Après 10 ans de politiques économiques expansives, la crise ?  

La BCE n’a plus le choix : si elle veut conserver un minimum de crédibilité, elle doit adopter une politique monétaire restrictive.

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Après 10 ans de politiques économiques expansives, la crise ?  

Publié le 22 septembre 2022
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L’inflation présente depuis quelques mois inquiète : est-elle durable ? Provoquera-t-elle une crise ? Tantôt expliquée par la reprise économique mondiale après les confinements, tantôt justifiée par la guerre en Ukraine. Il semblerait que l’inflation provienne d’un mal bien plus profond qui oblige à une observation des politiques menées sur la dernière décennie.

 

2012 : la zone euro est exsangue

Tout commence le 26 juillet 2012. Mario Draghi, gouverneur de la BCE, déclare que la banque centrale sauvera l’euro « whatever it takes ».

Autrement dit, la BCE déboursera des milliards pour sauver les États européens endettés. Cette décision, contraire aux traités européens, intervient alors que la zone euro est en danger : la crise grecque ouvre la porte à une sortie du pays de la zone euro. De plus, les dettes des pays du sud de l’Europe ont explosé et la crainte d’une destruction de la zone euro en raison des dettes trop lourdes augmente.

La croissance en Europe ne redécolle pas, cela fait trois ans que la BCE a baissé les taux directeurs et qu’elle mène une politique massive d’assouplissement quantitatif (achats d’actifs sur les marchés) pour tenter de sortir de la crise de 2008.

 

Des dettes publiques qui explosent et une croissance faible

La politique expansionniste de la BCE avec de faibles taux d’intérêt et un financement des dettes publiques laisse la porte ouverte à un endettement croissant des États. On croit alors au retour avec succès des politiques keynésiennes : la BCE finance les politiques de relance budgétaire des États fondées sur l’endettement. En France, François Hollande multiplie les dépenses pour tenter de faire baisser le chômage (contrats aidés, plan de formations). Ces dépenses ne relancent jamais vraiment la croissance (entre 0,4 % et 1% de 2013 à 2016) et le chômage reste à 10 %.

La France et les pays du Sud de l’Europe restent convaincus de leurs politiques d’endettement : les faibles taux d’intérêts permettent d’augmenter la dette sans faire exploser son coût. Cependant, les pays du nord de l’Europe soucieux de la rigueur budgétaire commencent à alerter sur les dangers de cette politique de court terme. François Hollande engage même une hausse massive des impôts pour rester dans les critères budgétaires européens mais aucune réflexion sur les dépenses publiques n’est engagée.

De son côté, la BCE continue de soutenir les États avec des taux faibles et une injection massive de liquidités. Sans suspense, la croissance ne revient pas. Le non-respect de la règle de Taylor peut notamment expliquer cette situation. Cette règle est un dispositif de la politique monétaire qui a pour but de définir un taux d’intérêt favorable à la croissance. Or, si les taux d’intérêt restent bas, le taux de croissance ne peut pas s’élever non plus.

L’autre explication peut résider dans les politiques de soutien à la demande qui se sont révélées inefficaces, suivies de politiques d’austérité trop dures. La croyance dans la théorie keynésienne a conduit les États, particulièrement la France, à ne pas engager des politiques d’offre. Des liquidités sont déversées mais la production ne repart pas. Le seul point positif est que l’inflation n’apparait pas encore.

 

Covid : injection de liquidités

Face à un choc, la méthode de la BCE est simple : injecter des liquidités.

Pour affronter les dégâts économiques des confinements, la BCE et les États continuent la politique de l’argent magique. Cette fois-ci, une nouveauté apparait : le montant de l’endettement des pays du sud de l’Europe, inclus la France aussi, explose tellement qu’il faut trouver une astuce pour se financer davantage. Les États européens vont mutualiser leurs dettes.

La croissance n’est pas pour autant repartie malgré les discours des dirigeants comme le ministre de l’Économie Bruno Le Maire qui annonçait à la sortie des confinements, une « formidable croissance de 8 % ». Est-ce de la véritable croissance ? Cette hausse de 8 % venait après la chute du PIB de 9 % et avait été obtenue par des dépenses publiques durant les confinements et des taux d’intérêts faibles. La BCE reste prisonnière de ses taux faibles car en les réhaussant, elle fera augmenter les dettes publiques.

