Roussel, Travail & Communisme

Le Secrétaire national du Parti communiste français (PCF) Fabien Roussel se déclare ouvertement pour une gauche du travail et des salaires par opposition à une gauche du chômage et du RSA !

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 5
Presidentielle2022 Roussel (credits FMas)

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Roussel, Travail & Communisme

Publié le 15 septembre 2022
- A +

Le Secrétaire national du Parti communiste français (PCF) Fabien Roussel a clairement décidé de jouer les trublions au sein de la toute nouvelle toute fragile union de la gauche. On savait déjà qu’il n’hésitait pas à se moquer des obsessions écoféministes hallucinées de Sandrine Rousseau, s’affichant volontiers en train de savourer un splendide steak grillé ou lui rétorquant récemment à propos de la polémique sur le virilisme coupable du barbecue qu’il n’avait que faire des discours sur « le sexe des escalopes » !

Comme si une telle hérésie ne suffisait pas, voilà maintenant qu’il se déclare ouvertement pour une gauche du travail et des salaires par opposition à une gauche du chômage et du RSA !

 

 

Vous voyez l’abominable outrage ! Et vous imaginez sans peine les éructations étranglées d’un Jean-Luc Mélenchon, grande conscience de la coalition Nupes formée à son instigation par le PS, le PCF et EELV autour de SON mouvement, la France insoumise (LFI) :

Je demande qu’on arrête les jérémiades au lieu de battre sa coulpe, nous avons avancé et marqué des points. Certes, il faut toujours faire plus, mais nous sommes devenus le premier parti des chômeurs et des précaires.

Est-ce à dire qu’il faudrait encourager le chômage et la précarité pour devenir le premier parti de France ? Argumentation clairement malheureuse ; ou douloureusement révélatrice du fait que la gauche, depuis toujours, se nourrit de la misère du peuple…

Mais peu importe aux Corbière (LFI), Panot (LFI), Coquerel (LFI), Tondelier (EELV), etc., tout engourdis qu’ils sont dans l’écosocialisme mélenchonien. « Discours quasiment réactionnaire », « vocabulaire de l’extrême droite », « justification » abominable des projets macroniens pour le RSA et l’assurance chômage – les autres composantes de la Nupes n’ont pas lésiné sur les critiques lourdement indignées. Vite, il y a urgence, il faut immédiatement corriger cette désolante déviation idéologique :

Les allocs, magnifique conquête sociale, n’ont rien d’indignes, elles sont notre fierté !! » (Alexis Corbière, LFI, Twitter)

Même François Ruffin, qui, quoique insoumis, est assez souvent en délicatesse avec Mélenchon, y a été de son petit couplet réprobateur, au prix d’une pirouette sur les « assistés » qu’il préfère aller chercher du côté des riches « gavés de milliards par Macron » :

 

 

Pourtant, lui aussi a beaucoup communiqué sur la nécessité de réhabiliter la valeur travail ; lui aussi a constaté sur le terrain l’incompréhension voire l’exaspération croissante des classes populaires face à une gauche accusée de défendre de moins en moins les travailleurs, et observé, impuissant, leur fuite inexorable vers le Rassemblement national – il en a même fait un livre :

Un refrain revenait : ‘Je ne peux pas être de gauche parce que je suis pour le travail.’ Ce fut un choc pour moi, qui estime que la gauche, c’est […] la défense des travailleurs. Et avec des variantes : ‘Moi, je travaille et j’ai droit à rien. » Les remarques sur les assistés et les cassos sont les principaux obstacles que j’ai rencontrés, avec en gros une droite de la valeur travail et une gauche de l’assistanat.

Des propos que Fabien Roussel aurait parfaitement pu tenir puisque lui-même avait axé toute sa campagne présidentielle 2022 sur l’idée de reconquérir les classes populaires en privilégiant les thématiques économiques et sociales, conformément à ce qui constitue selon lui l’ADN originel du parti communiste :

Certains à gauche se sont focalisés sur les sujets sociétaux. Moi je veux revenir aux racines du PCF, un parti national et populaire. Si je n’étais pas dans cette campagne, qui défendrait ce que je défends : le nucléaire, le revenu du travail plutôt que le revenu de l’assistance, les valeurs universelles plutôt que la segmentation des luttes, le racialisme et tous ces trucs qu’on a même du mal à comprendre ?

Concernant la cohésion doctrinale au sein de la Nupes, on sent tous les jours un peu plus que les divergences de fond entre les divers participants sont toutes prêtes à resurgir et que tout l’édifice hâtivement bricolé pour quelques postes de députés de plus et la gloire de M. Mélenchon, ex-futur Premier ministre de la République, pourrait s’effondrer à tout moment. (Sauf que les sièges de députés, il ne faudrait quand même pas les bazarder comme ça, bêtement, juste pour des idées.)

