La droite doit faire un choix politique clair ou disparaître

Dans les prochains mois, le parti républicain LR devra choisir un chef et une ligne idéologique claire pour entamer sa reconstruction. Ou bien disparaître.

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David Lisnard by Jean Francois Fournier(CC BY-NC 2.0)

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La droite doit faire un choix politique clair ou disparaître

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 7 août 2022
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L’été se déroule tranquillement du côté des Républicains. Les législatives n’ont pas été l’échec retentissant envisagé. De 101 députés qu’ils étaient, coincés entre Emmanuel Macron et Marine le Pen, les plus pessimistes craignaient de se compter sur les doigts de la main tel le PS en 2017. Finalement, 62 députés sont encore à l’Hémicycle. Assez pour exister. Ils ont pris leur place au Palais-Bourbon, proposent et votent des textes avec la majorité. En somme, rien n’a changé, la vie parlementaire continue.

Au loin, pourtant, des nuages s’amoncellent et annoncent un orage qui risque d’éclater pour une raison évidente : LR n’a pas de positionnement idéologique clair. Qui peut dire aujourd’hui quelle est l’offre politique des Républicains ?

 

La primaire a tué la droite

La matrice intellectuelle de la droite est ainsi faite qu’elle a besoin d’avoir un chef, un « homme providentiel » selon l’expression consacrée. En 2012, ce modèle s’est rompu quand l’UMP a décidé de calquer le mode de désignation de ses candidats sur ce qu’a fait le Parti Socialiste en 2011, lui-même inspiré par le système des primaires américaines.

En 2016, des figures importantes se sont présentées. Les principales représentaient une tendance claire de la droite (selon la typologie des droites de René Rémond) avec un parcours et un pedigree éloquent : Nicolas Sarkozy incarnait la droite bonapartiste, Alain Juppé la droite orléaniste, François Fillon la droite légitimiste. Le vainqueur a imposé sa ligne, son projet et sa personne. Il n’a pas été contesté (avant l’affaire Fillon).

 

2022, la droite sans boussole

En 2022, la primaire a posé un tout autre problème : les candidats présentés par LR à son congrès étaient des seconds couteaux à la légitimité bien moins évidente. Et, peut-être encore plus dommageable, sans ligne précise pour le parti tant celui-ci était divisé.

L’échec à 4,8 % de Valérie Pécresse est la synthèse de tout ce qui n’allait pas chez LR : elle n’a pas su incarner la fonction ni endosser le costume de potentielle future présidente de la République. Elle n’a pas, non plus, su faire émerger des idées suffisamment fortes et identifiables aux yeux de l’opinion. Finalement, l’électorat de droite s’est divisé entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen.

Au moment d’une élection présidentielle, il est primordial d’avoir un projet solide et d’être identifié par les électeurs, ne serait-ce que par des mesures plus symboliques que pratiques (« travailler plus pour gagner plus », la taxe à 75 %, suppression de la taxe d’habitation, pour ne citer qu’elles).

Maintenant que les échéances électorales nationales sont passées, personne ne peut dire ce que porte la droite modérée. Or, ce qui tue un parti ou un candidat, c’est l’absence d’une ligne idéologique.

 

L’élection du nouveau président des Républicains est cruciale

Le nouveau président sera le garant de la nouvelle position politique des Républicains. Tranchée par le vote, elle ne pourra être remise en question au risque de perdre, une fois de plus, les électeurs et sympathisants ou d’être engloutie par les offres concurrentes. Parmi les options proposées, la droite va devoir clarifier sa position : l’État doit-il être omniprésent ou doit-il être là quand il le faut et laisser faire lorsque les règles sont suffisamment claires ?

Trois choix se dessinent : un libéralisme incarné par David Lisnard, une droite nationale, pas nationaliste, incarnée par Laurent Wauquiez ou une droite dite sociale dont le représentant le plus identifié, Xavier Bertrand, semble vouloir tracer sa route en solitaire.

La ligne libérale est revendiquée par David Lisnard à travers une tribune parue récemment dans le journal Le Figaro. Les Républicains seraient-ils prêts à restreindre la place de l’État dans la société, accentuer la décentralisation, réduire les dépenses publiques, encourager les initiatives individuelles et entrepreneuriales, réviser profondément l’approche bureaucratique, simplifier les normes administratives et améliorer significativement la qualité des services publics ?