Voilà où nous étions avant que ces croyances dans le succès de l’argent magique ne soient balayées par le retour de l’inflation à cause des politiques faites de taux d’intérêts faibles et de dettes publiques élevées.

 

L’inflation nous ramène à la réalité

En 2022, l’inflation est là.

Des économistes alertent depuis longtemps sur les dangers des politiques monétaires expansionnistes. Milton Friedman nous avait prévenu du danger de ces politiques.

En 1968, dans Inflation et systèmes monétaires, Friedman prévient :

L’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire.

Ainsi, la politique monétaire expansionniste visant à relancer la demande est source d’inflation. Selon lui, l’expansion monétaire ne crée qu’un effet positif à court terme sur l’emploi. À long terme, le niveau de chômage précédent revient et surtout il s’accompagne de l’inflation. L’argent magique déversé sans modification des capacités de production se traduit en perte de pouvoir d’achat pour les individus. En effet le maintien des salaires nominaux grâce aux liquidités déversées est effacé par l’inflation qui diminue même leurs salaires réels.

La BCE doit agir contre cette inflation en toute indépendance car les États surendettés peuvent profiter de l’inflation et des taux bas pour diminuer le poids de leurs dettes. Elle ne doit donc pas craindre de mettre en difficulté les États si elle veut rétablir la situation économique.

 

Après l’argent magique : les temps difficiles

Après plus de dix années de taux faibles, leur remontée va plonger la zone euro dans la crise.

Cette hausse va renchérir le coût des emprunts, des dettes publiques. Des taux plus élevés signifient aussi la baisse de la valeur de l’euro face au dollar et donc la hausse du coût des importations. Enfin, des taux trop élevés seraient défavorables à l’investissement.

La BCE n’a plus le choix si elle veut conserver un minimum de crédibilité, elle doit adopter une politique restrictive. Les dirigeants européens vont aussi devoir repenser leurs politiques économiques fondées sur l’endettement.

La crise pourrait être un moment de destruction créatrice aussi bien pour le tissu productif que pour les politiques économiques afin de repartir dans un cycle économique aux bases plus solides.

 

Sources :

  • Évolution du PIB réel de la France 2000-2021 | Statista
  • Taux de chômage en France 2021 | Statista
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  • Avatar
    The Real Franky Bee
    22 septembre 2022 at 7 h 08 min

    La France est foutue. Avec ses aides à tout va, ses entreprises zombies qui ne survivent pas un trimestre sans la perfusion de l’Etat, et enfin son marché immobilier survalorisé depuis à outrance depuis dix ans grâce aux taux artificiellement bas. Ça va piquer.

    • En effet, le sujet des entreprises zombies n’est absolument pas pris en compte et peut entrainer une catastrophe le jour où la perfusion de l’Etat s’arrêtera (si elle s’arrête un jour).

  • Il y aura bien de la destruction mais pas de construction par après. Le pays est gouverné par des socialistes aussi bien dits de gauche que de droite. Ça fait 40 ans que l’on répète les mêmes évidences et il ne se passe rien.
    La crise énergétique nous le démontre chaque jour. On fait des chèques à des personnes qui n’en ont pas besoin et pendant ce temps les entreprises doivent diminuer leur activité ou fermer boutique parce qu’elles subissent de plein fouet les 20% de tva et taxes qui financent la retraite de salariés de l’énergie.

    • On peut souhaiter que la forte hausse des taux directeurs et des taux d’intérêt de la dette feront réfléchir nos responsables politiques et même les citoyens.

  • Félicitons Mitterrand qui a montré la voie à l’argent magique et à l’assistanat.

  • Non il a appliqué le socialisme et encore pendant quelques mois car les dévaluations successives ont arrêté le massacre. Mais comme vous l’écrivez nos gouvernants sont tous socialistes
    Le plus benêt de tous est même agrégé de lettres modernes et convoite la direction du FMI avant la présidence de la République

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Jean-Marc Daniel libéralisme
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Écouter ou lire Jean-Marc Daniel est toujours un plaisir.

Sur un ton constamment paisible et empreint de clarté, non dénué de petites touches d’humour et de bonne humeur, il parvient à nous captiver et à nous expliquer avec un grand sens de la pédagogie de nombreux mécanismes et faits d’actualité touchant à l’économie.

Que l’on soit d’accord ou non avec lui, on l’écoute, on apprend, il suscite le respect de ses interlocuteurs, ce qui permet la tenue de débats de qualité.

 

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