Liberté d’expression : les milliardaires devraient diriger Internet

Ou du moins, c’est préférable à ce que le gouvernement le fasse.

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Screenshot 2022-04-15 at 14-38-48 Elon Musk talks about his Twitter use on 60 Minutes in 2018 - YouTube

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Liberté d’expression : les milliardaires devraient diriger Internet

Publié le 19 avril 2022
- A +

Par Matt Hampton.
Un article de la Foundation for Economic Education

 

Elon Musk, PDG de Tesla, est devenu lundi le premier actionnaire de Twitter après avoir acheté 9,2 % de ses actions. L’annonce par Musk qu’il apporterait de grands changements a suscité des spéculations quant à son intention de développer la liberté d’expression sur la plateforme, puisqu’il a critiqué les politiques de Twitter à cet égard.

Cependant, il a accepté de siéger au conseil d’administration de Twitter le lendemain, et selon Reuters, les membres du conseil n’ont pas leur mot à dire sur les politiques de modération du contenu de Twitter. Le fondateur de PayPal ne pourra pas non plus posséder plus de 14,9 % des actions de Twitter tant qu’il siégera au conseil d’administration, ce qui signifie qu’il ne pourra pas acheter la société de médias sociaux avant l’expiration de son mandat en 2024.

On ne sait donc pas encore s’il limitera la censure de Twitter.

Quoi qu’il en soit, certains ont réagi à l’investissement de Musk sur une base partisane, s’inquiétant du fait que l’influence du milliardaire sur Twitter pourrait être dangereuse. Une analyse du Washington Post a affirmé (par le biais de vagues affirmations) que sa participation dans Twitter « pourrait être une mauvaise nouvelle pour la liberté d’expression ». Le commentateur politique et secrétaire d’État au travail de l’époque de Bill Clinton, Robert Reich, a tweeté : « Qu’est-ce qui pourrait mal se passer si un oligarque déterminait ce qui constitue la liberté d’expression ? » On peut se demander si Reich et le Post auraient exprimé les mêmes inquiétudes concernant les « oligarques » qui restreignent la liberté d’expression en ligne si un titan de la technologie partageant leurs convictions politiques avait acheté la participation.

En fait, ce sont les milliardaires qui devraient déterminer ce qui constitue la liberté d’expression, du moins sur les plateformes qu’ils financent et possèdent. Les entreprises de médias sociaux sont construites avec des capitaux privés, et si quelqu’un veut changer la façon dont ces plateformes sont gérées, il doit en prendre le contrôle par le biais du marché libre.

Ce n’est pas facile à faire, et le changement ne se produit pas toujours parfaitement ou rapidement, mais il est préférable que ce pouvoir soit réparti entre de riches entrepreneurs parce qu’ils sont en concurrence les uns avec les autres, et cela évite que le pouvoir soit concentré dans l’État, le monopole le plus important et le moins responsable. (Pour citer Musk, « le gouvernement est simplement la plus grande entreprise, avec un monopole sur la violence et où vous n’avez aucun recours »).

La raison pour laquelle le secteur privé est préférable au gouvernement dans ce cas est qu’il est davantage incité à faire ce que les consommateurs veulent.

Comme l’a dit le célèbre économiste Ludwig von Mises dans Economic Policy : Thoughts for Today and Tomorrow, un homme d’affaires « ne règne pas sur un territoire conquis, indépendant du marché, indépendant de ses clients. […] Ce ‘roi’ doit rester dans les bonnes grâces de ses sujets, les consommateurs ; il perd son ‘royaume’ dès qu’il n’est plus en mesure de donner à ses clients un meilleur service et de le fournir à moindre coût que d’autres avec lesquels il doit entrer en concurrence. »

Les politiciens, quant à eux, répondent au public par le biais d’élections qui peuvent se dérouler dans plusieurs années, au cours desquelles les candidats font notoirement des promesses qu’ils ne pourront ou ne voudront pas tenir, et au cours desquelles les électeurs peuvent ou non être incités à comprendre les nombreuses politiques en jeu. Les bureaucrates sont encore moins responsables, nombre d’entre eux restant en poste pendant des décennies et n’ayant jamais à faire face aux électeurs.

Les personnes qui plaident pour une réglementation gouvernementale des médias sociaux (qu’elles pensent qu’elle censure trop ou pas assez) peuvent répondre : « Vous ne devriez pas avoir besoin d’être l’homme le plus riche du monde pour influencer les politiques des réseaux sociaux. »

Mais cela se résume à une condamnation du fait qu’il existe des postes de pouvoir élevés au sommet des entreprises de médias sociaux. Cependant, on ne voit pas bien ce qui rendrait ce pouvoir plus accessible, tant que ces plateformes existent. Supposer que le peuple serait essentiellement aux commandes dans la mesure où le gouvernement contrôle les entreprises de médias sociaux revient à ignorer les faits de l‘économie du choix public : les politiciens et les bureaucrates agissent dans leur propre intérêt, qui n’est pas nécessairement aligné sur celui de leurs citoyens. Rendre les entreprises responsables devant le gouvernement les rend en fait moins responsables devant les gens ordinaires, car cela les oblige à suivre les mandats du gouvernement plutôt que la volonté des consommateurs.

