La démondialisation est en marche, on aurait tort de s’en réjouir

La démondialisation qui arrive va créer de profonds problèmes économiques. La disparition des valeurs libérales en est la cause.

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Shipping containers by Glyn Lowe Photoworks (CC BY 2.0)

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La démondialisation est en marche, on aurait tort de s’en réjouir

Publié le 5 avril 2022
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Le présent d’une illusion

La démondialisation que certains appellent encore de leurs vœux s’opère sous nos yeux et ce n’est pas une bonne nouvelle, contrairement à ce qu’avaient imaginé ses promoteurs. Dans leur esprit il s’agissait d’établir de nouvelles règles pour endiguer les effets du libre-échange, réputés néfastes par nature. Il fallait réhabiliter l’État et faire reculer le marché. Cela passait par la mise en place de taxes douanières et la reterritorialisation de la production, deux processus supposés vertueux par définition. Ils devaient en effet permettre de résorber tous les déséquilibres générés par « l’ultra-libéralisme », qu’il s’agisse des dégâts infligés au tiers monde ou de l’accroissement jugé insupportable des inégalités au sein des pays riches.

À ceux qui s’inquiétaient des dangers d’un tel processus, Jacques Sapir répondait en 2011 :

« Ce mouvement réveille de vieilles peurs. Et si cette démondialisation annonçait le retour au temps des guerres ? Ces peurs ne sont que l’autre face d’un mensonge qui fut propagé par ignorance et par intérêt, celui d’une prétendue mondialisation heureuse ».

Malheureusement ces vieilles peurs sont en train de se concrétiser.

Sous l’action de forces géopolitiques déchainées par des États agressifs, la démondialisation est en train d’advenir et d’ores et déjà nous pouvons en voir les effets catastrophiques.

Ceux-ci devraient empirer au fur et à mesure que ce conflit dure et nous allons vite nous apercevoir que loin d’améliorer le sort des plus fragiles, le processus va dégrader la situation de tous.

 

Cygnes noirs

Ce phénomène est le fruit de la conjonction de deux « cygnes noirs ».

Le premier est l’épidémie de covid qui a bouleversé tous les circuits d’approvisionnement avec des conséquences amplifiées par la stratégie zéro covid mise en place par le Parti communiste chinois dans le cadre de sa reprise en main politique des acteurs de l’économie.

Le second est la guerre en Ukraine qui installe au cœur de l’Eurasie une sorte de no man’s land durablement coupé de l’économie mondiale.

Au passage on sacrifie sur l’autel de la politique et de la guerre les deux principaux moteurs de notre prospérité : une énergie relativement peu chère et le libre-échange.

 

Les bienfaits oubliés du libre-échange

On peut se moquer du « doux commerce » et de ses vertueuses conséquences. Il n’en reste pas moins que les effets bénéfiques de la libération des échanges entre les pays sont un des acquis les plus solides de la science économique. On a pu gloser sur les fondements de la théorie des avantages comparatifs mise en avant par le grand économiste David Ricardo dès 1817. Le principe en est pourtant simple et ne devrait pas prêter à contestation : chacun a intérêt à se spécialiser dans les productions où il est soit le meilleur, soit le moins mauvais. Si un pays sait fabriquer du drap et produire du vin, en concentrant ses efforts sur la production où il est le plus efficace et en important le reste il améliore non seulement la situation de ses ressortissants mais aussi celle des habitants des autres pays.

Cela passe par un développement des échanges internationaux, d’autant plus profitables à tous que les coûts de transport sont bas.

Or, ces deux piliers de la croissance sont devenus très fragiles.

 

Les inconvénients de la déspécialisation

Pour mieux comprendre ce qui est en jeu, un court détour par la situation de l’ex-URSS n’est pas inutile. Compte tenu des ruptures constantes d’approvisionnement inhérentes à une économie planifiée, les entreprises soviétiques, en particulier celles que contrôlait l’armée, étaient incitées à produire elles-mêmes tout ce dont elles avaient besoin pour atteindre les objectifs fixés par le Gosplan.

En se généralisant cette déspécialisation a tué les gains de productivité et condamné le pouvoir d’achat du plus grand nombre à végéter à un niveau très bas. Cet exemple extrême a le mérite de souligner les inconvénients de faire un peu de tout et de ne se spécialiser dans rien. C’est en tournant le dos à cette voie sans issue que l’Occident, avec des hauts et des bas, a pu, grâce à la libération des échanges, améliorer le sort du plus grand nombre.

 

Les leçons du passé

Suzanne Berger a montré que la période 1870-1914 a été le théâtre d’une première mondialisation.

