L’indispensable recours aux investissements étrangers

La cinquième édition du Choose France s’est tenue, comme précédemment, au château de Versailles, le 11 juillet dernier, et elle a été un réel succès pour Emmanuel Macron.

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L’indispensable recours aux investissements étrangers

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 18 juillet 2022
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Depuis son arrivée au pouvoir notre Président s’est vivement employé à rendre la France plus attractive aux investissements étrangers, tout spécialement dans le domaine de l’industrie. Cette dernière édition a été couronnée par l’annonce de 6,7 milliards d’euros d’investissements étrangers nouveaux, dont une giga-usine de puces et semi-conducteurs électroniques du groupe franco-italien STMicroeletronics associé à l’Américain Global Foundries, dans l’Isère, près de Grenoble.

Ce dernier Choose France a réuni quelque 180 patrons de grands groupes étrangers et le montant des investissements annoncés est supérieur aux annonces précédentes. Mais nous n’avons pas de cadre de référence pour déterminer comment ces montants se situent par rapport à nos besoins : est-ce dans la ligne de ce dont nous avons besoin ? Est-ce trop, ou est-ce insuffisant, et comment en juger ?

 

La réindustrialisation du pays

Il faut donc nous pencher sur le problème de la réindustrialisation du pays.

En effet, nos gouvernants ont pris conscience de la grave désindustrialisation de la France et de ses effets destructeurs sur notre économie. Il était temps.

Tous les clignotants de l’économie sont au rouge :

  • chômage important et irréductible depuis de très nombreuses années,
  • balance commerciale de plus en plus déficitaire,
  • dépenses sociales considérables et toujours croissantes pour pallier l’appauvrissement de la population,
  • dépenses publiques les plus importantes de tous les pays de l’ OCDE par rapport au PIB,
  • endettement du pays en constante augmentation.

 

Le gouvernement d’Emmanuel Macron a donc entrepris d’agir pour réindustrialiser le pays et a lancé, en octobre 2021, le Plan France 2030 pour lequel la puissance publique va consacrer 30 milliards d’euros. Il comporte une liste de réalisations nouvelles dont un certain nombre de réacteurs nucléaires de petite dimension.

 

Prendre la mesure exacte du problème à résoudre

Nous ne sommes plus à l’ère du Commissariat général au Plan de la période de l’immédiat après guerre. Il n’y a donc pas un plan quinquennal ou décennal en cours. Encore que l’on pourrait attendre légitimement de François Bayrou nommé Haut Commissaire au Plan en septembre 2020 des indications sur le rythme auquel il conviendrait de réindustrialiser le pays afin que notre économie se redresse au plus vite. Mais nous n’avons rien de son côté, bien qu’il ait à sa disposition le concours de France Stratégie.

En l’absence donc d’une programmation indicative précise qui émanerait des pouvoirs publics, on peut tenter de situer le problème en procédant à quelques chiffrages approximatifs, selon l’approche ci-après.

 

L’objectif à atteindre

La France est aujourd’hui le pays européen le plus désindustrialisé, la Grèce mise à part : la contribution du secteur industriel à la formation de notre PIB n’est plus que de 10 %, alors que dans des pays prospères comme l’Allemagne ou la Suisse ce pourcentage est de l’ordre de 23 % ou 24 %.

Par des calculs d’économétrie très simples, on peut chiffrer à 18 % le taux d’industrialisation nécessaire statistiquement pour que la balance du commerce extérieur d’un pays soit à l’équilibre. Nous retiendrons donc ce taux comme l’objectif à atteindre dans les prochaines années. La moyenne des pays européens étant à 15,9 %, l’objectif de 18 % est bien celui qu’il convient de retenir pour retrouver une situation équilibrée.

 

Les emplois industriels à créer

À la fin des Trente glorieuses les effectifs industriels dans le pays s’élevaient à 6,5 millions de personnes. Ils ne sont plus aujourd’hui que de 2,7 millions, alors que l’Allemagne, par exemple, en est à près de 7 millions. Avec les ratios issus des statistiques existantes on peut évaluer à 4,5 millions les effectifs d’un secteur industriel se situant à 18 % du PIB, dans notre pays, ce qui signifie qu’il faudrait créer environ 1,8 million d’emplois nouveaux dans le secteur industriel.

Mais avec les progrès de productivité considérables amenés dans l’industrie par la numérisation et l’intelligence artificielle, ce chiffre doit être fortement corrigé : il doit être ramené à un million de personnes, tout au plus. Cela signifierait qu’avec un taux d’industrialisation de 18 % la France aurait demain un effectif de 3,7 millions personnes travaillant dans l’industrie, chiffre à comparer à l’Allemagne qui dispose aujourd’hui d’un effectif de 7 millions de travailleurs dans l’industrie pour un taux d’industrialisation de 23 % ou 24 %.

