Et si Macron n’était pas au second tour ?

La situation est critique pour la liberté, mais l’éventualité d’une absence de Macron au second tour pourrait aussi apparaître comme un coup de tonnerre au sein de tout le camp occidental.

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Et si Macron n’était pas au second tour ?

Publié le 7 avril 2022
- A +

46 %. C’est le pourcentage des intentions de vote pour le bloc protestataire qui fédère l’extrême droite et l’extrême gauche au premier tour de l’élection présidentielle, si on en croit une étude récente de la Fondation pour une innovation politique. Jean-Luc Mélenchon croit en sa bonne étoile, et se voit déjà au second tour. Récemment, ce sont des universitaires et des people qui ont déclaré leur flamme à notre Chavez national.

Du côté nationaliste, les sondages sont favorables à Marine Le Pen, dont la dynamique ascendante est en train de rattraper le président sortant.

Il y a encore quelques mois, la formation d’Emmanuel Macron était certaine de passer la barre du premier tour, mais depuis quelques semaines le vent tourne. Il est facile d’en trouver les raisons immédiates. Il y a bien sûr la guerre en Ukraine, qui fait passer la campagne présidentielle au second plan aux yeux de beaucoup de Français, toujours selon l’étude de la Fondation pour l’Innovation politique. Il y a aussi l’affaire McKinsey, qui est en train de faire tanguer l’exécutif, à l’heure où le Parquet national financier ouvre une enquête pour « blanchiment de fraude fiscale ».

Une campagne ratée

Mais surtout, l’entrée en campagne est totalement ratée : celui qu’on désignait en 2017 comme un expert de la communication accumule les bourdes et parle comme un gramophone du « vieux monde ». Emmanuel Macron, jouant la posture présidentielle jusqu’au bout, refuse le débat avec ses concurrents au point d’apparaître comme méprisant des formes élémentaires de la démocratie.

Le meeting des marcheurs du 25 mars dernier, sorte d’autocélébration du parti présidentiel avec son chef en guest star, a surtout provoqué le malaise des observateurs dont la lutte contre les extrêmes sentait le réchauffé. Tout au long de la semaine, le candidat président a multiplié les appels du pied à gauche, vantant tour à tour la « planification écologique » chère à Mélenchon, et citant l’extrême gauche (« Nos vies valent plus que leurs profits »), quitte à raconter n’importe quoi (« je suis contre la légitime défense »).

Peut-être s’agissait-il de rattraper tant bien que mal l’effet « McKinsey » sur sa comm’, l’associant définitivement sur sa gauche au monde du business et du néolibéralisme tant honnis.

Le macronisme qui s’est longtemps identifié au « parti de la compétence » par-delà la droite et la gauche, est menacé par un retour radicalisé au vieux clivage droite/gauche. La polarisation extrême du paysage politique a en quelque sorte marginalisé les modérés et laissé la place aux positions les plus caricaturales, la droite autoritaire, le centre autoritaire, la gauche autoritaire. Emmanuel Macron a voulu échapper au vieux monde, il est en train de se faire rattraper par le col.

Faire barrage à l’extrême droite

Du coup, il en est à griller ses dernières cartouches. L’argument suprême qui lui reste en stock est vieux comme le mitterrandisme : « faire barrage à l’extrême droite ». Comme ses prédécesseurs de droite comme de gauche, l’invocation rituelle de l’antifascisme permet de passer sous silence son bilan catastrophique comme de faire oublier le temps d’une élection sa propre responsabilité dans la montée des populismes. Reprenez pour 5 ans de lois sécuritaires, de mesures liberticides, de socialisme à tous les étages, ou vous aurez pire que moi. Et on refait la même chose en 2027 ? Le déclin des institutions continue, et son personnel est incapable de redresser la barre parce que son logiciel socialiste est périmé depuis 50 ans.