Sur l’impulsion de l’Europe s’est alors de fait instauré un marché mondial des biens, des services, du capital et du travail. Mais ce processus que nombre de nos prédécesseurs voyaient déjà comme le nouveau sens de l’histoire s’est fracassé sur l’écueil de la Première Guerre mondiale. On en déduit que la seule interconnexion des économies et des sociétés n’est pas un facteur suffisant de stabilité internationale : « la création d’un ordre international fondé sur l’État de droit et la résolution pacifique des conflits ne peut se faire qu’à travers une action politique délibérée et acceptée » (S. berger, Notre Première Mondialisation : Leçons d’un échec oublié, Paris, Seuil, 2003, p. 87)

Or, la délibération suppose que des institutions internationales appropriées lui serve d’enceintes, ce qui n’est plus vraiment le cas aujourd’hui. Quant à l’acceptation, elle se fonde sur le partage de quelques valeurs communes dont la première est la liberté. Or dans les démocratures ceux qui y aspirent sont sévèrement réprimés alors qu’en Occident elle est souvent instrumentalisée par des minorités qui cherchent à imposer leurs visions du monde. Dans ces conditions il n’y a aujourd’hui aucune chance de forger un cadre éthique commun, ce qui menace d’effondrement tout l’édifice patiemment construit depuis les années 1980.

Cela annonce des temps difficiles. Dans le domaine énergétique et alimentaire les risques de pénuries se précisent. Selon le président et co-fondateur de BlackRock, le plus gros gestionnaire d’actifs dans le monde, ce n’est qu’un début si on en croit les propos qu’il a tenu le 30 mars lors d’une conférence à Austin (Texas) :

« Pour la première fois cette génération risque d’entrer dans un magasin et de ne pas avoir ce qu’elle veut […] Attachez vos ceintures parce que c’est quelque chose que nous n’avons jamais vu ».

 

Sauver ce qui peut l’être

En tout état de cause la hausse des prix commence déjà à limiter la demande. En un an l’inflation a déjà bondi de 9,8 % en Espagne, de 7,6 % en Allemagne, de 7 % en Italie et de 4,5 % en France où elle ne cesse d’accélérer. La menace qui se profile à l’horizon est celle d’une inflation galopante. Pour l’écarter ou l’atténuer il est vital que les gouvernements ne cèdent pas à la tentation d’indexer systématiquement les revenus sur les prix. La boucle prix-salaires qui serait ainsi mise en place non seulement ne résoudrait rien (l’augmentation des seconds étant neutralisée par celle des premiers) mais propulserait l’inflation à des niveaux sans cesse plus élevés.

L’autre façon d’affronter la période difficile qui s’annonce est de serrer les rangs autour d’un commun attachement à la liberté au sein de l’Union européenne sans perdre le cap du libre-échange qui doit être maintenu plus que jamais par le camp occidental tout entier. Nous assisterons sinon au grand retour de la rareté que subiront des générations qui n’y sont pas du tout préparées.

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    jacques lemiere
    5 avril 2022 at 7 h 21 min

    Sauf si , bien sûr, on souhaite un appauvrissement…

    Autrement dit, participer à la la mondialisation ou pas… devrait être un choix personnel..

    En fait cela amène à réfléchir à la notion de pays nation ou peuple… et les limites de la solidarité, les valeurs communes et les buts communs qui vont avec… ou l’ UE qui a mes yeux est plus problématique .

  • La mondialisation n’a été possible que grâce au transport – et donc l’énergie – peu cher. En dehors du climat et de l’épuisement des ressources, le prix des énergies fossiles va augmenter car les réserves disponibles sont de plus en plus difficiles à extraire. On ne sait rien du coût de ce qui prendra la suite, donc c’est peut-être un battement de paupière dans l’histoire humaine
    La mondialisation (et d’autres pratiques économiques) ne fonctionne que si tout va bien, un grain de sable (par exemple épidémie) et on frôle la catastrophe. Quand certains pays estiment devoir diriger les autres, que leurs intérêts sont aussi positifs pour les autres et ceux des autres illégitimes, ce n’est plus un grain de sable mais une pelletée qu’on jette dans la machine.
    Les conditions pour qu’une mondialisation marche semblent bien contraires à l’âme humaine. Je dirais que ce fut un coup de chance et que sa destruction est intrinsèque à elle-même.

    • Vous devez être bien jeune… Ce discours faisait rage au moment du club de Rome (1972) et on a vu que le prix de l’énergie, malgré quelques crises, ne cessait depuis de baisser parce que l’ingéniosité humaine en rationalisait la production et l’utilisation (en dépit des efforts contraires des religions et des politiciens malthusianistes). Conclusion : les prédictions n’engagent que ceux qui ont la foi dans les prophètes auto-proclamés, surtout en ce qui concerne l’avenir des prix de l’énergie. Le seul danger vient de considérations politico-religieuses, certainement pas de la rationalité ou de prétendues limites à l’ingéniosité humaine.