 

Le rythme de réindustrialisation du pays

Le rétablissement des grands équilibres de notre économie est urgent, et il dépend, fondamentalement, du redressement de notre secteur industriel : il serait donc souhaitable que l’objectif de 18 % envisagé plus haut puisse être atteint dans un délai de 10 ans, ce qui impliquerait un rythme de création de 100 000 emplois industriels par an. Par rapport aux 2,7 millions d’emplois existant on en serait donc à une croissance de 3,7 % par an du secteur industriel, ce qui est un rythme ambitieux mais soutenable.

 

Les investissements à réaliser

L’intensité capitalistique dans l’industrie s’est considérablement élevée ces dernières années, et il n’est plus possible de raisonner avec les ratios anciens car avec la numérisation nous sommes parvenus à une nouvelle révolution industrielle.

Par exemple, Elon Musk a décidé tout récemment d’implanter l’usine de production de véhicules Tesla en Allemagne, à Grünheide dans le Brandebourg, soit un investissement de 5,8 milliards d’euros. Lorsque cette mega-factory tournera à plein, l’effectif annoncé pour ce projet est de 12 000 salariés, soit un coût d’investissement de 480 000 euros par personne. Comme on le sait, les usines de production de véhicules sont aujourd’hui extrêmement robotisées, et l’on pourrait donc retenir un chiffre sensiblement moindre, par exemple en moyenne 350 000 euros par emploi, comme ratio d’intensité capitalistique dans des usines modernes.

Ainsi, pour une réindustrialisation s’effectuant au rythme de 100 000 emplois par an on aboutit à des montants d’investissements de l’ordre de 35 milliards d’euros par an.

Au total, le coût en investissement de la réindustrialisation de la France s’élèverait à 350 milliards d’euros. Bien évidemment les entreprises françaises n’y suffiront pas et un apport massif d’investissements étrangers sera nécessaire, ce que les économistes nomment des IDE (investissements directs étrangers).

 

Le stock des investissements français à l’étranger

On peut comparer utilement ce montant de 350 milliards d’euros nécessaires pour réindustrialiser la France à ses stocks d’investissements à l’étranger : en 2020, 565 milliards dans l’industrie selon les derniers chiffrages de la Banque de France. On retrouve bien là les investissements industriels qui ne se sont pas réalisés en France, et qui expliquent la désindustrialisation du pays. Les industriels sont allés investir ailleurs à cause des conditions qui étaient celles du pays.

 

Le recours aux investissements étrangers

Le flux des investissements étrangers en France est en moyenne de l’ordre d’une trentaine de milliards d’euros par an, dont un tiers destiné à des projets industriels, soit 10 milliards par an pour l’industrie.

Pour ce qui est de l’Union européenne, la CNUCED indique qu’il s’agit chaque année d’un flux de l’ordre de 150 à 160 milliards d’euros. Si l’on applique le ratio français, pour la part de l’industrie dans ces flux, on aboutit chaque année au chiffre de 50 milliards d’euros pour ce qui est des IDE destinés au secteur industriel.

Les 10 milliards d’euros d’IDE dont bénéficie chaque année l’industrie française sont nettement insuffisants. Il faudrait que notre pays puisse capter une plus grande part des montants qui se dirigent vers l’Europe : on pourrait retenir comme objectif 15 milliards d’euros, soit 50 % de mieux que ce qui se fait aujourd’hui. Les investissements étrangers interviendraient ainsi pour environ 40 % dans la reconstruction de notre secteur industriel. Et il faudra donc prendre des mesures particulières pour obtenir ce résultat.

On voit ainsi comment se situent les 6,5 milliards d’investissements étrangers annoncés triomphalement à l’issue du dernier Choose France : un bon résultat, notamment au plan stratégique avec l’usine de composants électroniques, mais encore un chiffre loin des besoins qui sont les nôtres pour réussir dans des délais raisonnables la reindustrialisation de notre pays.

 

Les difficultés à surmonter

Le plan de réindustrialisation du pays esquissé à grands traits supposerait que les investissements à réaliser se ventilent de la façon suivante, en moyenne, chaque année :

  • Entreprises françaises……  20 milliards d’euros
  • Entreprises étrangères…..  15 milliards d’euros

 

Le taux de pénétration étrangère dans le nouveau tissu industriel français serait donc de 40 %, un montant très élevé.