Il est plutôt contradictoire d’argumenter contre la concentration du pouvoir si votre solution consiste à donner davantage de pouvoir au gouvernement. L’État qui réglemente le discours en ligne est plus dangereux qu’Elon Musk ou Mark Zuckerberg qui le contrôle, étant donné que l’État est à l’origine d’une grande partie de la censure en ligne que nous observons aujourd’hui.

 

Traduction Justine Colinet pour Contrepoints

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  • Personne ne devrait diriger l’internet.
    Les subtiles nuances entre les paroles « désintéressées » d’un milliardaire ou d’un chef de la propagande ne visent qu’à vous faire oublier la phrase précédente. Tant de naïveté me consterne.

    -2
    • Personne ne devrait effectivement diriger internet, et c’est à peu près le « lieu » le plus libre au monde actuellement, en étant également je pense le seul qui se soit construit de manière aussi décentralisée, pair à pair, dans un mélange d’acteur privés (fondations, associations, entreprises diverses, particuliers technophiles) essentiellement régis par contrats et consensus.
      Dans un contexte donné tel que Twitter, la philosophie libérale nous dit tout de même clairement que le privé est moins dangereux que le public toute chose égale par ailleurs, la citation de Musk résumant assez bien l’argument central (l’entrepreneur est soumis au marché, l’Etat dispose de la violence et cherche à soumettre le marché, donc le consommateur et contribuable, pour ses desseins propres) que vous retrouvez longuement développé chez Bastiat et d’autres.
      Le contrôle par une personne d’un outil de communication n’est pas forcément la panacée, mais la personne en question et les pouvoirs dont elle dispose font une grande différence pour l’utilisateur final.

      • Twitter a ses suiveurs, la politique ses militants, les deux se confondant parfois. Dans une société hyper médiatique on sait la portée des influenceurs privés ou publics dont la finalité première n’est pas de satisfaire des « consommateurs » au sens économique. Le privé ou le public peut être nuisible ! L’Etat doit se contenter d’assurer notre sécurité, la justice et la pluralité politique au travers d’institutions, c’est son rôle protecteur des droits humains, au delà il peut devenir nuisible (souvent avec la complaisance du privé d’ailleurs).
        On ne peut pas opposer public et privé systématiquement ils sont complémentaires et interdépendants.

      • A propos de Musk, j’aimerais un article analysant ce qu’il a fait exactement avec le bitcoin en 2021.

  • Vous voulez dire comme ces milliardaires en France qui dirigent les médias?
    Pas étonnant que le libéralisme n’attire pas. Certains sont aussi bercés d’idéologie que nos adversaires. Un peu de modération dans nos propos pourrait nous faire le plus grand bien.

    • Mais à qui donc voudriez-vous tous que les médias ou internet appartiennent ?
      Au peuple ? A l’Etat ? Que cela soit des biens communs ?
      Un peu de sérieux.

      • Si il fallait être désirables et chercher à ce que le libéralisme attire nous serions socialistes et nous pourrions accabler les riches qui font avec leur propriété des trucs qui vous dépasse visiblement.

        • Le libéralisme est désirable dans le sens qu’il se base sur un principe très simple: arrêter d’emmerder les français.
          Donc oui, cela peut attirer, à condition de ne pas tomber nous-même dans le panneaux purement économique. Le libéralisme concerne tous les pans de la société. Je trouve donc dommage que l’on trouve des articles comme cela, aussi démago que « faisant payer les milliardaires ».

          Les gens ne sont pas aussi manichéens.

      • Mon propos était de dire que ce n’est pas parce que les médias (internet ou maintream) appartiennent aux milliardaires que cela va obligatoirement être meilleur pour être plus libre ou fiable.
        Cela est bien entendu parfaitement faux, comme on peut le voir avec les médias tenus par quelques milliardaires en France. Ce n’est ni bien, ni mal. C’est juste un constat.

        Le grand bien d’internet est qu’il appartient logiquement à tout le monde. Vous pouvez créer un site à votre image et voir si les gens adhèrent ou pas. Donc il peut appartenir autant à de grosses multinationales qu’à des associations ou des États. Internet, c’est une planète. Et heureusement, elle nous appartient à tous.

  • Un article démagogique et totalement hors des clous !

  • Les commentaires sont fermés.

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