      • D’après le Club de Rome, nous ne devrions plus avoir aujourd’hui de bauxite, de cuivre, d’or, de gaz naturel, de pétrole, d’argent, de zinc. Il resterait moins de 10 ans avant l’épuisement du plomb, du molybdène, de l’étain, du tungstène. La proportion d’un habitant de la planète sur 3 qui ne mangeait pas à sa faim en 1972 devrait avoir cru considérablement. La mondialisation est l’un des facteurs grâce auxquels ce n’est pas arrivé.

        • Oui c’était notre dernière cartouche, et maintenant on fait quoi? Le pic pétrolier, gazier etc est la… Lisez bien le commentaire de Lampion, jeune ou pas il a raison

          • Ces « pics » sont entièrement artificiels, à cause des écolos et de leur propagande.
            Depuis 30 ans, les investissements nécessaires ont été massivement réduits et réorientés vers des ressources « vertes » qui ne marchent pas et les USA et leurs valets pastèques de l’UE viennent de nous couper de l’approvisionnement d’un pays qui n’avait justement pas ces problèmes idéologiques.
            Le sous-sol de l’Europe de l’Ouest est très riche en ressources et en métaux y compris rares, mais c’est verboten et il n’y a eu aucune exploration sérieuse depuis plus de 30 ans.
            .
            Que faire pour l’humanité et la planète est simple: il faudrait se débarrasser de l’idéologie gauchiste.
            Nos populations riches étaient fortement décroissantes (-50% d’ici 2100) et le libre marché était parfaitement capable de fournir des innovations beaucoup moins énergivores et polluantes à une population riche et vieillissante qui ne demandait que ça.
            Problèmes résolus par le haut, en toute liberté et avec le meilleur du génie humain à l’œuvre.
            .
            Les gauchistes ont non seulement flingué toutes ces perspectives, mais ils ont décidé de soutenir artificiellement la natalité du seul continent qui n’a pas fait sa transition démographique en absorbant le surplus qui multiplie sa consommation par 35 en venant chez nous et envoie de l’argent au pays pour fabriquer encore plus de bébés.
            Si j’étais religieux, je serais persuadé que la gauche est habitée par Satan, tellement elle a fait de mal depuis 1917.

  • Le premier cygne noir, c’est le QE de la FED post 911 puis de la BCE dès 2008 qui ont inondé le monde de billet de monopoly et ravagé et corrompu la monnaie, le libre marché et le capitalisme.
    Le deuxième, c’est la politique américaine, les sanctions et le pétrodollar agressif qui ont ravagé et déstabilisé des régions entières tout en permettant aux USA de vivre et de s’endetter sur le dos du monde.
    Le 3ème cygne noir, ce sont les bureaucraties occidentales avec leur cortège de fiscalité et de régulation qui ont grossi dans des proportions gigantesques depuis les années 2000.
    Le 4ème cygne noir ce sont les politiques « vertes ». Le devis de la Banque Mondiale pour la « décarbonisation » du monde est de 89’000 milliards d’euros en 15 ans, soit 60 milliards de SMIC.
    Le 5ème cygne noir ce sont les « sanctions du bien » qui ont aussi gravement endommagé le libre-échange dès 2014.
    .
    À partir de là, les crises obligataires, dettes, monnaies, énergies, inflation, chômage étaient inéluctables, les USA étaient décadents, l’UE au bord du gouffre et le libre-marché et le capitalisme étaient en phase terminale tout en prétendant aller très bien grâce aux bourses gavées « d’argent gratuit » des banques centrales.
    .
    Le Covid a été l’occasion de finir les libertés et le libre-échange à coup de pelle dans la nuque et comme tout ça allait exploser à la figure des dirigeants, il ne manquait plus qu’une bonne guerre pour finir le « great reset ».
    Les « élites » rouges/vertes occidentales ont visiblement décidé de dépeupler le monde en le plongeant dans la misère, la guerre et la famine. L’OSCE rapportait un mois avant l’intervention russe que les troupes ukrainienne entrainées, armées et fanatisées par les américains dès 2014 bombardaient le Donbass et se préparaient visiblement à envahir cette partie russophone en étant persuadé qu’ils pouvaient gagner contre l’Ours Russe, parce que les américains étaient derrière eux.
    .
    Discours en 2015 de George Friedman, directeur de la société de renseignement Stratfor, dite la « CIA de l’ombre » qui a l’oreille des démocrates dont les Biden et Victoria Nuland fortement impliqués en Ukraine. Il expliquait comment Washington pouvait conserver sa domination sur la planète en f… la m… en Europe en utilisant l’Ukraine.
    https://youtu.be/emCEfEYom4A?t=84

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