Albert Einstein et les brevets

Albert Einstein est né le 14 mars 1879. Sans la protection par brevet, il ne se serait peut-être pas lancé dans l’aventure scientifique.

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Albert Einstein et les brevets

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Publié le 14 mars 2022
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Albert Einstein est né le 14 mars 1879 à Ulm, dans le Wurtemberg, il y a donc 143 ans. J’avais écrit un article pour UN Special, magazine des fonctionnaires internationaux à Genève, fondé en 1949 et maintenant disparu, dans lequel j’ai laissé quelques traces. 

L’Année internationale de la physique, dans laquelle nous sommes [l’article est de 2005], marque le centenaire de l’Année miraculeuse d’Albert Einstein et le cinquantenaire de sa mort, survenue le 18 avril 1955 à Princeton, dans le New Jersey.

En 1905, Einstein publie dans Annalen der Physik quatre articles qui vont révolutionner la physique et notre compréhension de l’univers, et changer aussi, pour le meilleur et le pire, notre monde.  En juin paraît l’article envoyé en mars, intitulé Sur un point de vue heuristique concernant la production et la transformation de la lumière, dans lequel il émet l’hypothèse du quantum de lumière ; en juillet, c’est Sur le mouvement des particules en suspension dans les fluides au repos requis par la théorie cinétique moléculaire de la chaleur, un article envoyé en mai et qui explique le mouvement brownien.

Le troisième article, le plus célèbre, parvient aux Annales le 30 juin et est publié le 26 septembre. Sur l’électrodynamique des corps en mouvement est considéré comme le texte fondateur de la théorie de la relativité restreinte. Enfin, en novembre, il traite des conséquences de cette théorie dans L’inertie d’un corps dépend-elle de son contenu en énergie ?, article annonciateur de la plus fameuse équation physique : E=mc2.

Par ailleurs, Albert Einstein termine, fin avril, la rédaction de sa thèse Sur une nouvelle détermination des dimensions moléculaires et la soutient avec succès en juillet.

Pour la petite histoire, son premier article publié dans les Annales (sur la capillarité) a été écrit en 1900, alors que, frais émoulu de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich, il était à la recherche d’un emploi.

Einstein expert des brevets

L’Année miraculeuse s’inscrit dans la période – de 1902 à 1909 – où Einstein officiait en tant qu’expert technique à l’Office fédéral des brevets à Berne. On affirme souvent qu’il y fut un dilettante. Tel n’est pas le cas. Son poste temporaire a été « régularisé » en 1904, et il fut promu expert technique de deuxième classe en 1906.

Pendant ces sept années, Einstein publia dans les Annales quelque deux douzaines d’articles de physique théorique, écrits pendant ses loisirs. Bien qu’à l’écart de la communauté scientifique, il baignait dans un environnement fécond. Un office des brevets est en effet le lieu où l’on trouve toutes les innovations technologiques. Et examiner des demandes de brevet oblige à une grande rigueur intellectuelle et un esprit critique acéré. « Une profession ayant des finalités pratiques – écrira-t-il plus tard – est un bienfait pour un homme comme moi ; une carrière académique oblige les jeunes chercheurs à avoir une production scientifique, et seuls de solides caractères peuvent résister à la tentation de recherches superficielles. »

Einstein y rencontra aussi l’ami de toute une vie, Michele Besso, qu’il considérait comme le meilleur comité de lecture d’Europe pour ses idées scientifiques. Il lui rendit d’ailleurs hommage à la fin de son troisième article : « Pour conclure, je ferai observer que mon ami et collègue M. Besso s’est fidèlement tenu à mes côtés dans mes travaux sur le problème traité ici et que je lui dois maintes précieuses suggestions. »

Rôle majeur de la propriété intellectuelle

Ainsi, la propriété intellectuelle a joué un rôle majeur dans la production scientifique d’Einstein.  Certains, d’ailleurs, font un lien entre ses travaux sur la relativité et le problème, épineux à l’époque, de la synchronisation des horloges, lequel se traduisait par de nombreuses demandes de brevet.

Ce que l’on sait moins, c’est qu’Einstein a été inventeur lui-même et a déposé des brevets. On lui doit en particulier, ainsi qu’à son élève Leó Szilárd qui allait aussi devenir un physicien renommé, de nouveaux types de réfrigérateurs. L’aventure commença, semble-t-il, au cours de l’hiver 1925-26. Einstein avait été très touché par la nouvelle de la mort d’une famille entière pendant leur sommeil, à la suite de fuites du gaz réfrigérant utilisé à l’époque. « Il doit y avoir un autre moyen » aurait-il lancé à Szilárd.

Un de leurs systèmes est fondé sur un ingénieux principe d’absorption de chaleur : lorsqu’on chauffe l’une des extrémités du système, l’autre se refroidit (voir par exemple le brevet US No 1.781.541, délivré le 11 novembre 1930). Il suscita beaucoup d’intérêt auprès des industriels – et fit vivre Einstein et Szilárd pendant quelques années. Mais le système ne perça pas en raison de la crise économique et aussi de l’invention des chlorofluorocarbones (des gaz généralement désignés « fréons », de manière abusive car il s’agit là d’une marque déposée). Il tomba donc dans l’oubli.