Seulement face au Titanic Macron, il y a l’iceberg national-populiste. Marine n’a pas changé sur le fond, malgré l’effet de déradicalisation poussée par la candidature Zemmour. Selon une étude de la fondation Jean-Jaurès, le tournant « social-populiste » amorcé durant les années 2000 est toujours d’actualité. Davantage de dépenses en faveur des services publics, taxation des « fortunes financières », pérennisation du modèle social expirant. En matière sécuritaire : rejet d’une immigration réduite à une menace, proposition de législation d’exception pour répondre au terrorisme et accent mis sur l’appareil policier. Tout cela est au menu du Rassemblement national, servi sur fond d’anti-élitisme et d’autoritarisme. On imagine que l’état de tension sociale qui existe aujourd’hui pourrait être portée à l’incandescence en cas de victoire d’une figure sulfureuse pour la majorité des Français malgré ses efforts de communication.

La situation est critique pour la liberté, mais l’éventualité d’une absence de Macron au second tour pourrait aussi apparaître comme un coup de tonnerre au sein de tout le camp occidental. Que ce soit Mélenchon ou Le Pen, les sympathies des populistes pour Poutine pourraient amorcer un changement de cap sur la crise ukrainienne. Le petit pays en guerre pourrait voir un de ses soutiens européens rejoindre le camp de la neutralité, au plus grand bénéfice du Kremlin. Il n’est pas certain que nos partenaires européens apprécient. Le populisme autoritaire se tient en embuscade, et Emmanuel Macron est bien mal parti pour le dégonfler.

 

 

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  • Bonjour, alors quel duel ? Pécresse / Le Pen ? mouais. Pécresse / Mélenchon ? encore mouais . Mieux : Mélenchon / Zemour ? alors là ça aurait de la « gueule » ? non ? Qui sait ? Dans tous les cas un tsunami.

  • En lisant le titre, j’ai bien ri.
    J’aime bien les articles de science-fiction ! 😀
    Votre analyse est pertinente, mais très franchement, le premier tour va être une distribution éparse de voix entre tous les opposants parce qu’aucun ne s’est détaché comme représentant vraiment l’opposition à Macron, pendant que le président-candidat aura le soutien de ses adorateurs, et que l’abstention risque d’être forte vu le nombre de gens qui ne croient plus à cette parodie de démocratie.
    Et pour le deuxième tour, Pécresse est déjà distancée, donc il reste Z, Mélenchon et Marine : parfait, uniquement des candidats ayant ouvertement soutenu la Russie depuis des années, il sera tellement facile d’appuyer là-dessus entre les deux tours pour dissuader les électeurs de les choisir. Imaginez le tableau lorsqu’il faudra appeler Poutine pour lui répéter que sa guerre est pas bien : ça n’est déjà pas très efficace quand c’est Macron, alors si ça vient d’une personne admiratrice de Poutine, ce serait ridicule.
    En plus, si Macron laisse sa place à un râleur, tata Ursula va faire en sorte de nous couper les subventions européennes, comme elle veut le faire avec la Hongrie.
    Ces élections sont du perdant-perdant pour le peuple français.

    • L’UE est en train de se suicider…ça tombe bien, les allemands ont prévu depuis plus de 10 ans de rapatrier tout leur or chez eux pour 2023…

    • Nous couper les subventions européennes ? Si on élimine l’hypothèse d’un frexit, que pourrait-il nous arriver de mieux ?

      • Après la politique du « quoi qu’il en coûte », on est endettés jusqu’à plus soif, et ce sont des pays comme l’Allemagne qui paient les factures : on n’est pas vraiment en position de force pour négocier un Frexit maintenant, à moins d’être prêts à subir un sacré changement dans nos habitudes. Mais vu que les habitudes vont de toute façon changer, c’est vrai que ce serait probablement le meilleur choix sur le long terme.

        • L’Allemagne ne paie pas nos factures ! Elle nous aide à « rouler la dette », c’est-à-dire rouler les Français en leur faisant croire que parce que personne ne la remboursera, personne ne paiera jamais. Se remettre en position de force, ça peut se faire en 5 ans, et les conditions n’ont jamais été aussi favorables, en particulier pour trouver des boucs émissaires et leur faire porter le chapeau idéologique du retour à la raison et de l’abandon des coûteuses fantaisies socialo-écolo-populistes. Pour la présidence, c’est foutu, mais un bon premier ministre et un bon ministre des finances pourraient très bien et très simplement y arriver, s’ils n’avaient pas d’électeurs à satisfaire mais simplement des citoyens qui jugeraient à posteriori aux résultats. Hélas, ça aussi c’est probablement tout aussi foutu…

