Retraites : et si on quittait la tutelle étouffante de l’État ?

Au menu du candidat Macron, une réforme des retraites qui passerait par le recul de l’âge légal de 62 à 65 ans. Selon l’économiste atterré Henri Sterdyniak, ce projet revient à « faire payer le quoi qu’il en coûte aux travailleurs ». Il n’a pas totalement tort. Explications.

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Retraites By: Franck Michel - CC BY 2.0

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Retraites : et si on quittait la tutelle étouffante de l’État ?

Publié le 15 mars 2022
- A +

Candidat déclaré depuis peu, Emmanuel Macron a commencé à divulguer son programme en vue d’un second mandat présidentiel. Au menu, une réforme des retraites qui passerait par le recul de l’âge légal de 62 à 65 ans. Interrogé à ce sujet dans Marianne, l’économiste atterré Henri Sterdyniak a expliqué que ce projet revenait ni plus ni moins à « faire payer le quoi qu’il en coûte aux travailleurs ».

Disons qu’il n’a pas complètement tort.

Oh, bien sûr, la formulation « faire payer aux travailleurs », lourde d’indignation, renvoie immanquablement aux bons vieux réflexes de la lutte des classes. Dans les cercles très atterrés de gauche et d’extrême gauche, chez Jean-Luc Mélenchon par exemple, on préfère de beaucoup faire payer les riches. Plutôt ramener l’âge de la retraite à 60 ans, augmenter la pension minimum à 1400 euros par mois et financer le tout par un ISF de compétition, une taxation inflexible des revenus et des héritages, sans oublier une chasse aux évadés fiscaux « jusqu’en enfer. »

Mais la remarque de M. Sterdyniak, pour datée et inopérante qu’elle soit par les solutions qu’elle suggère, nous rappelle néanmoins qu’en matière de retraite, notre système très collectivisé, très réparti et très étatisé – très solidaire, disent certains… – nous rend entièrement dépendants des décisions du gouvernement.

En effet, les cotisations de retraite sont des prélèvements obligatoires qui entrent directement dans les recettes de nos comptes publics tandis que les prestations de retraites font partie intégrante des dépenses publiques. Parmi ces dernières, elles représentent 268 euros sur 1000 selon le document diffusé en 2019 par le gouvernement pour orienter le Grand débat national, soit environ 14 % du PIB de la France (graphe ci-dessous). Ce n’est pas peu dire, c’est même l’un des niveaux les plus élevés au monde :

retraites

Or qui dit recettes et dépenses dit évidemment solde – et s’agissant de la France, cela fait des années que ce solde est négatif. Bref, un déficit chronique.

La bonne orthodoxie budgétaire de l’Union européenne voudrait que ledit déficit n’excédât pas 3 % du PIB. Mais avec le covid puis maintenant la guerre en Ukraine, on ne sait plus très bien. Mais quoi qu’il en soit, la France a toujours eu les plus grandes difficultés à se conformer à cette règle quand d’autres pays, l’Allemagne ou les Pays-Bas par exemple, semblent n’avoir eu aucun mal à accumuler les excédents jusqu’en 2019 – sans être moins prospères pour autant, bien au contraire.

Mais il y a pire. On pourrait facilement s’imaginer que notre déficit public est purement conjoncturel, qu’il résulte d’événements extérieurs tels que la pandémie de covid et qu’il se résorbera avec la fin de l’événement en question. Or il n’en est rien. La part structurelle du déficit reste élevée et tend même à s’alourdir du fait de dépenses conjoncturelles qui perdurent et du fait de notre structuration idéologico-rigide en État providence. Dans le Projet de loi de finances pour 2022, le gouvernement table sur un déficit public de 5 % dont 4 % en structurel.

Et c’est là qu’on en revient au système de retraite.

Toute variation sur l’âge légal de départ, sur le nombre de trimestres cotisés, sur le montant des pensions versées aux retraités et sur le montant des cotisations payées par les entreprises entraîne structurellement une variation des recettes et des dépenses publiques.

