Guerre en Ukraine : pourquoi l’illibéralisme est un handicap pour Poutine

Même en matière de guerre, le capitalisme est mieux équipé que ses contempteurs pour gagner.

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Guerre en Ukraine : pourquoi l’illibéralisme est un handicap pour Poutine

Publié le 19 mars 2022
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L’illibéralisme du gouvernement de Poutine n’est pas seulement une faute morale, c’est un sérieux handicap dans la guerre qui l’oppose à l’Ukraine. La résistance des populations civiles face à l’offensive russe a paraît-il surpris le Kremlin.

Si l’on en croit certains commentateurs, Vladimir Poutine imaginait une victoire rapide et surtout un accueil chaleureux de la part des populations russophones « délivrées » par les bombardements et les colonnes de chars. Il aura sans doute été mal renseigné. Les services secrets moscoutaires, qui, avec le KGB, étaient parmi les meilleurs services de renseignement du monde, ne sont vraiment plus ce qu’ils étaient.

Procès du renseignement russe

Selon le Times, l’erreur d’appréciation tragique du FSB, ex-KGB, aurait plongé Vladimir Poutine dans une colère noire. Deux hauts gradés du FSB, Sergey Beseda et son adjoint Anatoly Bolyukh, auraient été mis aux arrêts. Le journaliste russe spécialiste des services secrets Andrei Soldatov estime que les deux personnages clefs du pouvoir ont été mis sur la touche pour deux raisons, à la fois la médiocrité des renseignements récoltés sur l’Ukraine et des soupçons de détournement de fonds publics.

Seulement, pour leur défense, faire partie du cercle rapproché d’un autocrate n’incite pas franchement à la franche discussion. À tout moment, on risque sa tête. La tentation devient grande de raser les murs pour ne pas trop déplaire à un patron plus familier du polonium 210 que du management bienveillant.

Certains se souviennent de l’audition publique de Serguei Narychkine, le directeur du Service des renseignements extérieurs à la veille de l’invasion ukrainienne. Blême de terreur face à Poutine, il balbutie et aligne les banalités, jusqu’à agacer le maître du Kremlin qui finit par l’interrompre. Narychkine n’a pas d’État de droit pour le protéger, pas de contre-pouvoirs pour tempérer les humeurs de l’exécutif, et donc pas vraiment d’incitation à donner trop d’informations déplaisantes au souverain Poutine.

Le despotisme n’est pas politiquement fiable

On le sait au moins depuis l’Antiquité, le despotisme n’est pas une méthode de gouvernement fiable, en tout cas beaucoup moins -en règle générale- qu’un gouvernement encadré par des lois, parce qu’il repose sur la défiance.

Le tyran Hiéron s’en était ouvert au poète Simonide dans un dialogue socratique mineur rapporté par Xénophon : le tyran vit dans la défiance généralisée, il n’a pas de véritable ami. Toutes ses relations sont marquées par le seul souci de conserver un pouvoir personnel que tout le monde cherche à lui ravir, imposant de fait un climat de guerre civile permanente. L’obéissance par la peur et le règne de l’arbitraire pur plutôt que par la loi ou la coutume font de la tyrannie le pire des régimes possibles. En termes modernes, la tyrannie tient davantage du gangstérisme que l’État de droit libéral.

Le despotisme est un handicap en temps de guerre

Le despotisme n’est pas fiable en temps de paix, et en temps de guerre, il devient carrément inefficace. Pour l’historien Victor Davis Hanson, c’est même la supériorité d’organisation politique, économique et culturelle capitaliste (entendue au sens large, c’est d’accord !) sur ses concurrents plus ou moins despotiques qui a assuré pendant deux millénaires la domination de l’Occident sur le reste du monde.

Rien ne vaut une civilisation qui encourage la discussion rationnelle, la liberté d’expression, la science, la propriété, valorise la confiance comme capital social et la résolution des conflits internes par le droit pour améliorer les capacités de l’État à faire la guerre.

Inversement, les régimes qui découragent l’autocritique dans le débat public, rendent impossible la constitution d’une économie puissante pour participer à l’effort collectif et sélectionnent les élites les plus incompétentes et les plus serviles sont mal partis dans la compétition pour la suprématie mondiale.

On ne peut pas gagner la guerre sans un minimum de confiance au sommet, minimum de confiance qui n’existe pas en régime autocratique ou despotique. Poutine est en train de découvrir une leçon que son ressentiment anti-occidental a dû lui masquer jusqu’à présent : le modèle politique capitaliste n’est pas seulement enviable pour ce qu’il vise à la liberté des citoyens, c’est aussi un outil plus efficace pour moderniser et pour dominer. Et il est essentiel pour gagner une guerre.

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  • Si c’est le libéralisme qui fait gagner les guerres, alors l’occident est dans le pétrin.
    Personnellement, en tant que sous-citoyen non vacciné, je suis prêt à trahir nos élites.

    • Je pense que peu de français croient encore que l’armée française soit puissante. La démission du général Pierre de Villiers a même un peu officialisé cette information: notre puissance armée s’effondre.