Cela supposerait qu’au niveau européen, dans le domaine industriel, la France soit en mesure de  capter 30 % des IDE chaque année. Pour y parvenir il faudra encore accroître davantage l’attractivité du pays et surtout mettre des terrains à la disposition des industriels. La politique des Sites industriels clés en mains, un dispositif qui a été lancé en janvier 2020, va dans le bon sens et il conviendra de la renforcer.

Dans son livre, La désindustrialisation de la France qui vient de faire paraitre, Nicolas Dufourq, le directeur de la BPI, écrit :

Mais il reste beaucoup à faire pour  réduire le coût de notre État providence, fluidifier le marché du travail, reconstruire des filières d’enseignement d’excellence, changer la culture des services déconcentrés de l’ Etat, ralentir l’inflation réglementaire, accélérer les décisions sur les infrastructures industrielles, déployer les méthodes de production les plus modernes dans les PME, et moderniser les relations sociales.

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  • Soyons réaliste, réindustrialiser notre pays suppose en plus des investissements (que l’on sous entend d’équipement) des changements inimaginables : exploiter nos ressources minières, accepter des formations dites « manuelles » (qui ont été dévalorisées) avec les métiers qui vont bien. Mais aussi accepter de « travailler en usine », donc ne pas vouloir « se planquer » dans une administration….. Et surtout assouplir les règles du travail et fiscales. Oui, je sais je suis un vieux nanard réactionnaire et ça ne plaira pas aux étatistes de tout poil.
    Une observation des pays les plus riches, nous montre que ce sont ceux qui travaillent le plus qui sont les plus riches… L’équation partage du travail ne peut qu’appauvrir. Le social ne peut se faire qu’à la marge. Comme dirait quelqu’un si on ne change pas « ce pays est foutu ».
    Et là je me dis que j’enfonce une porte ouverte… mais y a t’il une porte ?

    • 100% d’accord avec vous.

    • Je dirais même 200% d’accord. En france il y a plein de chômeurs sans qualification et devinez le type de jobs qui ne trouvent pas de candidats ? Serveur et plongeur dans la restauration, emploi ménager dans l’hôtellerie, manutentionnaire dans le bâtiment, cueilleurs saisonnier chez les paysans, … Bref que des emplois ou les étrangers non qualifiés et n’ayant pas droit aux RSA+aides-divers trouvent immédiatement à travailler.

  • je suis très dubitatif sur la réussite d’une filière micro processeur , alors que l’avance technologique des taiwanais dans ce domaine est énorme, même les chinois ne s’y risquent pas
    cela a fichtrement l’air d’un plan calcul…

  • autre petite anomalie
    il y a sur les comptes épargnes 500 milliards qui dorment(une conséquence du covid, les électeurs de Jupiter ayant « travaillé » depuis leur seconde résidence, il serait intéressant d’ailleurs de savoir qui ont été les heureux bénéficiaires)
    et on ne voit pas par quelle magie, ce pactole pourrait s’investir dans des projets made in France?
    Et avec le zéro carbone, zéro intrants zéro pesticide, zéro avion, zéro…je ne vois aucun avenir industriel à ce pays

    • Pas besoin de miracle, la simple défiscalisation suffirait. Il n’est même pas sûr que les parlementaires s’y opposeraient. Mais bien sûr, du coup, les grands raouts avec Président et Ministres deviendraient inutiles, ce qui explique qu’on ne le fasse pas.

      • Pour rendre le pays plus attractif, la baisse des impôts et taxes ne suffit pas, il faut aussi y inclure les normes et la bureaucratie qui bloquent, retardent ou font tomber à l eau de nombreux projets.
        Il serait nécessaire qu un changement de paradigme s installe chez nos franchouillards et la c est pas gagné car la mentalité du pays portée par une vieille culture catho marxiste cultive la haine de l argent et du profit….
        C est un peu plus compliqué que le yakafokon si cher aux populistes qui se perdent dans les raouts…….😁😁😁

  • Ce qui me turlupine c’est « le Plan France 2030 pour lequel la puissance publique va consacrer 30 milliards d’euros ».
    Parce que dans le passé le contribuable français a été régulièrement sollicité pour offrir d’immenses pots de miel pour attirer des industriels étrangers sous prétexte de créer des emplois mais qui sont retournés chez eux après avoir tout baffré.
    J’espère que cette fois ces milliards viendront de la réduction des impôts et contraintes les plus toxiques qui sont la cause première de l’effondrement industriel.
    L’industrie n’a pas besoin de nounous, elle a besoin de liberté, de saine concurrence et d’un stock de personnel sachant lire, écrire, compter et raisonner (d’écoles à nouveau libres d’instruire).
    Que l’État se contente de laisser vivre les talents au lieu de les brider et tout s’arrangera.

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