleure approche, plus ciblée, consisterait – comme le suggère également le Fonds mondial pour la nature (WWF) – à « soutenir l’huile de palme durable et à éviter les boycotts, car nous savons que les substitutions par d’autres huiles végétales peuvent entraîner des dommages environnementaux et sociaux encore plus importants ». En Malaisie, qui heureusement, contrairement à l’Indonésie, continue à exporter de l’huile de palme, 90 % de sa production bénéficie d’un label de durabilité, donc tout va bien de ce côté-là.

À cet égard, il convient également de mentionner que l’huile de palme a un rendement particulièrement élevé, comparé aux alternatives. Par exemple, une étude publiée par Nature montre clairement que pour répondre à la demande mondiale, une expansion de la production d’huile de palme de seulement 36 millions d’hectares de terres supplémentaires serait nécessaire, contre 204 millions d’hectares pour le soja. En d’autres termes, il semble que l’approche de l’UE doive être repensée.

 

La plus grande crise alimentaire de l’histoire ?

Un nouveau rapport d’experts du Groupe international d’experts sur les systèmes alimentaires durables prédit que la nouvelle crise alimentaire mondiale pourrait être la « plus grande crise de l’histoire ». David Beasley, directeur du Programme alimentaire mondial des Nations unies, met en garde depuis plusieurs semaines contre l’impact de la guerre sur la production alimentaire mondiale.

Cette semaine encore, il a déclaré à propos du blocus naval russe de l’Ukraine :

« Plus les ports de la région d’Odessa resteront fermés, plus cette crise alimentaire mondiale sera dévastatrice. Est-ce trop demander que de permettre à la nourriture de circuler pour que des millions de personnes puissent manger ? »

Il ajoute que, pour cette raison, l’Europe pourrait bientôt commencer à s’inquiéter de flux migratoires beaucoup plus importants en provenance d’Afrique.

L’UE tente actuellement d’aider à acheminer les vivres depuis l’Ukraine par la route et le rail, mais c’est loin d’être facile. Des pays comme le Brésil apportent actuellement leur aide, mais l’agro-industrie brésilienne dépend pour plus d’un quart des importations d’engrais en provenance de Russie et du Belarus, qui font déjà l’objet de restrictions à l’exportation. Les hauts responsables européens craignent que le président russe Vladimir Poutine utilise l’approvisionnement alimentaire comme une arme économique, des restrictions à l’exportation de produits agroalimentaires, d’engrais et d’énergie étant à prévoir.

En tout état de cause, les prix des denrées alimentaires sont déjà en hausse en Europe occidentale, jusqu’à 10 % par an. L’alimentation ne représente qu’une part limitée du budget des familles, ce qui n’entraînera pas d’émeutes de la faim comme le Printemps arabe, mais cela signifie une réduction de la qualité de vie pour beaucoup.

La question est de savoir ce que l’on peut faire immédiatement pour remédier à cette situation. L’une des principales mesures à prendre est d’éviter d’imposer à nos agriculteurs un comportement encore plus condescendant. En ce sens, il est bon que le ministre écologiste allemand de l’Agriculture  demande à la Commission européenne de reporter la nouvelle réglementation sur la rotation des cultures.

En France, il convient de résister à la proposition des sénateurs Guillaume Chevrollier et Denise Saint-Pé d’imposer un prix minimum pour le CO2, étant donné que les coûts énergétiques entraînent également une hausse des coûts alimentaires. En Belgique et aux Pays-Bas, les décideurs politiques devraient également revoir leurs politiques controversées en matière d’azote, qui consistent à dépenser d’énormes sommes d’argent des contribuables pour fermer des exploitations.

Une grande partie de cette situation trouve son origine dans les réglementations environnementales de l’Union européenne. Le 24 février, une nouvelle ère a commencé, et une grande partie de l’approche réglementaire de l’UE n’est plus adaptée.

Article publié initialement le 19 mai 2022.

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  • Avatar
    jacques lemiere
    19 mai 2022 at 6 h 38 min

    tiens pour digresser mais pas trop..
    https://www.youtube.com/watch?v=-hgdOUSeE3c le sri lanka avait décidé de renoncer aux pesticides au passage. https://foreignpolicy.com/2022/03/05/sri-lanka-organic-farming-crisis/

  • La guerre : la grande revanche des campagne sur les villes va pouvoir s’exprimer , dans le contexte , ça va faire mal.