  • Oh la la. Et Staline, et Lénine alors.
    Ces deux despotes ont gagné des guerres : interne et externe pour le premier et… seulement externe pour le second.
    Quant aux dirigeants chinois, faut pas en parler.
    On peut s’extasier aussi devant Castro, mais c’est un petit bras.
    Tous ces gens-là étaient des virtuoses de la contre-insurrection (la guerre civile quoi). Et en plus Staline a été un chef de guerre hors pair contre Hitler en dépit de tous ses mauvais calculs.

    • Avatar
      LasciatemiCantare
      19 mars 2022 at 12 h 36 min

      C’est discutable. Ne pas oublier que les grandes purges de l’Armée Rouge dans les années 1930, orchestrées par un Staline complètement paranoïaque, ont grandement affaibli l’URSS face aux Allemands lors de l’opération Barbarossa, et même lors de la Guerre d’Hiver contre la Finlande, avec beaucoup plus de victimes côté soviétique malgré l’avantage du nombre.

      Donc oui, le despotisme de Staline aurait pu être fatal à l’URSS. Pas si « hors-pair » le chef de guerre…

    • Staline a été super nul dans la 2nd guerre mondiale. Je rappelle que ses généraux n’ont pas osé le réveillé lorsque l’URSS a été attaquée! Il avait en effet pensé qu’Hitler attendrait encore quelques années, et ses espions qui n’étaient pas d’accord ont été renvoyés.
      Si la guerre a été gagnée, ce n’est que grâce au racisme d’Hitler. Les peuples soviétiques lui étaient plutôt favorables, car ils y voyaient là une façon de se débarrasser de Staline. Mais après Hilter a commencé son nettoyage ethnique… Lorsque les armées allemandes sont arrivées aux portes de Moscou, Staline a enfin abandonné les discours marxistes pour dire que la patrie était en danger et que le peuple russe allait être exterminé.
      Lénine, il a perdu contre la Pologne. Oui. Et match nul contre la Finlande.
      Un point qu’il faut aussi noter: les guerres d’agression ont souvent été défavorables aux envahisseurs, car les gens n’ont pas envie de se battre pour juste une solde.

  • Petite inexactitude dans l’article : la « domination de l’Occident libéral » n’a pas duré 2 millénaires, mais 2 siècles. D’une part parce-que parler de libéralisme avant le XVIIIe siècle, c’est… optimiste. Et d’autre part parce-que l’Histoire des autres civilisations regorgent de moments où elles étaient plus puissantes que l’Occident, je pense notamment à la Chine, à l’Inde, à l’empire Mongol, l’empire Ottoman au XVe siècle…

  • Trop de fake news pour émettre un avis. Et Mr mas ferait bien de s’abstenir. L’illiberalisme… C’est du n’importe quoi. Le monde est en train de changer et nul ne sait se qu’il en adviendra…. La fin du dollar et de l’impérialisme américain est en cours. Mr Biden ? (anti américain a 100%,ils nous ont bien eu à la fin de la dernière (?) guerre…

  • Tout ce qui est écrit ici est exact, sauf qu’on peut aussi bien l’appliquer aux dirigeants occidentaux, pour les mêmes raisons décrites ici. Le désir de plaire au prince chez les courtisans (dont les journalistes), le caractère moutonnier des pseudo élites et de certaines catégories plutôt (in)éduquées de la population, permettent la mise en place d’une censure et autocensure telles que les dirigeants et cette même partie de la population sont complètement coupés de toute réalité. L’interdiction (aussi liberticide que stupide) de canaux d’information réputés pro russe est symptomatique de ce phénomène.

  • J’aimerais bien croire tout ce que dit cet article. Malheureusement, le fait de reprendre ce que nous disent nos médias même à la sauce libérrale me laisse un peu perplexe :
    – on est quand même loin d’un idéal de libéralisme chez nous : on vote et après ils font ce qu’ils veulent dans la limite de ne pas faire trop de vagues et de bien contrôler les médias et l’opinion publique,
    – il y a encore bien pire que Poupou, par exemple en Corée du Nord, et en « temps de paix » cela ne fonctionne « politiquement » que trop bien,
    – comme dit par d’autres, Staline a quand même fini par « gagner » la guerre : il ne faut jamais négliger le nationalisme même dans une dictature. (C’est un peu l’argument de l’erreur d’appréciation de Poutine).
    – « En temps de guerre est vague » : tant que Poutine est l’agresseur, le nationalisme est à son désavantage. On sait que cela pourrait changer si on fait un faux pas en attaquant l’armée (intervention militaire) ou le peuple russe (intervention économique).

    • Vous avez parfaitement raison sur le premier point. J’ai écrit ci-dessus que tout ce qui était écrit dans l’article est exact mais j’aurais du préciser « sur le plan théorique ou celui des principes ». La reprise de faits relayés par la propagande est douteuse. Quand les faits sont bien établis, propagande, désinformation et censure sont inutiles, le débat contradictoire est permis. Comme il n’y a pas de débat contradictoire dans les médias officiels (comme pour le Covid) on doit douter de tout ce qu’ils annoncent, quel qu’en soit la source, quel que soit le domaine concerné. La recherche de la vérité reste cependant possible, en multipliant et en croisant les sources et en examinant la cohérence de ce qui est dit avec ce qui est certain.