Toutes choses égales par ailleurs, les autorités compétentes ont calculé que passer l’âge légal de retraite de 62 à 64 ans pourrait rapporter plus de dix milliards d’euros par an dans les caisses de l’État, c’est-à-dire environ 14 milliards du côté des prestations en moins, minorés par 4 milliards d’euros du côté des indemnités chômage, invalidité et maladie à payer en plus. À 65 ans, estime le gouvernement, on commencerait à se sentir à l’aise. Surtout quand on sait que le déficit du système actuel inchangé serait de 10 milliards d’euros par an jusqu’en 2030.

Non pas que je prenne l’âge légal de départ en retraite pour quantité négligeable. Il est incontestablement plus bas en France que chez nos grands voisins européens et il constitue évidemment un élément à prendre en compte dans le contexte de l’allongement de l’espérance de vie que nous connaissons :

Mais force est de constater parallèlement que le simple fait de rester intégralement et obligatoirement dans le système par répartition que nous connaissons depuis la Deuxième Guerre mondiale met les retraités à la merci totale de décisions purement politiques, qu’il s’agisse de pallier une mauvaise gestion chronique ou de financer le modèle social ultra-coûteux dont la France, pays pas comme les autres, a le secret.

Emmanuel Macron nous en a donné un fameux exemple dans le Projet de loi de finances pour 2019. Alors qu’il s’était engagé à ne pas toucher aux pensions, et notamment à ne pas les transformer en variable d’ajustement pour arranger les comptes ultra-tendus de la nation, il n’a pas hésité à les revaloriser de 0,3 % seulement en 2019 et 2020, soit bien moins que l’inflation prévue à l’époque.

On pourrait se dire que les contraintes budgétaires imposées par l’Union européenne jouent directement contre les citoyens retraités et qu’il est temps de s’affranchir de cette tutelle infernale. Mais ce serait s’aveugler sur les raisons véritablement constitutives de cette situation toxique. D’une part parce que d’autres pays européens ne souffrent nullement de ce problème et d’autre part et surtout parce que la faute en incombe directement à cette idée fort totalitaire et fort en cours en France que c’est à l’État d’organiser nos vies dans les moindres détails – passion égalitariste oblige.

Pourtant, la retraite, c’est très simple. Celui qui travaille a la « prévoyance » de mettre de côté un peu de son salaire chaque mois pour assurer sa subsistance durant ses vieux jours. S’il place les sommes ainsi mises de côté – et personne ne dit qu’il doive les placer en junk bonds ou en actions à très haut risque – il se retrouvera le moment voulu (choisi) avec un capital qu’il aura lui-même constitué.

Dans le système par répartition, les sommes versées en cotisations retraite par les actifs ne sont pas vraiment mises de côté ; elles sont payées immédiatement aux retraités. L’actif qui cotise n’a encore rien assuré pour sa retraite. Les sommes qui lui reviendront n’existent pas encore et il n’a d’autre choix que de faire confiance à l’administration pour qu’elle maintienne le système en état de marche jusqu’à sa mort.

Or ce qui fonctionnait quand l’âge de départ en retraite était de 65 ans et l’espérance de vie de 70 ans, ne fonctionne plus aujourd’hui. Entre déficits chroniques qui obligent à remettre une réforme sur la table à chaque quinquennat et décisions arbitraires des pouvoirs publics pour favoriser telle catégorie de citoyens aux dépens des autres (cas des régimes spéciaux de la SNCF ou la RATP) dans le contexte de comptes publics régis par le principe du « quoi qu’il en coûte », une telle confiance n’est pas raisonnable.

Aussi, lorsque je parle de baisser les dépenses publiques, ce qui m’arrive assez souvent, je ne signifie nullement qu’il faudrait réduire arbitrairement les pensions – ce qu’a fait Macron. Je veux dire qu’il est temps de sortir ce domaine de la mainmise étatique et de rendre aux Français la maîtrise et la responsabilité de leur retraite en cassant le monopole de l’État providence et en permettant à chacun d’inclure de la retraite par capitalisation dans son plan de retraite.