Mais plus fondamentalement, on devine que Roussel comme Ruffin ont compris à quel point la stratégie mise au point par le think tank socialiste Terra Nova en 2011 pour aider la gauche à trouver une nouvelle majorité électorale face au déclin de la classe ouvrière, c’est-à-dire, concrètement, se tourner vers les diplômés, les jeunes, les femmes, les urbains, les minorités et les habitants des « quartiers » – comment cette stratégie, en donnant la priorité au sociétal, à la lutte antiraciste, à la lutte climatique et à la défense des minorités, avait en réalité poussé les classes populaires dans les bras du Rassemblement national.

Aussi, plus qu’un authentique ralliement à la valeur travail, je vois dans leurs déclarations présentes tous les artifices d’une nouvelle stratégie de reconquête de l’électorat populaire.

Car si le parti communiste a effectivement toujours voulu défendre les travailleurs face aux oppressions du grand capital, il n’a jamais été question de promouvoir le travail lui-même en tant que valeur de développement humain. Loin d’être vu comme un facteur essentiel d’autonomie et, pourquoi pas, de progrès et d’épanouissement des individus, le travail est en fait uniquement considéré comme une aliénation des travailleurs.

Oh, bien sûr, on voit régulièrement les syndicats monter au créneau « pour sauver les emplois » chaque fois qu’une entreprise est en passe de fermer faute d’avoir su ou pu s’adapter aux évolutions de son marché. Mais en réalité, derrière le combat des « Goodyear » ou des « Whirlpool » pour éviter les licenciements, se tient toujours la demande pour un maintien factice de l’activité via le soutien de l’État.

Pas étonnant dès lors que la question de la réduction du temps de travail soit au cœur de la vision économique qui prévaut à gauche depuis que le gendre de Marx, l’écrivain et journaliste communiste Paul Lafargue, a donné ses lettres de noblesse aux loisirs dans son essai Droit à la paresse. Mais attention, dans son idée, il ne s’agit nullement de se livrer à la paresse à ses propres frais – ce qui ne poserait aucun problème dans la mesure où cela relèverait d’un choix de vie personnel financièrement assumé – mais d’obtenir une répartition socialiste du travail et de la paresse dans toute la société.

C’est ainsi par exemple qu’on a vu apparaître un ministère du Temps libre en 1981, alors que François Mitterrand et son programme commun de la gauche accédaient au pouvoir. Un intitulé qui en dit long sur le peu de latitude individuelle que nos socialistes étaient prêts à laisser aux citoyens… C’est ainsi que le passage aux 35 heures, malgré son absence totale d’effet sur le chômage, a été vécu à gauche comme un grand moment d’émancipation citoyenne et c’est ainsi que Gérard Filoche ne connaîtra pas de repos tant que le temps de travail ne sera pas descendu à 32 heures hebdomadaires.

Autrement dit, dans l’esprit socialiste, le seul système économique qui serait synonyme de solidarité et de justice sociale consisterait à revenir à une économie planifiée de bout en bout et le seul travail qui serait susceptible d’émanciper les travailleurs serait celui qui prévaut dans la fonction publique, avec son emploi à vie et ses salaires décidés administrativement.

Ce n’est certainement pas Fabien Roussel (ni Jean-Luc Mélenchon, du reste) qui y trouverait à redire, lui qui prévoyait dans son programme présidentiel de renationaliser la SNCF, EDF, Engie, La Poste et Orange, de passer aux 32 heures par semaine et à la retraite à 60 ans, tout en remontant le salaire minimum à 1500 euros nets et la pension minimum à 1200 euros et tout en recrutant par centaines de milliers dans la fonction publique. Et n’oublions pas, il comptait aussi ouvrir le RSA aux moins de 25 ans.

Avec un tel programme, calqué avec quelques modernisations sur le Manifeste du parti communiste de Marx et Engels, les pays qui devaient enfin bénéficier de la douce lumière du socialisme ont vite été rattrapés par la réalité. Tous sans exception – l’URSS, la France de 1981, la GrèceCuba, le Venezuela, et même le Royaume-Uni dans les années 1970 – se sont enfoncés dans la crise et la pauvreté à mesure que l’État élargissait son emprise sur les activités humaines, la fonction publique devenant une variable d’ajustement du chômage – et un réservoir de votes pour le parti au pouvoir.

À cet égard, l’exemple véritablement soviétique de la British Steel Corporation britannique est absolument édifiant : à la fin des années 1970, alors qu’elle était nationalisée depuis 1967 et soumise aux pouvoirs exorbitants des syndicats d’extrême gauche, elle ne produisait pas plus d’acier avec 270000 salariés que l’Allemand Thyssen avec 90 000 !

Vous avez dit valeur travail ?

Ce n’est rien d’aimer la viande ou le nucléaire. Encore faut-il comprendre que l’emploi n’est qu’une fausse valeur lorsqu’il résulte d’une dégradation organisée de la productivité. Or c’est précisément ce que nous promettent les programmes de M. Roussel et de ses prétendus adversaires de la Nupes.