      • A condition qu’en représailles on stoppe notre contribution au budget européen; soit un frexit de fait

    • Le peuple français est déjà perdant, ce serait dommage que Macron soit l’unique gagnant.
      Le fascisme est un socialisme totalitaire. Qui a mutilé et éborgné ces 5 dernières années ? Ne sont-ce pas les Macron-Jugend qui demandent un pass climatique des plus restrictifs ? Où est le fascisme aujourd’hui ?
      N’oublions pas que la RDA, état anti-fasciste auto-proclamé, était le seul pays européen à avoir un parti parfaitement et authentiquement national-socialiste !!! Le National-demokratische Partei Deutschlands (NDPD) a été fondé dans le but d’accueillir les anciens cadres du parti nazi (NSDAP), les anciens officiers de la Wehrmacht et certains prisonniers de guerre de retour en RDA. Il disposait de 52 députés, de sa propre maison d’édition, Die Nation, et même d’un journal éponyme, qui a paru sans discontinuer tous les deux mois. Au SED, le parti au pouvoir en RDA, les anciens cadres du NSDAP étaient également présents, en sorte que l’extrême droite n’a jamais cessé d’exister en RDA. Pas étonnant que ces régions donnent de tels scores à la fameuse AfD.
      https://laviedesidees.fr/La-nouvelle-extreme-droite-allemande.html

    • La France est le deuxième contributeur net de l’UE après l’Allemagne.
      Si Adolf Leyen veut couper, grand bien nous fasse ainsi qu’aux pays receveurs corrompus par cet argent.

    • 1/ Parce que vous croyez vraiment que l’électeur moyen en a quelque chose à faire de l’Ukraine ou de la Russie ? On va rapidement voir si celui-ci a envie de continuer à soutenir l’Ukraine pendant longtemps alors que son niveau de vie descend en flèche. La Russie joue la montre de l’opinion publique internationale. Tôt ou tard, les plaintes des ukrainiens seront aussi audibles que celles des palestiniens ou des tibétains.

      2/ L’UE sans la France, ça n’existe pas. La perte du RU a déjà été un énorme problème puisque c’était le triumvirat France-Allemagne-RU qui faisait tenir l’UE. Sans la France, l’UE politique mettra la clé sous la porte. Les autres grands pays (Italie et Espagne notamment) n’accepteront pas l’hégémonie allemande qui en résultera.

      3/ La différence entre la Hongrie et la France est que la Hongrie est assise par terre et tend la main alors que la France ouvre son porte-monnaie.

      Je ne sais pas ce que vous fumez dans votre arrière boutique mais ça a l’air puissant …

      • Oui mais malheureusement, on ne s’en rendra pas compte assez tôt. La censure et la propagande parviendront a masquer la réalité jusque au second tour. C’est trop tard.

  • Le résultat est le cadet de nos soucis, trouverons nous des pâtes demain et si oui, aurons nous assez d’argent ?
    J’espère que vous avez compris que quelquesoit le résultat c’est bruxelles qui décide ne notre politique « nationale »… Ainsi que nos créanciers…

  • « Au premier tour on choisit, au second tour on élimine »
    Pour le premier tour, à défaut de choisir faute de candidat libéral, on peut se contenter de contribuer à éliminer le parti LR trop proche de Macron ainsi que le parti RN trop proche de Mélenchon.

  • Les rêve que Macron ne soit pas au second tour ! Un duel entre Le Pen / Mélenchon ou Zemmour / Mélenchon !
    Juste pour voir la tête des macronistes, des journalistes et autres progressistes ! 😀

  • Je précise avant tout que je n’ ai lu aucun des programmes des candidats. La politique ne devrait pas être vendue comme un truc  » sexy ». Bien au contraire, c’ est une activité qui devrait faire preuve de la plus rigoureuse des austérités, si j’ en crois ce que les libéraux en attendent: du régalien, juste du régalien, rien que du régalien. En fait, c’ est assez sexy 🙂
    Bref. J’ ai fait le tour, et je n’ ai trouvé qu’ un seul candidat qui m’ apparait à la fois pas moins clown que les autres, mais qui l’ assume, qui aime assurément les gens, et qui sera j’ en suis certain le moins nocif au pouvoir ( j’ ai dit le moins).