  • La guerre entre États est liberticide par nature puisqu’il s’agit au mieux de forcer les citoyens à financer des mercenaires pour la faire (armée « de métier ») ou carrément d’obliger une partie de la population à tuer des gens qu’ils ne connaissent même pas sous peine d »être tués eux-même par certains de leurs propres « compatriotes » (conscription). A cette horreur s’ajoute le fait que la guerre (fausse guerre contre un virus ou contre la nature, aussi bien que vraie guerre entre États), est toujours prétexte à une restriction des libertés dont censure, socialisation de l’économie, augmentation faramineuse des impôts via la création monétaire, mesures qui viennent aggraver les pénuries générées par le conflit qu’elles prolongent en privant les belligérants de la supériorité économique abyssale d’une économie libre sur une économie administrée. A ces catastrophes par eux-mêmes provoquées, les hommes de l’État, fidèles à leur habitude, répondent en continuant à aggraver les choses via le contrôle des prix et les rationnement administratifs, qui aboutissent à un appauvrissement que les populations n’auraient jamais supporté en temps de paix (encore qu’on puisse se poser la question au vu de ce qui se passe au Venezuela depuis 23 ans maintenant). Les États moins socialistes disposent d’une supériorité relative par rapport à leurs adversaires plus socialistes, toutes choses égales par ailleurs bien entendu. Une société totalement libre (sans État) disposerait d’une puissance militaire telle qu’elle serait pratiquement invincible. La guerre y serait par ailleurs menée d’une toute autre façon puisque les belligérants seraient redevables des destructions et crimes commis contre des innocents tels que le bombardement d’habitations et de civils.

    • En complément des dernières phrases, lire https://mises.org/library/market-liberty-1.

    • Une société totalement libre disposerait d’une grande puissance, ok, mais du fait de sa richesse économique. Militairement, elle serait totalement désorganisée, et il n’y aurait que des civils et des innocents. A la merci de la première troupe de pillage organisée qui passerait, et qui ne respecterait pas ses principes. Non ?

      • @MichelO
        Une société totalement libre serait bien au contraire militairement extrêmement bien organisée, exactement comme le serait son économie, par le marché. Quelque soit le domaine, l’intervention de l’État, c’est le chaos, le marché c’est la planification rationnelle, décentralisée, grâce à l’apport de millions d’individus coordonnés par les système des prix libres. Comparez l’efficacité d’entreprises privées, même entravées par des centaines de règlements et d’impôts et l’inefficacité totale des services fournis par l’État, y compris en matière de sécurité. A votre avis, la police et la justice rendent-elles le service pour lequel elles sont financés par la contrainte ? Le livre apportera de nombreuses réponses insoupçonnées à votre question.

        • En trois phrases, dites-moi ce que propose le livre. Je n’ai aucun doute sur l’inefficacité des services étatiques, mais j’ai du mal à imaginer les solutions proposées par le marché pour la sécurité. Des armées de mercenaires très professionnels ? Une police et justice secrètes, ultra-compétentes et implacables ? Payées par les honnêtes gens suivant quels mécanismes ? Donnez-moi envie de lire Mises sur le sujet plutôt que les livres de science-fiction que j’avais retrouvés pour cette semaine, Vance, Dickson, Haldeman, etc.

          • @MichelO
            Merci pour votre intérêt.
            Tout d’abord, il convient de constater que tout le monde a besoin d’assurer sa sécurité. Dans une société libre, vous avez 2 choix (et/ou une combinaison des 2) : l’assurer vous même ou en déléguer l’exercice. Le type d’entreprise vers lequel vous risquez de vous tournez, et qui, en même temps, a le plus de chances de répondre à votre demande est la compagnie d’assurance, naturellement. Soumises à la concurrence, forcées de répercuter leurs coûts sur leurs adhérents, ces compagnies découvriront peu à peu les meilleures pratiques. Forcées de coopérer les unes avec les autres, comme le font les compagnies d’assurance actuelles, elle mettront petit à petit en place un vaste réseau de prévention et de résolution des conflits, y compris une jurisprudence, et découvriront aussi comment récompenser leurs meilleurs clients, c’est à dire ceux qui génèrent le moins de conflits.
            Ici, j’ajoute qu’il faut abandonner les notions de nations (sur le plan de la sécurité je précise) et d’État. Les gens qui sont agressés sont des individus et ils se tournent vers leur compagnie d’assurance pour obtenir protection, que cet agresseur soit un individu ou groupe d’individus (bandes, mafias, Etats encore existants). La compagnie cherchera et découvrira peu à peu les meilleurs moyens, aussi inimaginables pour nous que l’était par exemple la possibilité de communiquer à distance par voie électronique pour nos ancêtres, d’assurer cette protection, à moindre coût et sans occasionner de dommages « collatéraux » dont elle serait redevable.

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