Victoire de la droite en Italie, déroute de l’Union européenne

La victoire de la droite radicale en Italie témoigne en creux de la crise de légitimité d’une Union européenne qui ne fait plus rêver les peuples.

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Victoire de la droite en Italie, déroute de l’Union européenne

Publié le 27 septembre 2022
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La victoire écrasante de l’union des droites en Italie ce dimanche inquiète autant qu’elle réjouit. La percée de la droite radicale incarnée par Giorgia Meloni suit de près celle des démocrates de Suède (SD) survenue deux semaines auparavant. En France, la gauche hurle au (post)fascisme et l’extrême droite reprend espoir, y voyant une victoire par procuration. Le centre technocratique accuse le coup également mais dissimule mal son malaise.

La semaine dernière, madame Meloni a bénéficié d’un soutien particulièrement inattendu (et involontaire), celui de la présidente de la Commission européenne, Ursula Von Der Leyen.

En réponse à une question sur les élections italiennes, elle avait déclaré que « si les choses [allaient] dans une direction difficile » en Italie avec l’élection de Giorgia Meloni, elle avait « des instruments » de pression, comme cela a été le cas pour la Pologne et la Hongrie, qui actuellement sont menacées de sanctions. Pain bénit pour les eurosceptiques et les souverainistes à la veille d’une échéance électorale décisive, le propos maladroit -sorti de son contexte, il faut tout de même le préciser- illustrait à merveille le divorce entre peuples européens et leur élite progressiste sur le sens à donner à la démocratie libérale. Une fois encore.

 

La gouvernance sans le peuple

Dans un essai publié en 20061, Pierre Manent distinguait la forme européenne de « l’empire démocratique » américain par détachement de toute idée de nation :

« [L’agence centrale européenne] est née […] de part et d’autre du Rhin, mais elle s’est détachée de tout territoire ou peuple particulier, et elle est occupée à étendre toujours plus l’aire de la pure démocratie, d’une démocratie sans peuple, c’est-à-dire d’une gouvernance démocratique très respectueuse des droits de l’Homme mais détachée de toute délibération collective. La version européenne de l’empire démocratique se signale par la radicalité avec laquelle elle détache la démocratie de tout peuple réel et construit un kratos sans demos. »

C’est cette même nation, qui, par référendum, avait rejeté en France le traité constitutionnel européen de Lisbonne, déclenchant une crise politique européenne sans précédent. La solution trouvée à l’époque par Nicolas Sarkozy ne fit qu’accroître le divorce entre le peuple et ses élites : il fit revoter le texte « simplifié » en congrès pour en adopter l’essentiel des dispositions en 2007. En d’autres termes, le peuple ayant mal voté, ses élites politiques ont décidé à sa place de l’avenir de l’Union européenne.

Depuis, le malaise ne s’est pas dissipé, comme en témoigne la montée en puissance des nationalismes qui cherchent à récupérer la souveraineté que les élites européennes ont confisqué. Avec l’élection de Donald Trump aux États-Unis, le Brexit, la crise sanitaire et aujourd’hui la guerre en Ukraine, la dynamique européenne se confond désormais bien trop souvent avec une fuite en avant centralisatrice.

Face aux risques de dislocation de l’Union provoqués par les crises successives, la commission a durci le ton. Elle cherche régulièrement à imposer la verticalité de son pouvoir y compris face aux États récalcitrants, ce qui n’est pas sans susciter quelques interrogations de bon sens : qui en démocratie décide en dernier ressort ?

Qui a élu Ursula Von Der Leyen, et devant qui doit-elle rendre des comptes ?

 

Le peuple sans ses élites

La réponse nationale-populiste n’en est pas moins problématique. Comme le souligne Pierre Rosanvallon2, le populisme accuse généralement l’UE de priver le peuple de sa volonté politique au nom de la rationalité technocratique ou du libre-échange :

« Pour les populismes européens, la Communauté européenne apparaît comme le symbole et le laboratoire de cette confiscation perverse du pouvoir populaire par la raison experte et la main invisible du marché. Elle illustre à leurs yeux de façon exemplaire la mise en place d’un gouvernement par les nombres qui se substitue à l’exercice de la volonté politique. »

Le souverainisme des populistes se traduit alors par un protectionnisme accru, une ignorance flamboyante des enjeux économiques et stratégiques liés à la mondialisation et un égalitarisme civique hostile aux aspects méritocratiques du régime démocratique. À l’autisme des élites progressistes répond la démagogie qui flatte les bas instincts de la foule.

 

La troisième voie libérale

À distance de la technocratie européenne qui confisque la décision publique et du populisme qui fétichise l’unanimisme populaire, le libéralisme défend un troisième terme, celui de l’individu qui agit en fonction de ses propres choix. De cette position de principe découlent deux préconditions au Politique et une autre forme d’institutionnalisation de la souveraineté populaire.

