Présidentielle 2022 : Macron est-il trop bon pour la démocratie ?

Emmanuel Macron fait campagne sans être candidat, et rechigne à prendre part aux débats du premier tour. Son excellence serait-il au-dessus du débat démocratique ?

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Crédits : Jason train-crown, CC BY 2.0

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Présidentielle 2022 : Macron est-il trop bon pour la démocratie ?

Publié le 3 février 2022
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Emmanuel Macron est entré en campagne sous la casquette du chef de guerre (contre le covid), mais rechigne à participer aux règles les plus élémentaires du débat démocratique à la veille de l’élection présidentielle. Aurait-il peur de s’abaisser à l’exercice, après l’avoir confisqué pendant deux ans au nom de la crise sanitaire ?

L’excellent Coriolan

Coriolan n’est sans doute pas la pièce de Shakespeare la plus connue, mais c’est, avec Jules César et Le roi Lear, l’une des plus politiques. Elle met en scène l’une des figures légendaires de l’Antiquité romaine, Caius Martius, fier représentant de l’aristocratie, qui après avoir vaincu courageusement les ennemis de Rome, échoue à devenir consul car incapable de s’adresser au petit peuple.

Coriolan est certain de sa valeur, qu’il a prouvée sur le champ de bataille en écrasant les Volsques. Mais la politique démocratique lui demande de quémander le suffrage de personnes qu’il juge indignes de son excellent pedigree. Il finit par se faire évincer par des tribuns de la plèbe plus roués que lui, provoquant sa colère et son retournement final en faveur des Volsques.

À Rome, il y a donc deux partis, l’un aristocratique, l’autre populaire, l’un conscient de sa vertu et de ses compétences, l’autre soucieux de survivre et de ne pas être oppressé1. C’est de l’équilibre entre les deux partis, et même, selon Machiavel, de sa tension, que la liberté est née en Occident2.

Le très moyen Emmanuel Macron

Après ce détour par la tragédie shakespearienne, revenons à la farce macronienne. Notre « chef de guerre » s’en retourne après deux ans de campagne contre le virus, mais sa victoire est moins assurée une fois écartée le tintamarre médiatique qui chante les louanges de la réussite de sa campagne vaccinale.

Briguant lui aussi la magistrature suprême, il rechigne à son tour à participer à une campagne démocratique jugée un brin rustique, qui, aux dires de ses soutiens, abaisse sa fonction tout en insultant sa vertu. Gabriel Attal se dit « sceptique » quant à la participation de son champion aux débats du premier tour de la présidentielle. Gaspard Gantzer déclare doctement que l’excellent homme, auréolé de sa fonction présidentielle comme de celle de l’Union européenne, n’y est pas obligé et qu’il pourrait bien s’en passer.

Quémander le suffrage en acceptant de passer à la question sur son bilan devant la multitude apparaît donc pour certains comme déplacé, voire légèrement loufoque. La fonction placerait son excellence au-dessus du débat public, c’est-à-dire des règles élémentaires et des conventions ordinaires de la démocratie elle-même.

Après tout, en dehors de ses pairs technocrates, qui au sein de la Cité a les compétences pour juger d’une politique sanitaire délibérément conduite en régime d’exception et sous le sceau du secret ? Allons un peu plus loin : pourquoi s’embarrasser d’un premier tour, pourquoi ne pas catapulter le Coriolan touquettois directement au second, s’appuyant sur des sondages unanimes qui en font le vainqueur par avance de la bataille pour l’Élysée ?

Face au pas vraiment candidat mais président jupitérien, la plèbe n’a pourtant pas l’air pressée de lui faire payer ses atteintes répétées aux libertés civiques. La résignation et l’apathie dominent, à moins que certains leaders populistes, à l’image des tribuns de la plèbe de la pièce de Shakespeare, ne viennent troubler la réélection royale d’Emmanuel Macron.

Seulement, dans la farce macronienne, la tension entre plébéiens et patriciens n’aboutit pas à davantage de libertés, mais à toujours plus de dirigisme, de socialisme et d’idéologie sécuritaire. C’est sans doute qu’au-delà des candidatures et des programmes, c’est la mécanique républicaine elle-même qui est grippée, enlisée dans des décennies de socialisme qui ont pétrifié le pays. Tant que la question des institutions de la liberté ne seront pas abordées pour réformer la France, les élections seront du temps perdu.