On devient certes dépendant de l’activité économique et des marchés financiers, mais on a la possibilité de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier et il est possible de lisser le risque à long terme. Du reste, il serait tout à fait erroné de s’imaginer que la répartition nous met à l’abri des vicissitudes économiques. Chaque ralentissement de l’activité entraînant hausse du chômage et baisse des rentrées de cotisations, l’ajustement se fait alors inéluctablement via les impôts, la dette, la baisse des prestations ou la hausse des taux de cotisations.

Il faut croire d’ailleurs que la capitalisation n’est pas l’horreur si souvent décrite. Lors des négociations (avortées) autour de la retraite universelle à points voulue sans succès par Emmanuel Macron avant l’arrivée du covid, on a pu se rendre compte que les rares professions disposant d’un régime autonome de retraite par capitalisation ne voulaient pour rien au monde s’en passer par crainte de voir le niveau de leurs pensions s’affaisser. Les pharmaciens par exemple.

Leur cas particulier nous donne justement une bonne idée de ce que pourrait être un système de retraite moderne et performant : au-delà d’un système de base géré par l’État, la possibilité pour tous d’accéder soit individuellement, soit par profession, soit par entreprise à des régimes complémentaires par capitalisation gérés de façon indépendante au plus près des intérêts et des choix des cotisants.

Cette structure en plusieurs piliers combinant répartition et capitalisation est précisément celle qui prévaut dans les pays les mieux classés dans l’Index Mercer des systèmes de retraite. En 2021, le trio de tête était formé de l’Islande, des Pays-Bas et du Danemark. La France figurait au 21ème rang sur 43 pays étudiés avec une note de 60,5/100, soit un peu moins que la moyenne. Sur les trois grands axes analysés (niveau des pensions, équilibre financier à long terme, transparence du système), ses résultats étaient corrects pour le premier et particulièrement faibles pour les deux autres :

Autrement dit, l’existence d’un monopole public dispendieux ne garantit nullement la qualité du système. Après l’éducation et la santé, la France en apporte une nouvelle preuve dans le domaine des retraites.

Pour finir, je vous suggère un test tout simple pour savoir si votre candidat préféré possède ou non un petit quelque chose de libéral : regardez ses propositions pour la retraite. S’il ne s’agit que de faire bouger l’âge légal et d’instaurer une pension minimum plus ou moins mirobolante, vous pouvez être certain que votre candidat ne compte nullement renoncer au pouvoir de diriger votre vie du berceau au tombeau.

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  • Bof!!!! 62 ou 65 ans, quand on voit le nombre de salariés qui peinent à garder un emploi déjà jusqu’à 60 ans (et donc payer les cotisations qui vont avec), peut-être devrait -t-on déjà chercher quoi faire pour que les entreprises gardent leurs salariés au moins jusqu’à 62 ans?
    Mais faire comprendre que charger indéfiniment la barque des entreprises et les faire couler sous le poids des charges, trop dur, mission impossible pour nos énarques grassouillets!

    -2
    • A 62 ans, l’entreprise licencie à l’amiable, et Pôle emploi prend le relai jusque 65 ans, c’est une sorte de pre-retraite.
      En réalité l’état est assez hypocrite, il sait très bien qu’assez peu de métiers iront jusqu’à 65 ans : l’idée c’est qu’ils partent d’eux même avec une décote, ce qui revient à baisser les pensions.