  • La « grande force » de MLP est qu’elle ne sera jamais en position de gouverner. Elle occupera la place et ne pourra rien faire puisque jamais elle ne pourra obtenir une majorité.

    Mieux, elle pourrait faire passer l’Assemblée Nationale à la proportionnelle totale. Puis, ensuite, s’amuser à la dissoudre tous les dix-huit mois. Le pays sera ingouvernable et c’est une très bonne chose.

    Un pays ingouvernable, c’est bien mieux pour les libéraux que nous sommes qu’un pays gouverné par un ennemi des libertés individuelles les plus fondamentales comme le saltimbanque qui nous sert actuellement de chef d’État. Donc, personnellement, ça sera MLP au premier et deuxième tour sans vergogne : mieux vaut la Belgique que la Chine.

    • Je crains que malheureusement, si nos politiques ne gouvernent plus du tout, notre très chère administration gouverne toute seule en roue libre……pas sur que ce soit plus libéral. Mais on s’approchera peut être plus vite de la mort de la bête

      • Malheureusement, je crains que vous ayez tord. Ils gouvernent encore, vu toutes les bétises qui ont été faites…

    • La différence entre la France et la Chine ? L’un gouverne pour son peuple, l’autre pour ses copains… Devinez qui est qui 😉

      • En effet, mais les Français ne connaissent de la Chine que les apparences que leur montre la presse. Pour résumer, les Chinois n’ont pas le droit de manifester et les amis du pouvoir ne sont pas malheureux, mais leurs dirigeants ont compris depuis 89 qu’en échange, il fallait donner au peuple le droit de s’enrichir. Et la génération qui a connu l’avant 89 est toujours suffisamment là pour expliquer aux jeunes comment c’était alors. Du coup, là-bas, ils ont compris que les smartphones et les oeufs en chocolat ne tombent pas du ciel simplement parce qu’on geint qu’on en a envie.

    • Comment pourrait-elle faire voter une proportionnelle intégrale si elle n’a aucune majorité?

      • Si l’opposition refuse, cela confirmera qu’ils sont tous des pourris 🙂

      • Menace de dissoudre l’assemblée tous les six mois si le premier ministre ou le congrès ne contresignent pas sa proposition de référendum ou n’adoptent pas la loi organique.

        Globalement, le peuple est demandeur d’une proportionnelle totale. S’y opposer frontalement, c’est un suicide politique.

  • J’ai , enfin reçu les publicités des différents candidats , c’est formidables comme ils nous aiment tous; A les lire et décortiquer,je me rends compte qu’ils promettent tous a peu près la même chose, hormis les clowns « bouffons du roi »comme poutou,arthaud qui eux , font bien rigoler,tous promettent le meilleurs mais aucun , absolument aucun ne pose la question de la dette, autrement dit tous nous prennent pour des irresponsables incapable de compter; Or , cette dette est bien la seule clef de cette élection; Conséquence , inutile d’aller voter , de dépenser du gas oil pour participer a cette mascarade.

  • Et si…. mais je reconnais que ce serait très intéressant et obligerait le personnel politique à se remettre en cause. Sans compter le plaisir de voir ses très dévoués compagnons bienpensants dédaigneux saint simoniens se rouler par terre de désespoir.

  • Avatar
    jacques lemiere
    9 avril 2022 at 8 h 49 min

    je pense être un libéral démocrate…
    donc marine le pen au pouvoir peut me désespérer mais, pourrait on dire, je me battrais pour qu’lle soit élue..si c’est l’opinion de la majorité… quitte à quitter le pays ou faire profil bas.. ..seule solution de la personne attachée à la liberté dans une société qui majoritairement la rejette.

    il ya une chose que rejette plus que le pen présidente c’est un pays ou le pen ne serait pas présidente si elle était majoritaire..un pays qui ajouterait des règles ad hoc pour empêcher les méchants d’arriver au pouvoir…

    mon dieu les500 signatures!!!!

    Mon problème est la latitude d’action du président…sa capacité institutionnelle à declarer la crise et la suspension de libertés. son droit à spolier…

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