Baisser les impôts ? Et pourquoi ne pas réduire les dépenses publiques ?

Il n’est pas possible d’avoir une réduction effective des impôts sans une réduction des dépenses publiques.

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Baisser les impôts ? Et pourquoi ne pas réduire les dépenses publiques ?

Publié le 3 septembre 2022
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Par Frank Shostak.

Selon de nombreux commentateurs économiques, la réduction des impôts est un moyen efficace de générer une croissance économique. La baisse des impôts, dit-on, mettra plus d’argent dans les poches des consommateurs, déclenchant ainsi une croissance économique. Cette façon de penser est fondée sur la croyance qu’une augmentation donnée en dollars des dépenses de consommation fera augmenter le produit intérieur brut (PIB) de l’économie d’un multiple de l’augmentation des dépenses de consommation.

Supposons que sur un dollar supplémentaire reçu, les individus dépensent 0,9 dollar et épargnent 0,1 dollar. Supposons également que les consommateurs ont augmenté leurs dépenses de 100 millions de dollars. De ce fait, le revenu des détaillants augmente de 100 millions de dollars. En réponse à l’augmentation de leur revenu, les détaillants consomment 90 % des 100 millions de dollars, c’est-à-dire qu’ils augmentent leurs dépenses en biens et services de 90 millions de dollars.

Les bénéficiaires de ces 90 millions dépensent à leur tour 90 % de ces 90 millions, soit 81 millions. Puis les bénéficiaires de ces 81 millions dépensent 90 % de cette somme, soit 72,9 millions, et ainsi de suite. Notez que l’élément clé de cette façon de penser est que les dépenses d’une personne deviennent le revenu d’une autre personne. À chaque étape de la chaîne de dépenses, les gens dépensent 90 % du revenu supplémentaire qu’ils reçoivent. Ce processus se termine finalement, comme on le suppose, par une production totale supérieure d’un milliard de dollars (10*100 millions de dollars) à ce qu’elle était avant que les consommateurs n’augmentent leurs dépenses initiales de 100 millions de dollars.

Observez que plus chaque dollar est dépensé, plus le multiplicateur est élevé et, par conséquent, l’impact de la dépense initiale sur la production globale sera plus important. Par exemple, si les gens changent leurs habitudes et dépensent 95 % de chaque dollar, le multiplicateur sera de 20. À l’inverse, s’ils décident de ne dépenser que 80 % et d’économiser 20 %, le multiplicateur sera de 5. Cela signifie que moins l’épargne est importante, plus l’impact d’une augmentation de la demande globale sur la production globale est important.

Notez que selon cette façon de penser, une augmentation de l’épargne affaiblit le rythme de l’activité économique. Il n’est donc pas surprenant que la plupart des économistes pensent aujourd’hui que les mesures de relance budgétaire et monétaire peuvent empêcher l’économie de tomber en récession. Ainsi, il suffit de donner à chaque individu plus d’argent à dépenser, ce qui devrait déclencher une augmentation des dépenses de consommation, laquelle entraînera à son tour une augmentation de la production de biens et de services. Notez à nouveau que dans le cadre du « multiplicateur », l’épargne est en fait une mauvaise nouvelle, car moins les gens épargnent, plus le multiplicateur est élevé.

 

Le multiplicateur est-il une chose réelle ?

Les augmentations de l’épargne sont-elles mauvaises pour l’économie comme l’indique le modèle du multiplicateur ? Prenons l’exemple de Bob, l’agriculteur qui a produit vingt tomates et en consomme cinq. Ce qui lui reste à disposition, ce sont quinze tomates épargnées, qui constituent son épargne. Grâce à ces quinze tomates épargnées, Bob peut maintenant se procurer divers autres biens. Par exemple, il obtient une miche de pain de Jean le boulanger en payant la miche de pain avec cinq tomates. Bob achète également une paire de chaussures à Paul, le cordonnier, en payant les chaussures avec dix tomates.

Notez que l’épargne dont il dispose limite la quantité de biens de consommation que Bob peut se procurer. Le pouvoir d’achat de Bob est limité par le montant de l’épargne – c’est-à-dire des tomates – dont il dispose, toutes choses étant égales par ailleurs. Maintenant, si Jean le boulanger a produit dix pains et en a consommé deux, son épargne est de huit pains. De même, si sur la production de deux paires de chaussures, Paul en utilise une pour lui-même, son économie est d’une paire de chaussures.

Lorsque Bob le fermier exerce sa demande d’une miche de pain et d’une paire de chaussures, il transfère cinq tomates à John le boulanger et dix tomates à Paul le cordonnier. Les tomates sauvées par Bob maintiennent et améliorent la vie et le bien-être du boulanger et du cordonnier. De même, la miche de pain économisée et la paire de chaussures économisée maintiennent la vie et le bien-être de Bob l’agriculteur. Notez que ce sont les biens de consommation finale économisés, qui font vivre le boulanger, l’agriculteur et le cordonnier, qui permettent de maintenir le flux de production.

Désormais, les propriétaires des biens de consommation finaux, plutôt que de les échanger contre d’autres biens de consommation, pourraient décider de les utiliser pour se procurer de meilleurs outils et machines. Avec de meilleurs outils et machines, il sera possible de produire une plus grande quantité et une meilleure qualité de biens de consommation dans le futur.

Notez qu’en échangeant une partie de leurs biens de consommation épargnés contre des outils et des machines, les propriétaires de biens de consommation transfèrent en fait leurs économies à des personnes spécialisées dans la fabrication de ces outils et machines. L’épargne fait vivre ces personnes pendant qu’elles fabriquent ces outils et ces machines.

Une fois que ces outils et machines sont construits, cela permet d’augmenter la production de biens de consommation. Au fur et à mesure que le flux de production s’accroît, cela permet davantage d’épargne, toutes choses égales par ailleurs, ce qui, à son tour, permet une nouvelle augmentation de la production d’outils et de machines. Cela permet à son tour d’augmenter encore la production de biens de consommation. Donc, contrairement à ce que l’on pense, plus d’épargne permet d’accroître le flux de production des biens de consommation.

Une augmentation de la demande de biens de consommation peut-elle entraîner une augmentation de la production globale par le multiple de l’augmentation de la demande ? Pour pouvoir répondre à l’augmentation de sa demande de biens, le boulanger doit disposer de moyens de paiement – c’est-à-dire de pain – pour payer les biens et services qu’il désire. Notez à nouveau que le boulanger s’assure cinq tomates en les payant avec une miche de pain. De même, le cordonnier soutient sa demande de dix tomates avec une paire de chaussures. Le producteur de tomates soutient sa demande de pain et de chaussures avec ses quinze tomates économisées. L’augmentation de la production de pain du boulanger lui permet d’augmenter la demande d’autres biens. En ce sens, l’augmentation de la production de biens donne lieu à une demande de biens.

Les gens s’engagent dans la production afin de pouvoir exercer une demande de biens pour maintenir leur vie et leur bien-être. Notez que ce qui permet l’expansion de l’offre de biens de consommation finale est l’augmentation des biens d’équipement ou des outils et des machines. L’épargne permet à son tour l’augmentation des outils et des machines.

On peut également en déduire que la consommation ne provoque pas une augmentation de la production par le multiple de l’augmentation de la consommation. L’augmentation de la production est conforme à ce que la réserve d’épargne permet et n’est pas limitée par la demande des consommateurs. La production ne peut pas se développer sans le soutien de la masse d’épargne, c’est-à-dire que quelque chose ne peut pas émerger du néant.

Maintenant, qu’est-ce que cela signifie de réduire les impôts ? Cela signifie que les individus devraient avoir un plus grand accès à la réserve de richesse. La seule façon de rendre cela possible est de réduire l’accès de l’Etat à cette réserve. La demande de financement de l’État doit être réduite. En effet, à l’instar de toutes les autres activités, les activités de l’Etat doivent également être financées.

Lorsqu’un gouvernement décide de promouvoir une activité particulière, cela signifie que l’Etat fournira de l’argent aux différents individus engagés dans cette activité. L’argent reçu permettra à son tour aux personnes exerçant cette activité d’accéder à la réserve de richesses.

L’Etat n’est pas un générateur de richesses, car ses sources de financement reposent sur le secteur privé. Si le gouvernement pouvait générer des richesses, il n’aurait évidemment pas besoin de taxer le secteur privé.

Nous concluons qu’il n’est pas possible d’avoir une réduction effective des impôts sans une réduction des dépenses publiques. Une prétendue réduction d’impôts alors que les dépenses publiques continuent d’augmenter n’est qu’une illusion.

 

Résumé et conclusion

Les écrits de John Maynard Keynes restent aussi influents aujourd’hui qu’il y a quatre-vingt-sept ans. Ses idées restent la force motrice des décideurs de politique économique de la Fed et des institutions gouvernementales. Ces idées imprègnent la pensée et les écrits des économistes les plus influents à Wall Street et dans les universités.

La philosophie keynésienne considère que la demande de biens est le moteur de l’économie et que les récessions économiques résultent d’une demande insuffisante. Dans le cadre keynésien, une augmentation de la demande entraîne non seulement une hausse de la production globale, mais cette production augmente d’un multiple de l’augmentation initiale de la demande. Dans ce cadre, quelque chose peut être créé à partir de rien.

Traduction Contrepoints.

Sur le web

 

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  • Pas convaincant.
    Autant la réduction des impôts et celle de la dépense publique sont souhaitables, voir impératives, autant le lien entre les deux est loin d’être évident. Ce prétendu lien est d’ailleurs surtout utilisé à contresens pour refuser de diminuer les impôts en arguant de l’aspect irréductible de certaines dépenses publiques.Si grâce à la réduction des impôts le boulanger et la boulangère vendent plus et peuvent se doter d’un petit mitron, Paul Emploi cesse de payer l’entretien de ce gosse : la dépense publique baisse d’elle-même.
    Donc ne renonçons pas aux baisses d’impôts au prétexte de difficultés à diminuer la dépense publique.

    • Exact!
      C’est curieux comme même ici on a tant de mal à percevoir la rétroaction favorable *mutuelle* entre la réduction des impôts et celle des dépenses. N’importe laquelle des deux entraîne l’autre. Il n’est pas inutile,comme je le lis trop souvent ici, de commencer par réduire les prélèvements obligatoires, à condition de ne pas en même temps augmenter les subventions en tous genres.
      Réduire les taux d’imposition c’est stimuler la consommation, la production, le commerce, l’activité (donc bingo! augmenter la recette fiscale) et l’emploi (donc rebingo! réduire le pognon de dingue).

  • Impossible en France de baisser les impôts, ils ne servent qu’à payer les fonctionnaires et leurs retraités. Comme un fonctionnaires ne peut pas être licencié ni pour faute, ni pour raison économique, ni pour aucune raison, il s’ensuit une baisse drastique de leur efficacité au travail, un refus des mutation pour adapter les besoins. Il s’ensuit un besoin constant de compenser cela par une augmentation permanente du dit personnel.
    Et tout cela sans compter la gabegie de nos élus locaux qui pioche sans vergogne pour des projets inutiles comme les rond-points dont la valeur moyenne excède le million d’€ (la France compte + de rond-points que le monde entier réuni), les lignes de voies ferrées qui circulent à vide ou quasiment, les dos d’âne à 20.000€ qui ne respectent pas les normes….

  • Pourquoi vouloir réduire la dépense publique ?
    Elle n’est que de 63% du PIB.

  • Les commentaires sont fermés.

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