La droite sociale, dont le candidat sera, peut-être, Aurélien Pradié, mettrait l’accent sur la pauvreté, le handicap, les violences conjugales mais, surtout, remettrait en cause le libéralisme économique qui n’est pas jugé compatible avec le progrès social. Ce serait un parti LR toujours en phase avec le dirigisme de l’État.

Le courant national des Républicains pensait avoir trouvé son meneur en Laurent Wauquiez avant que celui-ci ne renonce à se présenter pour préparer 2027. C’est Éric Ciotti qui devrait représenter ce courant principalement concerné par les questions civilisationnelles, démographiques, culturelles.

Pas de populisme, pas de démagogie outrancière. La droite doit innover et être en mesure de puiser des idées à diverses sources : mouvements intellectuels modernes, think tanks et personnalités nouvelles.

 

La parenthèse libérale de 1986 comme inspiration ?

Et si, pour se relancer et susciter un élan inédit, la droite s’inspirait de l’expérience libérale des années 1986/1988 lorsque Édouard Balladur, le réel inspirateur, était aux manettes de l’économie ?

Pendant cette courte période libérale, assumée en pleine époque socialiste, des projets et des avancées positives ont été mises en œuvre par celui qui était alors ministre de l’Économie, des Finances et de la Privatisation : ventes de grandes entreprises françaises qui ont permis le début d’un actionnariat populaire où les petits épargnants ont pu acquérir des titres, réduction du nombre de fonctionnaires et des dépenses de l’État, libéralisation des prix et des taux de changes. Ces mesures ont permis une baisse sensible du chômage, des déficits et des impôts mais elles ont surtout permis à des réformes libérale d’être appliquées et de démontrer tous les bienfaits qu’elles pouvaient apporter.

Le libéralisme, hypothétiquement porté par la droite, ne consisterait pas à abandonner l’État mais à définir la politique de la concurrence fiscale et sociale et à questionner profondément l’approche française à l’égard des dépenses publiques. Le libéralisme en France est possible à condition de sortir des schémas préconçus.

En 2027, cela fera 20 ans que la droite n’a plus gagné une élection présidentielle, une éternité. Le choix est simple : une ligne idéologique claire ou bien la disparition.

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  • Avatar
    jacques lemiere
    7 août 2022 at 6 h 45 min

    « pas jugé compatible avec le progrès social. ».. qui est défini comme???

    • Faut demander à Aurélien Taché.

    • Les propos des partisans de la « droite sociale », tels que, actuellement, Bertrand ou Pradié, laissent à penser que le libéralisme (surtout dans sa dimension économique) va à l’encontre du progrès social et privilégie la victoire du « fort » sur le « petit ».

  • La droite sociale n’est plus ni moins qu’une droite socialiste, des macronistes qui picorent qqs reformettes « libérales » mais appliquent un programme national/socialiste. Tant qu’un parti et des leaders libéraux n’émergerons pas, pas d’espoirs de changement. C’est mieux que LR disparaisse !

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    • Tout à fait d’accord, la droite actuelle empêche l’émergence d’une offre libérale (la gauche aussi 😉 ). Que la droite classique disparaisse, c’est en bonne voie.

  • Tentant, le libéralisme de 1986… sauf si on se souvient du vainqueur de 1988. Et il s’est pris une deuxième gamelle un septennat plus loin. Le libéral-conservateur n’a aucun avenir en France.
    Les 3 droites, c’est un truc de gens perchés. En politique, on compte rarement jusqu’à 3. Dans la vraie vie, les gens sont binaires : ils voient 2 droites. Une modérée, macron-compatible à peu de frais. Une radicale, proto-zemourienne ou crypto lepéniste.
    Et ô surprise, c’est ce qui a conduit à la désintégration du PS.
    La droite est morte, la date de l’enterrement sera bientôt connue. Pour ma part, j’aurai piscine.

  • Il faut rendre à César… « Les Droites en France » est l’oeuvre de René Rémond (et non Raymond). A part cela, tout-à-fait d’accord avec le propos de l’auteur.

  • je veux pas deprimer l auteur, mais le dernier candidat liberal (madelin) n a pas fait 5% des voix. Les LR sont des politiciens qui veulent d abord se faire elire. ils diront donc ce que leurs electeurs potentiels veulent entendre.
    Second probleme, avoir un discours estune chose. etre credible en est une autre. c est ce qui a manque a pecresse. personne ne croyait qu elle etait sincere avec un programme copié de ciotti.

