La mort annoncée de Julian Assange

L’extradition de Julian Assange par l’Angleterre vers les États-Unis marque un nouveau recul de la protection des lanceurs d’alerte.

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Free Assange BY Antonio Marin Segovia(CC BY-NC-ND 2.0)

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La mort annoncée de Julian Assange

Publié le 22 avril 2022
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D’abord, rappelons-nous. Onze ans après les révélations WikiLeaks, Julian Assange finit par être interpellé à l’ambassade d’Équateur à Londres. Il est immédiatement livré à la justice britannique et placé en détention provisoire. Les États-Unis réclament alors son extradition.

Le lanceur d’alerte avait de sérieux espoirs d’y échapper pour trois raisons :

  • Un état de santé préoccupant,
  • La liberté d’expression et le droit à l’information dont son alerte est le symbole,
  • Et la jurisprudence Snowden.

 

Ce n’est en effet qu’à la faveur de fragilités psychiatriques que le refus d’extradition a d’abord été accordé, le magistrat appréciant un risque de suicide élevé, plutôt que les arguments sans cesse invoqués par le lanceur d’alerte comme la liberté d’expression ou le droit à l’information issus de ses leaks.

Il est en effet malheureux que le refus d’extradition d’un lanceur d’alerte, ayant permis par exemple de révéler des crimes de guerre au Moyen-Orient, se fonde essentiellement sur un état mental fragilisé, plutôt que sur des droits aussi fondamentaux.

Le cas de d’Edward Snowden mérite aussi d’être rappelé, tant il témoigne de la différence de traitement avec Julian Assange.

Tous deux font l’objet de poursuites de la part des autorités américaines pour avoir divulgué des informations confidentielles. Tous deux se sont réfugiés dans un État différent de celui dont ils sont ressortissants. Tous deux font l’objet d’une demande d’extradition des États-Unis.

À la différence que la Russie a d’abord accueilli Snowden, refusé de l’extrader, sans jamais le placer en détention. Il a même successivement obtenu l’asile temporaire, un permis de séjour, et peut aujourd’hui librement se déplacer sur ce territoire ; aussi restreint soit-il depuis la guerre en Ukraine née entretemps.

« Des garanties suffisantes » ou un procès Kafkaïen à venir pour Julian Assange

En dépit de ses espoirs légitimes du lanceur d’alerte, en décembre 2021, l’appel devant la justice britannique fait droit à la demande des États-Unis, estimant que des garanties suffisantes avaient été fournies quant au traitement réservé à Julian Assange.

Ces garanties suffisantes sont donc à ce jour les suivantes :

  • Rien de moins qu’une prévention maximale de 175 ans de prison.
  • Rien de moins qu’un ancien Président (Donald Trump) qui a promis d’en faire « un exemple » pour tous les journalistes d’investigation.
  • Rien de moins qu’une incarcération promise dans une prison de « très haute sécurité », en l’occurrence l’ADX dans le Colorado, aux côtés de membres d’Al-Qaida.
  • Et une incarcération d’autant plus exceptionnelle qu’elle sera en isolement total.

 

Preuve supplémentaire de cette décision politique, la Suprem Court britannique refuse d’examiner le recours du lanceur d’alerte au prétexte qu’il ne soulèverait pas de question juridique particulière.

L’extradition vers les États-Unis ainsi ordonnée le 20 avril 2022 est donc définitive. Très concrètement, cela signifie que Julian Assange dépend maintenant de l’ordonnance d’extradition du ministre de l’Intérieur britannique. Une fois signée, il quittera le pays sous 28 jours.

Un départ donc sous forme de sentence, ici synonyme de condamnation à mort, preuve supplémentaire de l’allégeance de Londres à la puissance américaine, et signal fort du peu de cas que fait la Couronne à la cause des lanceurs d’alerte.

Voir les commentaires (11)

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  • Avatar
    jacques lemiere
    22 avril 2022 at 7 h 36 min

    Je pense quant à moi ‘un lanceur d’alerte DOIT accepter le procès public …
    En premier lieu car un lanceur d’alerte fait un choix.. et un jugement .. ce qu’il dénonce est pire que le crime qu’il commet pour le faire…
    Par ailleurs, Assange a fait une erreur ..il n’est pas lanceur d’alerte il est lanceur de » tout »…et démerdez vous pour trouver la dedans des alertes.

    Pour finir, il n’y a pas lieu dans un pays libre de créer des statuts « journalistes ou lanceurs d’alerte avec des droits supplémentaire au citoyen de base… le risque étant d’aulleurs que des pays jugent qu’il faille pour des raisons diverses et variées que le GOUVERNEMENT soit juge de qui est journaliste ou lanceur d’alerte!! façon Trudeau..

