Ne confondons pas démocratie et libéralisme

OPINION : c’est le libéralisme qui impose à la démocratie d’être juste et bonne, pas l’inverse.

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Ne confondons pas démocratie et libéralisme

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 19 septembre 2022
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Par Olivier Maurice.

Le terme démocratie libérale est devenu tellement usité, tellement galvaudé et mis à toutes les sauces qu’il est plus que facile de confondre les deux termes : démocratie et libéralisme. Comme si le libéralisme impliquait inévitablement un régime démocratique et vice-versa.

La confusion est suffisamment entretenue par les médias et la classe politique, au point qu’aux États-Unis, les deux mots sont devenus quasiment synonymes et que l’on nomme communément liberals les membres ou sympathisants du parti démocrate.

Ce serait accepter un sophisme qui en fin de compte arrange beaucoup de monde, à commencer par les politiciens qui ont vite fait de se draper dans une vive aura de défense des libertés.

 

Le maître et le sujet

Mais ne nous trompons pas, la démocratie n’est rien d’autre qu’un modèle de régime politique qui institutionalise des règles de décision au sein d’une communauté : règles de majorité, de représentativité, règles fixant l’étendue et la durée, modalités de décisions, etc.

Croire qu’un régime quel qu’il soit puisse avoir une finalité autre que celle d’exercer et de protéger sa propre souveraineté serait une énorme erreur.

Tout régime politique est fait pour régner en maître sur la société, et la démocratie n’y échappe pas.

La démocratie définit simplement quelles sont les modalités de personnalisation du pouvoir et accessoirement, elle définit les éléments de celui-ci, et avec eux la forme qu’il prendra : démocratie directe, représentative, centralisée, décentralisée, etc.

Même si en démocratie ce sont les citoyens qui choisissent qui seront les maîtres et les règles qui les gouvernent, ceux-ci n’en restent pas moins des maîtres et des règles, tout élus et choisis qu’ils soient.

Le pouvoir reste le pouvoir : avoir le dernier mot quand il faut prendre une décision et s’imposer par la force s’il le faut.

 

Restreindre l’étendue du pouvoir

Cette vision est diamétralement opposée aux fondements du libéralisme, qui loin de définir quel pouvoir serait le plus à même de diriger les citoyens, prétend contraindre le pouvoir à respecter le droit et la morale. C’est d’ailleurs pour cette raison même que le libéralisme est autant décrié par ses opposants.

La liberté n’est pas la définition du pouvoir, mais la restriction de celui-ci.

L’un des premiers, sinon le premier texte libéral, la Lettre sur la tolérance de John Locke, explique ainsi que les modalités religieuses doivent rester en dehors du champ d’autorité du souverain.

L’un des premiers, sinon le premier acte juridique libéral, la magna carta, établit quant à lui que la justice civile n’a pas les pleins pouvoirs.

Le propre du libéralisme est exactement là. Il s’agit de restreindre le champ du maître et des lois et veiller à ce que ceux-ci respectent un certain nombres de principes :

Un principe moral 

L’exercice du pouvoir doit être en tout temps consenti et peut être remis en cause à tout instant.

Un principe utilitariste 

Le pouvoir n’est désirable que lorsqu’il est capable de prouver sa plus-value, ce qui d’ailleurs se révèle très difficile à établir en dehors des activités canalisant la violence.

Un principe juridique

C’est avant tout au pouvoir de suivre des normes, des lois, des obligations et des interdictions. Et non seulement des lois qui doivent être écrites pour en assurer la pérennité, mais surtout qui doivent être conformes à la morale et à la justice, à ce que les libéraux appellent le droit naturel.

Ce n’est pas au pouvoir d’établir ou de définir les droits naturels. Ceci est totalement impossible et sans aucun sens, le droit naturel ne dépendant pas de lui mais de la nature même de l’être humain en tant qu’individu.

C’est au pouvoir de respecter le droit naturel, de respecter les droits fondamentaux des individus, leurs aspirations légitimes et leur dignité d’êtres humains.

Tout pouvoir qui contreviendrait au respect de ce droit serait par nature même illégitime.

 

Démocratie peut-être, libérale obligatoirement

Le libéralisme va jusqu’au point de s’interroger sur la nécessité de l’existence même du pouvoir et sur la possibilité de le remplacer dès que possible par d’autres composants sociaux : le commerce, le partage d’informations, l’autonomie des citoyens, etc.

C’est le libéralisme qui impose à la démocratie d’être juste et bonne, pas l’inverse. De la même façon que c’est le libéralisme qui exige que tout pouvoir soit avant tout respectueux de la nature humaine.

Ne nous y trompons pas, dans une période qui se trouble de plus en plus, au fur et à mesure nous sont imposées davantage de règles et des contraintes et ce, non pas au nom du droit et de la morale, mais au nom d’une formule mathématique détournée pour des intérêts partisans, formule qui fixerait un fois pour toutes les règles de désignation du pouvoir selon un pseudo contrat social que personne n’a jamais signé.

Ne nous y trompons pas et surtout soyons vigilants : veillons à ce que l’État reste à sa place. Ou plutôt d’ailleurs qu’il y retourne le plus rapidement possible, parce que cela fait longtemps que nos démocraties libérales sont de plus en plus des organes de manipulation et d’exonération du pouvoir et de moins en moins libérales.

 

Article publié initialement le 20 juin 2021

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  • La « démocratie libérale » a une odeur d’oxymore.
    Parce que la dictature de la majorité, la coalition des médiocrités sont atroces.