    Ensuite les LR ont un gros probleme, leur electorat viellit. Quand Sarkozy a tente d etre reelu, il a eut la majorite des voix que dans les plus de 65 ans. Des gens qui auront pres de 80 ans aux prochaines presidentielles. S ils n arrivent pas a parler a d autres segments de la population, ils feront comme les radicaux de la III republique (c est le MRG aujourd hui)

    PS: citer Balladur comme modele est osé. je rappelle qu il a perdu la presidentielle face a Chirac

    • Concernant Balladur, je le cite pour plusieurs raisons :
      1) Il est un vrai homme d’État avec des convictions ancrées et identifiables, ce que Chirac n’avait pas
      2) C’était un libéral convaincu : son parcours, ses idées, ses politiques en sont des exemples. Chirac, je caricature (ou pas), n’a jamais été très clair sur son positionnement politique
      3) Lorsqu’il était ministre de l’Economie en 86, Balladur a osé les réformes libérales et de la même façon en 93 quand il est devenu premier ministre
      4) Oui, il perd face à Chirac en 95 mais je ne pense pas qu’il l’a mérité, il aurait été un bien meilleur président dans la mesure où Chirac a été élu sur un slogan et a été immobile pendant plus de 10 ans.

      • Chirac a été élu parce que Jospin n’a pas été au second tour, cela nous a presque forcé à voter pour lui au lieu de J.M. Le Pen. La seule décision efficace de Chirac est l’obligation du port de la ceinture. C’est le seul évènement en matière de circulation ayant eu un effet : la courbe de mortalité s’inverse dès ce moment. A part cela, le quinquennat, c’est une bêtise qui met le Parlement à la botte du Président et nous fait voter quatre fois de suite. C’est sûr que nous avons raté Balladur (à cause de la jalousie de Chirac!). Le référendum raté pour Chirac : s’il avait été gaulliste, il aurait mis son poids dans la balance.
        Sarkozy était bien, parfait binôme avec Fillon pendant cinq ans. Mais il a trahi le PR et les LR en ne soutenant pas Valérie Pécresse. J’ai lu son livre (le temps des tempêtes) : je le donne à celui qui le veut.

  • La vraie solution, non pas « pour la droite » ou « pour tel courant » mais « pour le pays », ce serait de se défaire des partis et des politiciens qui se rêvent un « destin ». Il faut que les élections portent non sur des gens mais des éléments politiques précis, des réformes, des mesures précises. Les politiciens porteraient des propositions et ensuite si la proposition est votée, les mettraient en place, pas plus, pas moins.

    De cette façon l’orientation idéologique d’un parti qui ensuite ferait, une fois au pouvoir, le contraire parce que les sondages ou les médias disent que c’est mieux, ça ne serait plus un problème. Parce que bon, je suis plutôt un « anarchiste de droite » mais je m’en tape de si c’est la gauche ou la droite qui est au pouvoir, tant que l’Etat se réduit, la liberté avance et, accessoirement, la richesse croit !

  • Pour la désignation du représentant du parti il fallait s’inspirer du mode de désignation des Conservateurs britanniques. Soit l’élimination progressive des candidats obtenant le moins de voix jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que 2.

  • Aussi bien Fillon que Valérie Pécresse ont exposé une politique claire mais les efforts et les sacrifices à faire ne sont pas acceptés par une majorité de Français. C’est pourquoi, actuellement, il est impossible de réunir une majorité républicaine de droite en France. La macronisme au contraire joue sur l’ambiguïté et essaie de plaire à des gens qui se croient à gauche et d’autres à droite. Cela marchera peut-être encore pendant quelques mois. Et pourtant il existe une majorité d’électeurs de droite en France, qui a été divisée en « macronistes », LR réguliers, en partie Zemmour et en partie Le Pen. C’est un peu beaucoup.
    Le droite « Vérité » ne saurait donc être écoutée par un corps électoral déchiré qui ne veut ni efforts ni impôts, ni liberté créative. Il faut pourtant que la vérité soit dite : il faut donc trouver une Présidente ou un Président franc et loyal qui seul pourra exprimer la voix de la raison et du réalisme.

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Pascal Salin est économiste, professeur émérite de l’université Paris-Dauphine, et fut président de la société du Mont-Pèlerin de 1994 à 1996.

Parmi les ouvrages qu’il a publiés, citons notamment La Vérité sur la monnaie (Paris, Odile Jacob, 1990), Libéralisme (Paris, Odile Jacob, 2000), Français, n’ayez pas peur du libéralisme (Paris, Odile Jacob, 2007), Revenir au capitalisme pour éviter les crises (Paris, Odile Jacob, 2010), La T... Poursuivre la lecture

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