Macron en Afrique : la France donneuse de leçons

L’attitude de donneur de leçon de Macron en Afrique est contreproductive.

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Macron en Afrique : la France donneuse de leçons

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 3 août 2022
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Par Franck Arnaud Ndorukwigira.

 

La réalité est là, l’Afrique est la terre convoitée par les grandes puissances. La récente visite sur le continent de Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, et celle prochaine en août 2022 d’Antony Blinken, chef de la diplomatie américaine, en témoignent. Une convoitise d’ailleurs qui vient de conduire Emmanuel Macron en Afrique, pour combler le vide des relations entre la France et l’Afrique.

Sauf que la France y va par un chemin sinueux. En critiquant la soi-disant « hypocrisie » de l’Afrique vis-à-vis de la Russie et de son invasion de l’Ukraine, la France se pose comme un donneur de leçon, et veut imposer une vision unique de la guerre russo-Ukrainienne.

Le chef de l’État français a déclaré :

« Je vois trop souvent de l’hypocrisie, en particulier sur le continent africain […] à ne pas savoir qualifier une guerre, parce qu’il y a des pressions diplomatiques, je ne suis pas dupe ».

Pour Emmanuel Macron, il y a un contraste entre cette attitude et celle des Européens, qui « n’est en aucun cas de participer à cette guerre, mais de la reconnaître et de la nommer ».

 

L’Afrique a droit au libre choix

La plupart des États africains se sont gardés de critiquer la Russie après son offensive contre l’Ukraine. Ils ont leurs raisons que l’Europe ne connaît pas, ou du moins ignore.

Primo, l’héritage de la guerre froide témoigne que les pays africains ont une attitude de non-alignés. Les Africains ne veulent pas prendre position dans le bras de fer entre la Russie et l’Occident. Ils souhaitent rester neutres pour simplement avoir des relations avec tout le monde, afin de pouvoir peser dans d’éventuelles négociations bilatérales.

Secundo, l’Afrique fait face à une insécurité alimentaire sans précédent à cause de la guerre russo-ukrainienne. Le déplacement du chef de l’État français s’inscrivait également dans un contexte de menace de pénurie alimentaire pour le continent africain. Le continent africain est très dépendant car tributaire des fertilisants importés de Russie.

Il y a aussi une forte dépendance en approvisionnements, car plus de 40 % du blé consommé en Afrique provenait soit d’Ukraine, soit de Russie. Alors, l’Afrique a ses raisons qu’ignore Emmanuel Macron. Comme l’a signalé le chef de l’État sénégalais également président en exercice de l’Union Africaine, l’Afrique veut la paix et non l’alignement sur une position quelconque. Macron devrait se rappeler de cela avant de critiquer la position de l’Afrique, ou de donner n’importe quelle leçon.

 

La France, entrave de l’état de droit

« Si on voulait vraiment renouveler les relations entre la France et l’Afrique, on ne choisirait pas le Cameroun pour effectuer un tel voyage, car ce n’est pas un modèle de démocratie ».

L’Afrique centrale et de l’Ouest semble destinée à croupir indéfiniment sous la férule des dictatures françafricaines via des parodies électorales approuvées par la France et non par le peuple africain. Quand ça l’arrange, la France maintient des dictatures comme celle de Paul Biya au Cameroun, de la famille Deby au Tchad ou les Bongo au Gabon.

Si des Africains avaient la capacité de maintenir au pouvoir des chefs d’État en Europe pendant trente ou quarante ans, est-ce que les Européens l’accepteraient avec le sourire ?

Voilà pourquoi Emmanuel Macron devrait cesser avec de donner des leçons. À force de soutenir les intérêts des dictateurs, l’Afrique boite sur le chemin de l’État de droit, et se trouve en difficulté pour l’émergence de nouvelles forces qui souhaiteraient faire autrement.

 

Françafrique, la bête noire

La visite du chef de l’État français a lieu dans un cadre d’hostilité accrue à l’égard de la France sur le continent africain. L’expression Françafrique crée par l’économiste français François Xavier Verschaves, résonne toujours dans les cerveaux africains comme cette relation malsaine et incestueuse qui lie l’État français aux États issus de ses anciennes colonies. En voulant donner des leçons, la France renforce ce sentiment dans les cœurs des Africains, et augmente la haine envers la politique française sur le continent.

Or, la jeunesse actuelle qui est sur les réseaux sociaux a une large ouverture sur le monde et voit ce qui se passe ailleurs. Elle aspire à d’autres horizons que la Françafrique. C’est tout à fait normal que cette jeunesse-là veuille revisiter les relations entre la France et l’Afrique comme elle l’a fait savoir avec la rencontre de Montpellier en 2021. Malheureusement, avec ce ton de donneur de leçon, Emmanuel Macron ne comprend pas ce besoin d’ouverture.