  • Je suis libéral, mais pas démocrate, même si dans les faits on ne peut pas se passer du système d’élection régulière et du multipartisme.
    Ne pas oublier que de nombreux dictateurs ont obtenus le pouvoir démocratiquement.

    • @gillib,

      Ne pas oublier de préciser l’importance MAJEURE du fait économique auxquels est sans cesse confronté l’exercice de tout pouvoir devant s’exercer « en quelque sorte naturellement » avec opportunisme et pragmatisme ce que l’histoire a amplement démontré notamment le siècle dernier…….

    • Certes mais devenant dictateur ils ne furent plus démocrates…

  • oui…

    mais je n’accpete pas l’affirmation de dire que c’est meilleur..

    je suis attaché à l’etat de droit , les principe de justice, les libertés individuelles.. je les défendrais mais si je vis dans une communauté qui les renie je me cacherai ou fuirai…

    c’est ce que j’aime, c’ets ce que je souhaite , je n’ai pas besoin d’affimer que c’est meilleur. je peux juste expliquer ce à quoi mène le non respect de ses principes, une justice arbitraire, et un conformisme absolu…

    mais je suis aussi attaché à l’esprit démocratie.. que je crois bon car je crois que l’homme au fond comprend l’injustice et chérit la vérité si elle est affirmée… mais je dis bien je CROIS…

    et cette croyance est de plus en plus mise à mal par des « discussions ‘ que je peux avoir avec des idéologues..dont le seule échappatoire pour gagner l’argument est la modification du sens des mots/

  • Excellente mise au point. Elle sera bien sûr ignorée, dénigrée, falsifiée par tous ceux qui ont intérêt à ce que le libéralisme classique, celui de Bastiat, de Hayek, de Friedman, de Jefferson, de Constant, de Say, de Stuart Mill, de Spooner, de Aron, de Jouvenel, de Alain, de Popper, de Gasset, de Vargas Llosa, reste dans l’angle mort de l’offre politique.
    Le libéralisme, celui de Tocqueville et de Bastiat, est avant tout un message politique. Il est très simple. Le libéralisme classique préconise une légitime méfiance envers le Pouvoir, et notamment envers l’État. Cela explique que le libéralisme soit discrédité, et surtout falsifié. « Comment les politiciens du passé et du présent pourraient-ils admettre une philosophie politique qui conseille au peuple de ne les considérer que comme un mal nécessaire, sous quelque habit qu’ils se présentent à nous ? »
    À l’égard de ces politiciens, nous sommes, nous les libéraux, en état de « Légitime Défense ». Il serait judicieux d’en tirer la conclusion qui s’impose.

  • Le libéralisme donne à celui qui en cultive la connaissance et la pratique la capacité de se gouverner lui-même suivant les principes du droit naturel. L’individu qui a cette capacité est un homme libre. Dans une société dite libérale, chaque individu a vocation à être un homme libre et il reçoit une éducation qui lui en donne la capacité.

    De même que chaque homme libre se définit par la capacité d’être maître de soi, de même chaque groupe constitué d’hommes libres est souverain, son mode de gouvernement est désigné par le terme de démocratie et il élève un vulgaire territoire au rang de pays.

    Autrement dit, le libéralisme est la condition de la démocratie. Sans citoyens pétris de libéralisme, la démocratie est impraticable et elle dégénère en dictature. La dictature fait régresser le pays en territoire sur lequel elle s’exerce.

    En France, l’éducation publique ne forme pas des hommes libres, des citoyens aptes à la démocratie, mais des hommes obéissants dont le gouvernement relève d’un régime autoritaire. Ce régime pratique un despotisme si possible doux, sinon, autant violent que nécessaire pour organiser l’état de guerre qui résulte du mépris du droit naturel. Il y règne l’arbitraire, la corruption et la confusion des esprits qui ruinent la confiance nécessaire aux échanges fructueux.

    Le libéralisme n’est pas une option. La démocratie n’en est qu’une déclinaison. Sans libéralisme, pas de démocratie, pas d’échanges consentis, pas d’accord entre les parties, pas de paix, pas d’humanité.

    En ce jour d’élections (empilement de régional, départemental, cantonal, etc…), sans libéralisme, pas de démocratie et voter répond à un rituel dépourvu de sens : quel que soit l’élu, l’ahurissante gabegie et les abus de réglementations d’une bureaucratie tentaculaire continueront.

  • « Le propre du libéralisme est exactement là. Il s’agit de restreindre le champ du maître et des lois et veiller à ce que ceux-ci respectent un certain nombres de principes »

    Tout à fait. Mais n’est-ce pas aussi l’objet de la démocratie que de limiter le pouvoir des puissants et d’établir des lois égales pour tous ?

    Magna Carta s’opposait à l’absolutisme du roi sur le plan juridique et fiscal, mais intégrera ensuite les premiers principes de l’égalité de tous devant la loi. Tout comme, quelques siècles plus tard, notre Déclaration des droits de l’homme et du citoyen mettra fin à l’absolutisme royal, posera les fondements de l’égalité de tous les citoyens et de la démocratie…

    Alors y a-t-il entre le libéralisme et la démocratie plus que l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette ?

    • Magna Carta en 1215
      L’Habeas corpus Act en 1679
      Bill of Rights en 1689, un siècle avant la France. Rendons à César!

  • Est-ce qu’on connaît un exemple de dictature libérale?

  • Les commentaires sont fermés.

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Pascal Salin est économiste, professeur émérite de l’université Paris-Dauphine, et fut président de la société du Mont-Pèlerin de 1994 à 1996.

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