    Le problème serait que Assange soit condamné à une peine « excessive »..eh oui… il faut « juger » trancher..

    mais tant que la vie privée, la propriété privée, le principe de contrat existe (et donc une promesse de non divulgation), mais aussi le concept de secret d’état, alors;.. il faut RISQUER la prison..pour passer outre..

    sinon….adieu le droit à faire ce qu’on veut pour tout le monde.

    et l son procès peut conduire à sa victoire éclatante!!!!relaxe et statut de héro.. Pour assange je doute..

    sinon quoi j’acoute toutes vos conversations et je divulge tout si vous avouez un crime dérisoire…

    NON..le public doit juger trancher..certes, il faut supposer que le système judicaire fonctionne bien. et soit démocratique dans le bon sens du terme.

  • Tout ceci montre une fois de plus à quel point L’Europe a choisi délibérément de ramper aux pieds des Etats Unis d’Amérique. Et quand je dis Europe, j’inclus ici le Royaume Uni, n’en déplaise à nos amis Britanniques. Après, on a des élections en ce moment en France, avec des candidats qui glosent fièrement sur la souveraineté nationale. Ca me fait bien rigoler.

  • Il est en effet tentant de comparer les cas Assange et Snowden mais ils présentent une différence majeure.
    Le premier a intercepté des communications confidentielles, le deuxième a au contraire dénoncé l’interception massive par la NSA des communications privées.
    Dans les deux cas la recherche d’une vengeance d’état est une réponse inappropriée à la situation. On aurait mieux fait d’apprendre aux diplomates à chiffrer leur correspondance, en exploitant par exemple l’expertise avérée d’Assange.

  • Comme l’auteur le précise la Grande Bretagne, l’Australie, la Nouvelle Zélande, le Canada sont devenus des pays sous dominations des Etats Unis d’Amérique. Les faits ont plus de dix ans quels sont les véritables motivations d’un tels acharnement de la part des USA, ASSANGE aurait il oublié de communiqué certaines informations sur ses relation avec les services de sécurités du pays

  • Qui peut croire que le Brexit, l’affaire des sous-marins nucléaires australiens et les bases qui vont avec, du projet Aukus de missiles Hypersoniques et l’avenir de cette Assinge dont on n’a rien a faire, sont le resultat du Hasard !?
    Les USA viennent de bouleverser totalement les equilibres miliatires dans lesquels ils sont engagés. L’OTAN est devennu un outils marginal pour creer la guerre en Europe et tenter de detruire l’economie Russe et UE. Pour L’UE c’est trés bien parti.

  • Qui peut croire que le Brexit, l’affaire des sous-marins nucléaires australiens et les bases qui vont avec, du projet Aukus de missiles Hypersoniques et l’avenir de cette Assange dont on n’a rien a faire, sont le résultat du Hasard !?
    Les USA viennent de bouleverser totalement les équilibres militaires dans lesquels ils sont engagés. L’OTAN est devenu un outil marginal pour créer la guerre en Europe et tenter de détruire l’économie Russe et UE. Pour L’UE c’est très bien parti.

    • Qui peut croire que sans le Brexit l’association de la Grande Bretagne au pacte militaire AUKUS pour des missiles hypersoniques eut été possible . Il y faut une méconnaissance des relations militaires internationale quasi totale. C’est incompatible vec les projets, qui n’aboutiront jamais de defense Européenne. Je serais hors sujet ? Les révélations de Assange visait a detruire les équilibres mondiaux de son époque.
      Cela n’aurait rien a voir avec l’économie ? Force est de constater que les problèmes économiques qui s’avancent en Europe provienne plus de la politique militaire de L’OTAN que du COVID !

  • Quelle honte… On se demande où sont les salauds, en cette période électorale où chacun s’érige à peu de frais en défenseur de la liberté et de la démocratie.

  • Vu l’état du monde Anglo Saxon… Et donc il a révélé des trucs incroyables ? Pas vu le résultat, ces gens sont intouchables, on ne peut plus rien y faire sauf les détruire une fois pour toute…. Et c’est impossible ils ont corrompu le monde entier à part quelques gaulois aux yeux bridés et ce n’est pas sûr… Ils s’en foutent, reste….. Avec quelques bombinettes…… L’ours a de bonnes griffes.

  • Hélas, pour se mettre à l’abri des Etats-Unis, je ne crois pas que la Grande Bretagne ait été un bon choix!

  • Hasard du calendrier ou pas, Thierry Breton vient d’annoncer la mise en place du Digital Services Act (dont Ursula s’est aussitôt félicité).
    L’époque n’est plus vraiment à la liberté d’expression…

  • Les commentaires sont fermés.

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