Face à Emmanuel Macron donneur de leçons, les Africains sont en train de vivre le néo-colonialisme, la continuation de la colonisation sous une autre facette. Il faut redéfinir les rapports de force en faveur de l’Afrique qui doit savoir faire entendre au monde qu’elle n’est pas le champ de bataille que chacun aménage pour sa propre stratégie.

Le continent doit apprendre à négocier d’une seule voix. Une politique étrangère et de sécurité commune via l’Union Africaine permettrait de développer la présence et la visibilité africaines dans des régions du monde où elle n’a jamais véritablement été influente, et de disposer d’une politique industrielle africaine adaptée au XXIe siècle qui lui permette d’avoir une place de choix et de jouer le rôle de puissance et d’acteur influent qui est le sien dans les négociations internationales.

 

Article mis à jour le 03/08/22 à 7h59.

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  • Quand Macron visite le Cameroun c’est pour jeter de la poudre aux yeux des français. Les africains ne sont pas dupes:

  • Du fait de mon âge, j’ai bonne connaissance du monde communiste dont la Chine a plusieurs caractéristiques et auquel la Russie actuelle ressemble beaucoup, surtout en matière de politique étrangère et de propagande.

    Il est donc normal que nous fassions part de nos doutes quand nous voyons les options prises par certains amis africains. Ce n’est pas du néocolonialisme, c’est une transmission d’expérience. Des pays baltes à la République centrafricaine en passant par Hong Kong, je ne vois que des résultats dramatiques pour les peuples ayant rejoint la Chine ou l’URSS/Russie, et après la même propagande.

    Dans les relations entre la France et l’Afrique, il ne faut pas se polariser sur le gouvernement français, car la coopération (ou tout autre terme si celui là ne vous plaît pas) est d’abord celle des innombrables familles à cheval entre la France et l’Afrique, et les nombreux Français (ou Québécois etc.) qui se dévouent en Afrique. J’en ai dans mon entourage immédiat.

    Il ne faut pas non plus se polariser sur les gouvernements africains, dont certains ont les défauts que vous connaissez et essayent de flatter leur peuple par des discours nationalistes qui ne mènent à rien en matière de sécurité et de développement.

    Bref une « Chinafrique » ou d’une « Russafrique » seront probablement infiniment pires qu’une « Françafrique » qui appartient au passé, et qui n’est utilisée que pour cacher cette colonisation d’un nouveau genre.

    • non, la Francafrique est ce qui peut se faire de pire… Les chinois, les russes, les américains sont là pour faire du pognon, gagner des marchés, de l’influence, c’est clair, net, et si la morale contemporaine n’aime pas, finalement « propre » (et les africains y gagnent aussi de l’argent et de l’influence). L’approche française se croyant morale tout en voulant quand même aussi de l’argent crée une tutelle morale, une mise en coupe réglée de l’esprit africain, de la politique, etc. Bref, la France s’y enrichit moins mais elle bloque et appauvrit l’Afrique, tout en se regorgeant de grands mots.

      Comme souvent le capitalisme « sans foi ni loi » et la recherche nue du profit sont in fine bien plus moraux, propices à la liberté et au choix de tous que la « charité », « l’aide », et tout ce qui fait appel à la morale, aux sentiments etc.

    • Avatar
      jacques lemiere
      3 août 2022 at 19 h 48 min

      certes ça peut être pire.. mais site lbéral !! souveraineté des peuples si un pays africain choisi » librement la chine ou la Russie à la France voire le communisme..
      ça le regarde..

      on ne fait pas le bonheur des peuples contre leur souveraineté..

      d’oùles discussions stériles sur la colonisation bonne ou mauvaise..

      un crime contre la souveraineté des peuples d’abord.. les effets positifs n’effacent pas le crime initial..d’ailleurs dans un autre registre..

  • Macron ne comprend pas l’Afrique… Ni la Russie, l’Ukraine, les USA et à vrai dire pas non plus la France. Rien de bien surprenant, il ne comprend que son « destin d’exception » et ne veut que son maintien au pouvoir qu’il exerce de façon jupitérienne (sans rien écouter, regarder d’autre que son nombril et ses pulsions).

    Par ailleurs, la géopolitique est comme la macro-économie une extension du communisme mental par d’autres moyens, l’incapacité de penser le monde autrement que par blocs en niant les individus. Et évidement notre Jupiter bien élu se vautre dedans, en y rajoutant de la repentance woke et du racisme maquillé en anti-racisme.

  • Les commentaires sont fermés.

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