  • Quel placement aujourd’hui ne fait pas plutôt fondre le capital que de le faire croître en pouvoir d’achat? Dans les conditions actuelles une retraite par capitalisation est un aller simple vers l’enfer. Il faut avoir une retraite financée moitié-moitié pour profiter des avantages de l’un des systèmes quand l’autre bat de l’aile.
    Mais déjà supprimons le concept même d’âge légal qui est un couperet: que ceux qui veulent partir plus tôt avec moins le fassent, que ceux qui sont passionnés par leur métier et veulent l’exercer le plus longtemps possible le fassent aussi

    -1
    • Posséder son logement, avoir des parts d’entreprise, des actions, des obligations, malgré les fluctuations, ça serait un aller simple vers le paradis si le fisc n’y mettait pas ses serres rapaces. La répartition devrait être cantonnée à la prise en charge de la survie de ceux qui ne sont pas parvenus tout seuls à se la garantir, et la capitalisation devrait être fiscalement exonérée.
      A moins que vous n’ayez une idée originale pour l’implémentation pratique, la répartition ne peut pas être un choix délibéré, un contrat entre ceux qui paient et ceux qui touchent, puisque ce sont toujours des transferts des jeunes vers les vieux.

  • bonjour, sujet difficile à aborder, tant les chiffres sont difficiles à concrétiser et ou modéliser. D’un point de vue macro, l’article est intéressant, et il est probablement plus judicieux que l’état ne se mêle pas de cette gestion. Seulement il y a deux secteurs qui sont fondamentalement différents : le public et le privé. La présentation des chiffres qui « montrent » que la première dépense du budget représente les retraites est trop simplifiée : on a l’impression que les retraites sont une charge, alors qu’il y a des recettes en face. En ce qui concerne les retraités « fonctionnaires », c’est bien l’état qui paye, pour les caisses de retraite complémentaires, et pour les régimes dits spéciaux, s’ils ne sont pas en déficit, comme ils sont autonomes, il n’y a pas de problème comptable. Normalement l’assurance vieillesse (sécu) gère ses comptes à part, mais est déficitaire… et se retrouve comme les régimes spéciaux déficitaires, où l’état doit compléter. Il est donc préférable de raisonner « dans le détail ».
    Ce qui doit être pris en compte, c’est : l’évolution démographique , l’espérance de vie selon le(s) métier(s) exercé(s), l’âge d’entrée dans la vie professionnelle. L’âge de départ, qui est un symbole, n’est plus forcement pertinent, mais un « cumul » de droits acquis pour constituer un « capital » « points et monétaire », avec un âge de départ minimal , le choix du départ pouvant rester à l’initiative individuelle. Seulement pratiquement, il ne faut pas oublier, que 40% des salariés des régimes complémentaires (AGIRC ARRCO) ne sont pas en activité au moment de leur « arrêt » d’activité…. Il ne faut pas oublier les carrières « féminines » des mères. (quelle politique nataliste à consolider ?) et tous les cas particuliers….
    Reste, le sujet du mode de financement, répartition et/ou capitalisation ? sujet délicat : les placements à long termes choisis sont-ils pérennes ? les petits salaires peuvent épargner ? Comment « compenser les accidents de la vie (chômage par exemple etc…).
    Quel niveau de pension pour quelles cotisations ? sur quelles bases de calcul ?
    Bien entendu, il y a des modèles qui paraissent meilleurs, faut-il s’en inspirer ?
    Une fois dit tout ceci, il reste 99.99% du travail à faire pour arriver à améliorer…..

  • Salaire complet et on se démerde pour assurer nos vieux jours (ou pas ) et nos maladies.
    Et ceux qui ne sont pas prévoyants, bah temps pis pour eux, je ne suis pas leur père ni altruiste.
    Les altruistes et les philanthropes n’auront qu’à payer les retraites des irresponsables et des inconséquents qui ont tout claqué, cela ne me dérange pas, je suis tolérant.
    Bin allez, je suis généreux ce matin, gardons la sécu et les cotisations pour les irresponsables et laissons les hommes libres se débrouiller.
    Nous devons avoir le choix de la façon dont nous voulons financer notre retraite. Perso, je préfère le faire avec mon propre argent qu’avec celui des générations qui la paieront. Je suis peut être un peu altruiste finalement, un altruiste pour les générations futurs.

  • Les commentaires sont fermés.

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