  • L’auteur raconte n’importe quoi, il a voulu écrire encore grande crise financière voulu par les USA

    -9
  • Le Libéralisme a toujours lutté contre une politique de sécurité alimentaire, a toujours empêché une politique d’auto-suffisance alimentaire, puisque le riz thaï est moins cher en arrivant au Niger donc les Nigériens n’ont qu’à cultiver autre chose (c’est un exemple)

    -7
    • Diagoras L Athee
      19 mai 2022 at 11 h 59 min

      Le libéralisme dit qu’il est stupide d’INTERDIRE d’acheter à l’étranger. C’est toujours cet espèce de refus de faire la différence entre ne pas interdire quelque chose (le libéralisme) et rendre cette chose obligatoire.
      L’auto suffisance alimentaire n’est pas vue comme un mal. C’est l’interdiction étatique d’importer ou d’exporter de la bouffe qui est le problème. Vous pouvez être auto suffisant ET commercer. Pourquoi faudrait il choisir l’un ou l’autre?
      Par ailleurs les tensions actuelles ne sont pas le fait du marché mais des Etats. La Russie (un Etat) a attaqué l’Ukraine. Les sanctions européennes (un supra Etat) rendent l’accès au productions Russes compliqué… Les normes kafkaïennes imposées par l’ETAT aux agriculteurs français réduisent leur capacité de réaction.
      Et après vous comptez sur l’Etat (vous parlez de politique) pour résoudre ce problème? Et pour lutter contre les incendies, vous faites appel aux pyromanes?
      Les politiques d’autosuffisance alimentaire aboutissent en général à des interdictions d’exporter. En général ça réduit les débouchés des agriculteurs/éleveurs et du coup ils sont moins incités à produire.
      La concurrence à bas prix des ressources alimentaires n’est pas forcément mauvaise. Avec l’économie réalisée vous pouvez dégager de l’épargne et investir dans un outil plus productif qui peut vous permettre de rattraper votre retard ou de développer une autre culture/élevage qui rapport plus.
      Yaka faire un politik d’otoçufizans, est un argument simpliste.
      Vous voulez qu’on produise plus de calories en France? Détaxez absolument toute l’agriculture. Vous voulez être certain que l’on ne manque jamais de bouffe? Laissez les prix fluctuer pour qu’on puisse surenchérir sur nos voisins qui eux aussi ont faim.
      L’Etat ne résout pas le problème de la faim. Au mieux il ne fait que l’amplifier, au pire, il le crée de toute pièce (CF Staline et Mao)

      19
      • Avatar
        jacques lemiere
        20 mai 2022 at 7 h 28 min

        en effet….

        votre sécurité alimentaire est d’ailleurs votre responsabilité…pas la mienne..

      • « Le refus de faire la différence entre ne pas interdire quelque chose (le libéralisme) et rendre cette chose obligatoire » est selon moi le pendant du refus de faire la différence entre désapprouver quelque chose et rendre cette chose interdite.
        Jdçjdr, mais j’approuve votre commentaire.

      • Bravo ! C’est parfaitement expliqué et juste.

    • Avatar
      jacques lemiere
      20 mai 2022 at 7 h 39 min

      ce que vous appelez politique de sécurité alimentaire ne recouvre pas visiblement l’idée mais se rapproche essentiellement du protectionnisme visant à l’autosuffisance…(au cas où l’etranger ne voudrait plus vendre en fait, guerre par exemple)..
      pouvoir importer des denrées est clairement dans le sens de la sécurité alimentaire..!!

      vite vite une politique de sécurité « energetique!!!!  »

      on arrête ‘importer des fossiles…comme ça on serait moins atteint en cas d’arret des importations…

      c’ets incroyable..

      pour punir la russie et la pousser à arrêter les guerre on restreint les échanges!!!!

      avec un poutine + une russie moins dépendante de l’etranger la russie auraient encore moins hésité…
      les échanges favorisent la PAIX!!!!