Si c’est à l’individu de choisir y compris le cadre politique qui l’oblige, les gouvernements doivent être consentis, et les gouvernants, responsables devant les gouvernés, technocrates compris.

Si le choix individuel est premier, le scrutin majoritaire, qui n’est pas l’expression de la volonté populaire dont l’unanimité est impossible, doit être suffisamment contraint pour ne pas empiéter sur ses droits fondamentaux.

Si le choix individuel prime à la fois sur la technocratie et les organes élus, c’est au marché de trouver une nouvelle place en Europe, car c’est sur le marché que l’individu est véritablement souverain. Comme le notait Ludwig von Mises dans L’Action humaine, c’est même la démocratie qui devrait imiter le marché :

« Il serait plus exact de dire qu’une Constitution démocratique est une combinaison qui cherche à donner au citoyen, dans la conduite du gouvernement, la même souveraineté que l’économie de marché leur donne en leur qualité de consommateurs. Néanmoins, la comparaison est imparfaite. En démocratie politique, seuls les votes émis en faveur du candidat ou du programme qui a obtenu la majorité ont une influence sur le cours des événements politiques. Les votes de la minorité n’influent pas directement sur les politiques suivies. Tandis que sur le marché aucun vote n’est émis en vain. Chaque franc dépensé a le pouvoir d’agir sur les processus de production. »

Qui aujourd’hui pour relever le gant et défendre le libéralisme en Europe ?

 

  1. Pierre Manent, La raison des nations, Gallimard, 2006.
  2. Pierre Rosanvallon, Le Siècle du populisme : Histoire, théorie, critique, Le Seuil, 2020.
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  • Un kratos sans demos… Ce Manent, quel talent !

  • Je comprends l’inquiétude du système face au péril « extrémiste ».
    Pourtant, ce réveil des peuples n’est pas très vigoureux compte-tenu de tout ce qu’il endure à cause de ses élites.
    Le pauvre ne pourra bientôt plus utiliser son vieux véhicule diesel qui ne passera plus le contrôle technique, il lui est déjà interdit de se rendre dans les grandes métropoles.
    Il ne peut plus remplacer sa chaudière au fuel, tant pis pour lui s’il n’est pas raccordé au gaz de ville.
    L’agriculteur croule sous les contraintes environnementales et devra bientôt désherber ses betteraves avec une binette.
    L’artisan passe son temps en formation pour acquérir les fameux labels RGE et autres inepties environnementales.
    Les deux années que nous venons de vivre nous ont montrés de quoi nos élites sont capables pour notre bien : interdiction de visiter nos proches en fin de vie, interdiction d’assister à leurs obsèques, ausweiss en tout genre, couvre-feux, injections obligatoires de « vaccins » inefficaces voire dangereux.
    Tout ce système non démocratique est largement facilité par des médias serviles qui font la leçon aux mauvais citoyens, qui insultent ceux qui votent mal et « puent des pieds ».
    Il n’est donc pas étonnant que les peuples se défendent comme ils le peuvent, notamment dans les urnes.
    Même si ça froisse notre BHL national, c’est ça la démocratie !

  • l’Ue c’ets quand même un projet pas si clair.. ça semblait être le libre échange entre ses membres.. mais il y a aussi un volet de protection , notamment économique, vis à vis des autres…
    le nous est définit par l’appartenance à l’union et le eux par la non appartenance.. or le commerce avec EUX est vital au membre de l’ue..et avec chacun des membres différemment..
    il suffit de voir le gaz russe…qui produit des tensions politiques ..

    c’est un machin bureaucratique maintenant..qui défend sa survie..

  • Faudrait pas se réjouir trop vite. La Béte est touchée, elle va devennir infiniment plus dangereuse.

  • C’est vrai que l Europe devient de plus en plus totalitaire.
    Mais que dire des états démocratique.
    La crise du COVID nous a démontré la dérive autoritaire.
    En France, nous sommes en guerre, conseil de défense le président et ses sbires s enferment dans un bunker est prennent des décisions sans passer par le parlement.
    Au Pays Bas la police tire à balles sur les manifestants.
    Au Canada les comptes bancaires des camionneurs grévistes sont supprimés .
    Et j en passe.
    PS. En Italie la droite radicale de MD Meloni a l intention de présenter un texte de loi pour élire le président de la République au suffrage universel (comme en France).
    Certainement pour afficher une posture démocratique aux yeux de l Europe.

    • On voit bien que les organisations et les individus se définissent les uns par rapport aux autres. L’Etat souverain reprend du sens devant une UE bureaucratique et tentaculaire, qui elle-même cherche sa place dans les géopôles mondiaux. Cela dit, l’UE n’est pas souveraine, elle ne dispose pas d’une armée, d’une police ou de services secrets. En Italie ou en France, je risque bien plus face à l’Etat souverain qui contrôle la violence et l’information.
      A méditer !

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