Pour conclure, lisez Coriolan, qui n’est pas qu’une pièce politique, ou si vous n’avez pas le temps, regardez le film de 2012 dans lequel l’excellent Ralph Fiennes joue le rôle de Coriolan. C’est une réflexion indépassable sur le rôle des élites en démocratie.

  1. Allan Bloom, Harry V. Jaffa, Shakespeare’s politics. Univ. Chicago Press, 1964.
  2. Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live.
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  • Très jolie comparaison avec Coriolan. Macron est un homme intelligent, mais c’est surtout le roi des technocrates, il étale sa suffisance fonctionnariale, qui s’étonne du fait que ce parlement qui ne sert à rien existe encore formellement. Concession au théâtre démocratique dans un pays où il est le président du Soviet Suprême. Décentrailsons et limitons les fonctionnaires que l’on ne sait pas manager, mettre plus de monde ou d’argent ne fait rien avancer…

    • « Macron est un homme intelligent » ?!?

      C’est un biais (de réalisation ou de vérification ?). On lui attribue cette qualité parce qu’il s’est hissé au sommet du pouvoir en rejetant à priori toute autre explication.
      Pourtant, on pourrait tout aussi bien analyser au vu de son bilan qu’il est particulièrement mauvais (quelle que soit la part de la conjoncture). Le biais de « candidat sortant » qui serait automatiquement pré-sélectionné est assumé par la presse alors que celui de l’échec du précédent quinquennat ne l’est pas.
      Au delà de la ligne politique qu’on lui attribue, c’est cette médiocrité qui me rebute le plus chez Macron : cette incapacité à mener à bien des réalisations (et je m’étonne en ce point qu’il trouve des soutiens à droite), qu’il cherche toujours à masquer par l’autoritarisme et la négation de ses erreurs.
      Dernier example en date : la vaccination générale. Le vaccin est totalement inapproprié à la lutte contre l’épidémie. Ce n’est pas la faute de Macron, sauf d’y avoir cru au delà du vraisemblable. Mais cela ne l’empêche pas de nier cette réalité et de l’imposer comme une obligation civique (au lieu de le promouvoir comme un outil de santé), parce qu’il est le chef et qu’on lui a appris à l’ENA que le chef a toujours raison même quand il a tort.
      Intelligent Macron ? Son jugement est biaisé, ses décisions sont biaisées, ses méthodes sont biaisées, ses soutiens sont biaisés, sa candidature et la démocratie sont biaisées…

      • Ouais bof, même si j’ai très envie d’être d’accord avec vous puisque j’aime votre post, il conforte mes propres biais 😉
        Mais je ne vois pas le rapport entre intelligence et biais cognitif, à ce compte nous serions tous débiles.
        Et je ne crois pas qu’il faille voir des biais cognitifs là où il n’y a que duplicité et malhonnêteté. A mon humble avis, c’est pire que de tomber dans un chausse-trappe de la pensée, parfois inévitables.

        Cependant ne vois pas bien le rapport entre biais cognitif et intelligence, à ce compte on est tous plus ou moins débile.

        -1
        • Désolé pour la répétition maladroite.

        • Certains (beaucoup ?) verront de l’intelligence dans la duplicité et la malhonnêteté. A ce titre, Mitterrand était très intelligent.

          Mais l’intelligence peut elle être définie autrement qu’une aptitude à atteindre un but prédéfini ? Dans le cas de Macron, c’est raté (pour nous, pas pour lui jusqu’à maintenant si le pouvoir est un but en lui-même). Le biais cognitif est de penser que son but est notre but.

  • Macron est le Mozart de la politique, le silence après son 1er mandat c’est encore du Macron.

  • « Son excellent serait-il au-dessus du débat démocratique ? »

    Son Excellence, plutôt.

    • Tout à fait, ça m’a choqué. Il s’agit sans aucun doute d’une coquille.

      Pourtant à la seconde lecture, « son excellent » sonne un peu comme le « ton altesse » de Tony Curtis / Danny Wilde / Michel Roux dans une ancienne série TV.

  • On peut se surprendre à rêver qu’il se déclare le plus tard possible. Par exemple, après le second tour ! Comme Hollande en son temps.

  • Les commentaires sont fermés.

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