On s’y intéresse à nouveau aujourd’hui. Le système est très silencieux et ne s’use jamais car il n’y a pas de pièce mobile ni de compresseur. Il peut fonctionner sans électricité, avec n’importe quelle source de chaleur.  Et son coût de fabrication ne devrait pas être très élevé. Il pourrait donc se révéler intéressant pour les pays émergents et les lieux reculés (cependant, il utilise de l’ammoniac). Et les chlorofluorocarbones détruisent la couche d’ozone…

Nécessaire protection des brevets

L’avenir nous dira ce qu’il en est précisément. Mais il importe de souligner que, sans la protection par brevet, Einstein et Szilárd ne se seraient peut-être pas lancés dans l’aventure. Et sans la protection par brevet, leur invention n’aurait sans aucun doute pas fait l’objet d’une description précise ; n’aurait pas intéressé des industriels capables d’investir dans sa transformation en un article commercial (et de rémunérer les inventeurs) ; et ne serait pas parvenue jusqu’à nous. Description précise ? Enfin, ancien examinateur en brevets, Einstein a su en dire suffisamment pour répondre aux exigences légales, et pas trop pour ne pas tout révéler aux partenaires industriels… et à ceux qui s’y intéressent aujourd’hui.

Voilà illustrées par l’exemple d’un homme illustre, des fonctions essentielles du système des brevets. On est loin de l’équation « brevet = monopole = domination économique = oppression » en vogue dans certains milieux. Il est vrai, cependant, que l’on gagne plus, en notoriété et en influence, en peignant le diable sur la muraille qu’en exposant le fonctionnement normal d’un système largement éprouvé.

Les agents du système des Nations-Unies ont aussi un motif particulier d’honorer Albert Einstein, puisqu’il fut une des grandes consciences de son temps. La coïncidence entre l’Année internationale de la physique et le 60e anniversaire de l’ONU est certes fortuite, mais heureuse.

 

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  • Vous nous dites que  » Einstein avait été très touché par la nouvelle de la mort d’une famille entière pendant leur sommeil, à la suite de fuites du gaz réfrigérant utilisé à l’époque. »
    C’est donc plutôt ce drame qui aurait été le moteur de ces recherches.. En fait on n’en sait rien. Par contre son métier alimentaire (Office des brevets) lui laissait du temps pour ses recherches avec le succès que l’on sait.
    La propriété intellectuelle est sujet à débat chez les libéraux. Personnellement je n’en sait trop rien :).

  • Le truc amusant c’est que si on y regarde bien, la recherche scientifique est une preuve, parmi d’autres, du fait que le « brevet » et la « propriété intellectuelle » (qui contrairement à la vraie propriété a besoin de l’Etat pour pouvoir exister et être respectée vue qu’une « idée volée » ne manque jamais à son inventeur). Elle fonctionne (et plutôt bien, même si les impacts négatifs de l’approche « publish or perish » et du peer review généralisé -système auquel Einstein était très opposé- l’ont rendue assez poussive ces dernières décennies) sur un principe totalement inverse, ou l’inventeur d’une idée (auteur d’un article) perd dès publication toute propriété sur l’idée en question, et n’a comme seul droit dessus que la reconnaissance de son autorité… l’idée elle devient tellement libre de droit que certaines, les plus brillantes en fait, sont si commune qu’on ne sait plus trop de qui elles proviennent !

  • Sans la protection par brevet, Einstein ne serait peut-être pas lancé dans la découverte scientifique, mais peut-être que plusieurs passionnés encore plus doués que lui s’y seraient lancés et auraient découvert bien plus de choses. Avec des si, on peut inventer ce que l’on veut.

    Les brevets sont anti-libéraux au possible, ils permettent à des gens d’interdire à d’autres d’avoir les mêmes idées qu’eux, ils détruisent la recherche. La pharmacie s’est largement développée en Suisse, car à l’époque, il n’y avait pas encore de brevets en Suisse et cela a attiré les scientifiques du monde entier. L’informatique s’est largement développée à l’époque où il n’y avait pas encore de brevets logiciels, parce que tout le monde échangeait ses idées. Le Mac et Windows ont révolutionné l’informatique personnelle, parce que Xerox a laissé librement Steve Jobs et Bill Gates pomper le travail de ses ingénieurs sur les interfaces graphiques, souris, etc.

    Les brevets freinent les innovations et donnent un pouvoir démesuré aux grandes entreprises, qui peuvent obtenir un monopole grâce aux brevets, tout en continuant de piller les idées des autres. Leurs cabinets d’avocats arrivent à faire suffisamment trainer les procédures pour qu’un simple particulier ou une petite entreprise n’aient aucune chance de l’emporter. Steve Jobs ne se cachait même pas de piller les idées des autres, malgré les brevets, tout en matraquant par ses avocats tous ceux qui osaient ne serait-ce que s’inspirer un peu d’Apple… 

    • Pour sûr Einstein a fait progresser la physique mais pas tant que ce qu’on pourrait croire. Ses idées étaient déjà en gestation (Lorentz et Poincaré notamment), et probablement que l’inexistence d’Einstein n’aurait retardé que de quelques années ces découvertes. Il était surtout un bon communicant.
      On peut ironiser que s’il a pu faire ces recherches en même temps qu’un travail à temps plein, c’est que le travail ne devait pas être si prenant que ça…

      -1
  • le gros des brevets c est des brevets comme ceux d apple, qui brevete la taille des marches des apple store ou le fait que ces telephone ont des bouts arrondis. C est anti concurrentiel au possible et favorise les societe les plus grosses qui peuvent se payer des legions d avocats

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