Sur le web

Voir les commentaires (8)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (8)
  • Changement de cap ? faut voir, si c’est pour créer des « fonctionnaires »….. alors !!!!

  • Une excellente remise à plat de tous ces faux semblants que la gauche aime à utiliser quand elle redécouvre le travail après lui avoir craché dessus pendant des années (l’aliénation marxiste) pour finir par danser autour de son supposé cadavre à la fin des années 90 (Rifkin & co.). Il faut rester lucide et ne pas se laisser berner par ces clampins constructivistes qui segmentent leur offre politique pour ratisser plus large…

  • Le communisme a perdu ses adhérents. Il faut les reconquérir. Et les récupérer du RN qui a su les amener à lui. Appliquons ses recettes et le tour est joué. Je ne qualifierai la gauche sous toutes ses formes que d’un mot : pathétique.

  • Excellente analyse et « remise à plat » des visions des uns et des autres de ce que doit être le travail et son « organisation scientifique » par l’Etat et/ou le Parti.
    Un petit ajout quand même : les marxistes purs et durs n’ont jamais supporté ni l’assistanat, ni les travailleurs hors salariat/fonctionnariat : les tirades de Marx, Engels ou Lénine (pour ne citer qu’eux) sur le lumpenprolétariat ou le parasitisme social sont assez édifiantes à ce sujet. Rééducation, déportation, voire élimination pure et simple sont de mise. De quoi faire frémir mais personne ne lit vraiment Marx, Engels ou Lénine (il faut dire que c’est une purge).

  • Reconnaissons lui d’avoir, au moins, renoué avec les valeurs de la gauche old school.
    La défense des petites gens – pas celle des bobos écolos urbains, gauche caviar, langouste et truffe.
    La laïcité – pas celle à géométrie variable des islamo-gauchistes.
    Le productivisme et la croissance – gros mots pour une certaine gauche.
    Ce qui fait de lui l’homme de gauche préféré de la droite. C’est son programme économique ébouriffant qui le sauve. Sans lui, il aurait passé son temps à refuser les nombreuses offres d’emploi des partis de droite. Car l’homme est sympathique, beau parleur et bon commerçant. Des qualités peu répandues en politique.

    • Sans cela, il n’existe plus : il devient LFI. Donc machines arrière toute vers les valeurs des années 60 qui marchent. S’il veut garder son job de député, faut faire comme le RN : revenir aux fondamentaux bolcheviks.

  • Comment lui donner tort, autrement qu’ en dénonçant ses arrières pensées idéologiques. En attendant, il s’ adresse au bon sens et c’ est plutôt bon signe pour le débat. Je remarque tout de même une chose, la prétention d’ un travail qui élève par l’ effort et le dépassement de soi n’ est pas l’ apanage du libéralisme.

  • La retraite à 60 ans pour tous, la semaine à 32h, le smic à1500 net (pour 32h, il faut le repréciser ) et j’en ajoute une : la 6ème semaine de congés payés.
    Elle est forte la NUPES ! Mais , qui qui paie ?

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don
poutine
1
Sauvegarder cet article

https://www.youtube.com/watch?v=2y40xZ5sGbM

 

Les premiers commentaires du discours « historique » ont insisté sur le fait que Poutine s’adressait par priorité au peuple russe pour redorer un blason terni par les Ukrainiens qui ont l’audace de lui résister, avec l’aide des Occidentaux.

De fait, il s’est situé dans ce qui lui semble être à la gloire de la grande et éternelle Russie : de Pierre le Grand à Joseph Staline, des tsars à l’URSS, les Russes peuvent être fiers de leur histoire, et c’est la raison pour laquell... Poursuivre la lecture

Par Philbert Carbon. Un article de l'IREF Europe

La « grande démission » n’arrête pas de faire couler de l’encre. Dans Les Échos du 8 septembre, Jean-Marc Vittori, s’appuyant sur les données de la Dares (ministère du Travail), affirme qu’un million de Français ont abandonné leur CDI en six mois, « 20 % de plus qu’avant l’épidémie ».

 

« Attention, vos salariés deviennent des mercenaires »

Reprenant les propos des chercheurs de la Dares, Vittori souligne que ce taux de démission « est élevé mais pas inédit ». Rien qu’... Poursuivre la lecture

À en croire les médias subventionnés, barbecue et régime alimentaire méritent une polémique. Sandrine Rousseau nous enjoint de « changer de mentalité pour que manger une entrecôte cuite sur un barbecue ne soit plus un symbole de virilité ».

Ce n’est pas que le barbecue puisse mettre le feu dans nos campagnes en cette fin de période estivale marquée par la sécheresse. Non : c’est le régime carné qui serait un attribut de virilité et qui polluerait. Cette proposition rousseauiste allèche Julien Bayou (EELV) et Clémentine Autain (LFI). Se... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles