Abondance : Macron devrait arrêter de jouer les Nostradamus

Après ce premier conseil des ministres de la rentrée, Emmanuel Macron nous a joué du Nostradamus en parlant de fin d’abondance.

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Emmanuel Macron by ALDE Party(CC BY-NC-ND 2.0)

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Abondance : Macron devrait arrêter de jouer les Nostradamus

Publié le 26 août 2022
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La fin de l’ancien monde et le basculement vers un nouveau monde incertain, inquiétant voire dramatique revient périodiquement sur la scène depuis la nuit des temps. L’Ancien Testament avait narré Noé et son Arche seuls survivants du déluge, l’Évangile selon Saint Jean l’Apocalypse.

À chaque époque son prédicateur ! Durant le premier confinement, le prophète Hulot ne nous avait-il pas annoncé que le coronavirus devait être compris comme un « ultimatum de la nature ».

Après ce premier conseil des ministres de la rentrée, c’est cette fois Emmanuel Macron qui nous a joué du Nostradamus :

Nous sommes en train de vivre un grand bouleversement… Nous vivons la fin de ce qui pouvait apparaître comme une abondance. Celle des liquidités sans coût, celle de produits qui nous semblaient perpétuellement disponibles comme l’eau et l’énergie. C’est aussi la fin des évidences comme celle de la démocratie. Et c’est aussi la fin d’une forme d’insouciance. Face à cette grande bascule, nos compatriotes réagissent avec beaucoup d’anxiété. Et face à cela nous avons quelques devoirs.

Grand bouleversement, fin de l’abondance, le discours anxiogène du Président doit avant tout être compris comme un artifice de communication politique. Le président prépare les Français à un hiver potentiellement difficile avec des prix stratosphériques pour l’énergie associés à de possibles black-outs électriques et pénuries de gaz. Si tel est le cas il aura prévenu, si tel n’est pas le cas il aura géré correctement la crise.

 

Mensonge éhonté et déni de la réalité

Mais, sur le fond, ses palabres sont pour le moins inquiétantes.

L’Européen libéral et mondialiste convaincu de technologie serait-il en train de se convertir en secret à la collapsologie servignienne ? Convaincu de la proche fin du monde, il donne l’impression de vouloir faire pénitence de ses péchés en acceptant la décroissance économique en rédemption.

La situation actuelle sur fond de conflit russo-ukrainien n’est certes pas encourageante et peut expliquer un certain pessimisme ambiant. Entre l’inflation, les incendies de forêt, le manque d’eau, la pénurie de certaines denrées alimentaires, la volonté de Vladimir Poutine de couper le robinet du gaz ou l’intention de l’Arabie Saoudite de réduire sa production de pétrole pour faire monter un peu plus les prix du baril, les mauvaises nouvelles s’accumulent. Mais, plutôt que d’annoncer l’Apocalypse, ne serait-il pas préférable de booster le moral des troupes en reconnaissant notamment les lourdes erreurs passées ? Hélas, la causerie du chef de l’État est une fois encore révélatrice d’une amnésie politique et caractéristique d’un « en même temps » contradictoire et paradoxal. Car les nombreuses erreurs passées se lisent en filigrane de son discours.

L’abondance des liquidités sans coût a davantage existé dans l’esprit de la Macronie que dans celui des citoyens responsables. L’exécutif est sur ce point dans un déni total de la réalité : l’insouciance vient principalement des pouvoirs publics. Durant la pandémie les Français ont été déresponsabilisés en leur faisant croire au magique et gratuit « quoi qu’il en coûte ». Un quoi qu’il en coûte plombant une dette financée par une planche à billets espérant à tort que les taux d’intérêt resteraient quasi nuls. Plus récemment on nous a chanté que la France résistait mieux que ses voisins à l’inflation.

C’est un mensonge éhonté dans la mesure où l’énergie est en partie subventionnée par l’État via les boucliers tarifaires. L’inflation est en grande partie le retour de bâton du quoi qu’il en coûte et n’est en rien lié à la guerre russo-ukrainienne. La fin de l’abondance annoncée par le président n’est en fait le retour vers un monde normal dans lequel l’argent n’a jamais été gratuit. Personne n’échappe au payement de ses factures !

Et que dire de l’énergie ! La guerre russo-ukrainienne n’est que le révélateur conjoncturel d’une crise structurelle liée à une baisse de l’offre et à un accroissement de la demande. Une crise structurelle reposant sur un manque d’anticipation et des mauvais choix stratégiques.

 

Des causes profondes qui remontent à 2015

Les gaz et pétroles de schistes ayant envahi le marché au cours des années 2010 à 2015, les cours des hydrocarbures s’étaient effondrés. En conséquence, les investissements dans le développement des nouveaux champs pétroliers et gaziers ont été drastiquement réduits de 800 milliards de dollars en 2015 à seulement 325 milliards de dollars en 2021. Ce phénomène a été renforcé par l’irresponsabilité d’ONG environnementalistes pressant les banques de ne plus prêter aux compagnies pétrolières et aux États producteurs. Cette baisse des investissements a mécaniquement induit un sous-investissement dans le développement de nouveaux champs et donc induit une baisse de l’offre. Si la guerre en Ukraine est venue y ajouter une « couche conjoncturelle », la baisse de l’offre est avant tout structurelle.

Face à cette baisse de l’offre, nos politiques sont restés amnésiques, oubliant que le mix énergétique mondial était toujours composé de 82 % d’énergies fossiles et que ce chiffre restait désespérément constant. Première erreur.

Parallèlement, ils ont choisi d’investir massivement dans les énergies renouvelables (5000 milliards de dollars dans le monde au cours des 15 dernières années dont près de 1000 milliards d’euros en Allemagne et 150 en France). Deuxième erreur.

Car ces énergies sont intermittentes et ont besoin d’un « ami pilotable ». Éliminant le charbon et rechignant le nucléaire il ne restait que le gaz dont la demande s’est significativement accrue au cours des dernières années.

Baisse de l’offre et croissance de la demande gazière, ce que le président appelle pénurie ou fin d’abondance n’est en fait qu’une simple rupture offre/demande. Car, contrairement à ce qu’il laisse entendre… le gaz et le pétrole sont toujours là. Compte tenu des prix élevés, les producteurs investissent massivement, ce qui devrait progressivement rebooster la production et corriger le manque d’offre. Mais, l’énergie étant régentée par le « temps long », malgré la progression des investissements, cette correction pourra prendre plusieurs années.

 

Faillite de la stratégie énergétique europénne

Cette situation largement prévisible est riche d’enseignement quant à la faillite de la stratégie énergétique européenne.

Elle a été particulièrement défaillante en Allemagne qui a décidé dès 2010 et pour des raisons purement idéologiques de sortir du nucléaire et de foncer dans les renouvelables. Misant sur le gaz comme « ami des renouvelables », avec notamment la construction des gazoducs Nord Stream 1 & 2, le pays s’est consciemment mis sous dépendance gazière russe et en payera le prix fort cet hiver si Vladimir Poutine le décide.

La France a certes commis moins d’erreurs que l’Allemagne en maintenant son nucléaire.  Cela étant, le parc vieillissant dévoile d’inquiétantes faiblesses qui nous rendent aujourd’hui très dépendants de la grille européenne et donc du marché spot de l’électricité.

Il faut reconnaître à Emmanuel Macron d’avoir fait une sorte de mea culpa dans son discours fondateur de Belfort du 13 février 2022 en proposant une stratégie opposée à celle qu’il avait défendue durant son premier quinquennat : abandon des 50 % de nucléaire, grand carénage et construction de 14 nouveaux EPR. Même si cela venait un peu tard, reconnaissons-lui une certaine lucidité quant à la gravité de la situation. Espérons que dans cette période difficile que le président ne va pas à nouveau changer de stratégie et redonner du crédit aux chantres nupésiens de la décroissance, toujours convaincus que le « tout renouvelable » est la solution universelle.

Ressaisissez-vous, reconnaissez vos erreurs et corrigez les monsieur le Président. Les Français vous en seront reconnaissants !

 

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  • Dans un pays démocratique, une telle série d’ échecs aussi lourds de conséquences venant après une gestion calamiteuse de 5 ans aurait conduit à un impeachment ou à une démission
    Dans la France de la V ème république on demande aux gens qui ont failli de faire le contraire de ce qu’ils ont fait et on leur donne 5 ans de plus. A dans 5 ans donc !

    • Enfant quand ma mère me demandait si je voulais une assiette de soupe de légumes ( donc à tous les dîners ) et que je lui répondais négativement, elle me la remplissait d’autorité. Je n’ai jamais imaginé que j’avais le choix.
      Quand j’ai le choix entre deux choses, si j’en choisi une et que j’obtiens l’autre, je ne m’étonne pas, je vois la manœuvre
      La démocratie c’est comme ma mère ( et comme moi avec mes enfants quand ils étaient petits ), c’est l’illusion du choix.
      Je précise que ma mère avait bien raison de procéder ainsi, j’étais un petit être irresponsable qui n’aurait mangé que des bonbecs et des gâteaux si j’avais eu le choix.
      Do you see what I mean ?

      • Bonne analogie, les politiciens et médias prennent « le peuple » pour un tas de gamins immatures.

        Mauvaise analogie, le peuple n’est pas composé majoritairement de gamins immatures (contrairement aux politiciens et aux médias)….

        De toutes façon la « volonté du peuple » n’est jamais que ce que racontent les médias bien vus, soit directement (pour savoir ce que pense le peuple, on lit Le Monde, on regarde BFM Tv), soit indirectement (une grande part du peuple pense ce que les médias leurs disent de penser), soit doublement indirectement (quand il y a une élection les politiques « comprennent » le sens du résultat via l’interprétation donnée par les médias. C’est plus ou moins vrai selon le niveau de « connexion à la population et la réalité » des politiciens. Certains ont un certain contact avec des vrais gens, parfois; d’autres, tels Manu le magnifique ont vaguement entendu parler des « gens » par des conseillers mais doutent encore un peu de leur réalité (et ne comprennent pas comment il y a pu avoir des gens qui ont voté Trump, Brexit, Le Pen ou mis des gilets jaunes…. voire soient réellement libéraux -je viens de lire un papier parlant de « pseudo libertarian convictions » pour analyser l’adoption des crytpo-monaies).

  • Je ne pense pas que Emmanuel Macron reconnaisse ses erreurs cela n est pas dans son ADN .Comme la majorité des dirigeants d’ailleurs
    Qu il arrête ses discours anxiogènes et qu il soit plus positif.
    Il sait très bien que le marché des énergies s autorigulera . Mais pour qu’il est ce discours il faut qu il avale son chapeau et cela est une autre histoire.
    Bien sûr nous sommes pas dupes la période a venir sera peut être pas facile pour certains.

  • Je ne vois qu’un coq qui ne sait faire que « cocorico » ! et on ne connait pas le sens de ce cocorico……….

  • Ce qui nous vivons actuellement me rappelle le tournant de la rigueur de 1983.
    Après avoir fait n’importe quoi pendant 2 ans, le pouvoir mitterrandien s’est pris le mur de la réalité en pleine poire et a décrété que les « Français vivaient au dessus de leurs moyens. »
    N’oublions pas que la macronie est essentiellement socialiste et que c’est ce logiciel qui les inspire.
    Après le fameux discours marquant notre entrée guerre contre un virus et le fameux « quoi qu’il en coûte », je m’étais permis d’écrire à mon député du Cher, ancien socialiste passé à LREM, pour lui faire part de mon inquiétude quant à la dette que nous allions encore creuser. Celui-ci m’avait alors répondu que nous avions choisi de nous endetter grâce aux d’intérêts négatifs…
    Aujourd’hui, alors que tous nos indicateurs sont au rouge, Macron panique, comme Mitterrand en 1983, et nous culpabilise en nous expliquant que nous vivions dans une forme d’insouciance dans un monde d’abondance et que nous allons devoir nous serrer la ceinture pour payer le prix de la liberté des Ukrainiens.
    L’Europe devra se montrer solidaire mais il est évident que la France n’est pas en position d’imposer quoi que ce soit à l’Allemagne, notre dette abyssale nous place en position de vassal et nous avons déjà gobé de nombreuses contraintes écologiques qui nous ont largement affaiblis.
    On aurait pu s’attendre à un discours réaliste et honnête, listant nos priorités par ordre d’importance et d’urgence. Il n’en est rien : le thème de la lutte contre le dérèglement climatique prend le pas sur tous les autres et n’est qu’une énième combine macronienne pour nous dire « je n’ai vraiment pas de bol, tous les éléments sont contre moi et malgré mon génie, j’aurai bien du mal à vous sortir de là »

  • Discours rassurant du Président, vu qu’il se trompe ou ment souvent la catastrophe annoncée ne sera celle là. Mais il restera le roi des Em….rs, quoiqu’il nous en coûte.