    • le « libéralisme » , on va dire un gouvernement libéral, n’empeche pas grand chose et n’obige pas grand chose si ce n’ets la violence et la spoliation de la propriété privée…

      et le libéralisme est plus vaste que la simple liberté économique qui en est un des aspect..

      mais vous avez d’une certaine façon « raison »..
      le libéralisme refuse d’utiliser un concept de sécurité alimentaire.. comme un objectif collectif.. tout comme le libéralisme refuse d’avoir un politique de croissance ou de décroissance..
      le libéralisme ne veut empêcher que les violences non légitimes..

      le libéral estime que la sécurité alimentaire est un résultat…qui dépend des choix individuels des gens.. il s’avere que la plupart des individus ont à l’esprit LEUR a sécurité alimentaire.. mais pas tous et pas tous avec la même spécultation..la cigale et la fourmi!!!
      ce qui est ironique est que souvent ce sont les politiques de sécurité alimentaire qui causent les crises systémiques alimentaires…

      Par ailleurs On ne peut pas avoir de politique de sécurité alimentaire… tout comme on ne peut pas garantir aux gens qu’ils auront une retraite ..ou un salaire décent..

      quand les crises systémiques adviennent, le planificateur accuse les libéraux. il cherche un coupable…
      regardez la crise du logement…la faute aux propriétaires!!!

      regardez la loi alim…la faute aux supermarchés!!!

      regardez les goulag pleins de contre révolutionnaires!!

      idéologiquement ..au point de vue écolo, sri lanka fait t tout bien.. au point de vue socialiste le Venezuela faisait tout bien..

      d’un point de vue libéral , ce sont les politiques de sécurité alimentaire en E urope..qui sont le prétexte au subventionnement de l’agriculture ..qui sont la cause de surproductions systémiques qui sont la cause des exportations à bas cout.. qui empêche le fermier Nigerian de vivre de sont travail… mais du riz pas cher… c’est « bon pour le consommateur nigérian..et payé par le contribuable européen!!!

  • @diagoras qui a dit
    «  » »Vous voulez qu’on produise plus de calories en France? Détaxez absolument toute l’agriculture. «  » » »
    Bizarre , moi j’aurais dit: » autoriser à nouveau la fracturation pour produire du pétrole et du gaz de schiste «  »
    Mais je me demande si CONTREPOINTS n’est pas en train de virer la cuti et d’emprunter la voie des politiques , à savoir : « répandre la peur dans le pays « 

    -1
    • Le gaz, ce sont pas des calories qui s’ingèrent mais des calories qui s’expulsent par l’autre bout. Donc autoriser l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste, certainement, mais ça ne résoudrait en rien la question des cultures et de l’élevage.

  • mais au contraire, une bonne pénurie, rien de tel pour éradiquer ce terrible fléau de l’obésité
    bon, certains sont déjà très maigres, mais 1/2 jours de jeune par semaine, certains paient très cher pour qu’on leur explique que c’est bon pour eux, là ça va être gratos, et quand ils auront quelque chose à manger, ben ce sera bio, elle est pas belle la vie

  • L’Inde n’exporte pas grand chose en denrée alimentaire, Elle produit beau coup certe, et heureusement pour eux, mais ils consomment l’eesentiel, la decision du premier ministre Indien devant une période de crise de garder des reserves n’est que parfaitemnt normale, logique, et totalement anecdotique.

    • Il faudrait une loi qui oblige les autres pays, ces vilains égoïstes, à nous vendre ce qu’ils ne veulent pas nous vendre et pouf problème résolu. On pourra discuter des quota de trucs à nous vendre, nous sommes équitables après tout.
      ( ça me repose )

  • Un point de détail : l’expression anglaise « perfect storm » se traduit par quelque chose comme « le comble des horreurs » ou « une parfaite conjonction de vicissitudes », « une tempête parfaite » est un peu ésotérique…

  • Oui mais ces cultures ne sont pas bio. Heureusement, nos écolos nous imposent de plus en plus des cultures bio en Europe avec des rendements inférieurs de 30%. Il vaut mieux que la population mondiale crève de faim avec des productions bio plutôt qu’elle ne mange à sa faim avec l’agriculture conventionnelle. Il y va de l’avenir de notre planète.
    Qu’en pense S. Rousseau ?

  • Il me semble que la base oubliée est la croissance de la population mondiale. A 3 ou 9 milliard ce n est pas la même chose pour une planète finie
    Il est impératif que cette, croissance s arrête. mais alors qui payera les pensions si il n y a plus que des vieux
    L impasse totale sans solution

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