  • La france vit a credit depuis 50 ans (dernier budget en equlibre date de 74). La France ne produit plus grand chose (faite un tour au supermarché ou regardez autour de vous ce que vous avez/portez. qu est ce qui est made in france ?)
    A partir de la, oui il y a un moment ou on se prend le mur et la vie a credit (aka l abondance) s arrete.
    Apres s il y a necessite de faire une auto critique, il faut pas s arreter a Macron. Oui pendant 5 ans il a fait des erreurs. Mais nous, en tant que citoyen, sommes nous pas coupable ?
    Qui a voté systematiquement pour des dirigeants qui ont accru les deficits ? qui ont decidé de taxer toujours plus le travail afin de maintenir un systeme social dispendieux ? qui refuse un ajustement a la baisse dudit systeme social (je parle pas ici de mesures cosmetiques ou qui feront effet dans 15 ans comme la retraite a 65 ans mais de mesure qui font effet tout de suite, comme par ex le non-remboursement de certains soins ou la recuperation sur l’heritage des couts, une baisse des pensions pour que le systeme soit a l equilibre …)

    -2
  • *  » Nihil nove sub sole » , comme le dit Salomon dans l’Ecclésiaste ( I , 9),Rien de neuf sous le soleil. Les causes de décisions majeures, cf Fessenheim, restent cachées le plus longtemps possible. Face aux quêtes d’Energies sans impact CO2, nous nous enfermons dans le mauvais usage du Vent et du Soleil. Au lieu de voir la solution de conversions des Milliards de T/an de biomasses à transformer en gaz pur et réactif : ( x CO +y H2) . Cela provient naturellement des biomasses en tous genres dont la formule générale est ( x C , y H2 , z O )
    Dans le cas du bois, on a ( C22 H33 O16). Le gaz issu est ( 22 CO + 16.5 H2), ce qui donne des productions de 0.14 T H2/T ou 4.4 MWh CH4/T de sec bio

    Le stock biomasses TERRE est de 500 Mds de T, la production végétale est +70Mds T/an. Selon le rapport Energie de BP avec 586 EJ d’énergies primaire MONDE, le calcul montre que 46 % de la biomasse végétale fournit les 586 EJ

  • Avatar
    Azoulay.denis@orange.fr
    26 août 2022 at 10 h 02 min

    Lui qui se voyait président a vie, il est normal qu il pense à sa fin de règne et comme il se prend pour D il voit en sa fin la fin du monde en s exonérant de sa médiocrité et son incompétence.
    Qu il commence par se serrer la ceinture avec les milles personnes de sa basse cour et on essayera de le suivre

  • Comme on disait à tout propos (En Provence) dans les années 50 « Alala, pauvre France ! »

  • Décroissez en paix, je veille!
    Tel est le message ou si vous préférez, circulez y a rien à voir, puisque je suis votre lumière.

  • Rien à ajouter, tout est dit et parfaitement bien.

  • C’est le constat de « l’ineptocratie » socialiste (mot cher à Charles Gave) depuis 40 ans.
    Reconnaitre que l’idéologie socialo-communiste mène à l’échec, semble insurmontable pour beaucoup de citoyens bercés dans l’illusion du toujours plus, à crédit.
    Souhaitons que la dure réalité provoquent le choc nécessaire et suffisant pour une évolution pacifique mais le peuple n’ayant plus sa ration « de pain et des jeux » saura-t-il patienter ?

  • Est-il bien utile de discuter les commentaires sur « l’abondance » d’un type qui fait du jet ski pendant que les autres rament ?

  • Il faut bien appuyer aussi sur le fait que toute personne qui, à l’époque, critiquait ces décisions était considéré comme « anti-système » ou « complotiste »…

  • Les commentaires sont fermés.

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Pascal Salin est économiste, professeur émérite de l’université Paris-Dauphine, et fut président de la société du Mont-Pèlerin de 1994 à 1996.

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