Statistiques gouvernementales de la délinquance – « n’ayez crainte, l’État veille… »

Bien souvent on interprète, on manipule les chiffres afin qu’ils s’alignent sur nos positions. Démonstration avec les chiffres de la délinquance.

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Police de Toulouse - Mic via Flickr - CC BY 2.0

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Statistiques gouvernementales de la délinquance – « n’ayez crainte, l’État veille… »

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 19 février 2022
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Avec la campagne électorale pour l’élection présidentielle débute l’heure du bilan du quinquennat s’achevant, bilan d’autant plus nécessaire que le président de la République semble vouloir se représenter. Ce bilan va faire l’objet d’une lecture et d’une relecture des candidats en fonction de leur intérêt propre.

On  attribue à Lénine le citation suivante : « Les chiffres (ou les faits) sont têtus.»

Des publicitaires mal inspirés avaient repris cette idée dans la campagne de vaccination contre la covid affirmant « qu’on peut débattre de tout sauf des chiffres. »

Heureusement que les chiffres existent et nous permettent d’analyser et de rationnaliser des phénomènes politiques, économiques, sociaux, etc. Mais bien souvent les chiffres sont interprétés, manipulés afin qu’ils s’alignent sur nos positions.

Démonstration avec les chiffres de la délinquance.

Les chiffres de la délinquance

Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur l’affirme lors d’une interview au journal Le Parisien le 20 novembre 2021 : « La délinquance générale a baissé depuis cinq ans. »

Malgré la hausse des règlements de compte, en s’appuyant sur la chute du nombre de cambriolages, des vols avec arme et des voitures brûlées, il ajoute :

Il n’y a pas de cocorico à faire mais je constate que la délinquance générale a baissé depuis cinq ans […] Il y a 25 % de cambriolages en moins, deux fois moins de vols avec arme que sous les deux derniers quinquennats.

Les violences urbaines ? Le ministre considère qu’elles diminuent en retenant comme critère le nombre de voitures brûlées (-11 % cette année par rapport à 2020).

Un premier état des lieux chiffré de la délinquance enregistrée en France en 2021, publié le 27 janvier 2022, fait apparaître la poursuite d’une tendance à la hausse d’avant la crise sanitaire. Un bilan plus complet, dressé par le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI), sera publié en juin 2022.

Selon cette première photographie sur l’insécurité et la délinquance en 2021, les chiffres sont en hausse de :

  • +33 % pour les violences sexuelles en 2021
  • +5 % pour les escroqueries, après +1 % en 2020 et +11 % en 2019
  • +13 % du nombre de mis en cause pour trafic de stupéfiants et + 38 % pour usage
  • +12 % pour les atteintes aux personnes (le nombre de victimes de coups et blessures volontaires sur personne de 15 ans ou plus augmente en 2021 après +1 % en 2020 et +8 % en 2020
  • +14 % pour les victimes de violences intra-familiales
  • +9 % pour les victimes d’autres coups et blessures volontaires

 

En revanche, les chiffres sont stables ou en baisse de :

  • +5 % pour les atteintes aux biens (vols sans violence contre des personnes, après -24 % en 2020
  • +4 % pour les vols d’accessoires sur véhicules, après -18 % en 2020
  • les cambriolages de logements et les vols de véhicules sont restés stables après respectivement -20 % et -13 % en 2020
  • -6 % pour les vols violents sans armes

Le bilan du quinquennat Macron vu par son ministre de l’Intérieur

Dans son communiqué de presse publié le 27 janvier 2022, Gérald Darmanin se félicite d’une baisse historique des atteintes aux biens entre 2017 et 2021 :

  • -25 % de cambriolages,
  • -21 % de vols de véhicules,
  • -17 % de vols avec arme,
  • -31 % de vols violents sans arme,
  • -14 % de destructions et dégradations

 

Il regrette une augmentation des atteintes aux personnes due à la hausse, depuis le début du quinquennat, du nombre de victimes déclarées de violences intra-familiales (+57 %) et de violences sexuelles (+82 %).

Selon lui :

Ces tendances s’inscrivent dans le contexte de la libération de la parole et de la meilleure prise en considération de ce sujet par les forces de l’ordre.

Il déplore également une aggravation du nombre des escroqueries de 30 % depuis 2017.

Toujours selon le communiqué, le nombre d’homicides reste stable sur le long terme : 1026 en 2021, 1031 en 2008.

Si les chiffres sont si bons, pourquoi perd-il son sang froid ?

Mardi 8 février, le ministre de l’Intérieur était l’invité d’Apolline de Malherbe sur BFMTV et RMC.
Dans un échange très tendu, celui-ci a accusé BFMTV de présenter des chiffres de l’insécurité de manière populiste.

« Non mais ne vous vexez pas, calmez-vous madame, ça va bien se passer. » lançait-il à la journaliste Apolline de Malherbe déclenchant la polémique en pleine campagne présidentielle où le thème de la sécurité est très discuté.

Tout est parti d’une question de la journaliste qui demandait si le gouvernement ne s’était pas « réveillé un peu tard » sur les enjeux de sécurité, avec l’annonce par Emmanuel Macron d’une loi sur la sécurité intérieure dans les derniers mois du quinquennat.

Bidouillage et tripatouillage sont les deux mamelles de la statistique sécuritaire en France

Il n’existe pas beaucoup de médias qui, comme votre journal Contrepoints laissent à ses auteurs la liberté d’exprimer une réflexion personnelle à contre-sens de la presse subventionnée.

Mais rendons à l’Express d’avoir il y a quelques mois, émis l’idée selon laquelle :

Les statistiques officielles peuvent être biaisées par les pratiques d’enregistrement de plaintes ou les requalifications ultérieures.

L’hebdomadaire cite le ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti, qui déclarait sur France Inter le 11 mai 2021 :

La délinquance n’a pas augmenté, la violence, oui […]J’ai toujours dit que la violence n’avait pas augmenté […]. Ce qui est vrai, c’est que la délinquance des mineurs est marquée par davantage de violence.

Tout le débat se résume à cette hésitation !

Dans un article de septembre 2020, Le Figaro posait la question : « Les chiffres officiels des cambriolages et de la criminalité sont-ils faux ? »

Comment voir clair lorsque des criminologues tels Xavier Raufer ou Alain Bauer dénoncent des tricheries et un système défectueux par nature ?

Xavier Raufer a affirmé sur LCI :

En matière de transmission des données criminelles, le ministre de l’Intérieur triche tant et plus ! depuis 2017, la France ne communique pas aux instances internationales les chiffres des cambriolages en France, parce qu’ils sont affreux.

Il faut lire des livres comme : POLICE-Des chiffres et des doutes pour comprendre comment la publication des chiffres de la délinquance, au même titre que ceux du chômage, sont devenus un moment clé de notre vie politique et médiatique. Ces chiffres participent à la politique gouvernementale de la peur pour maintenir l’électorat dans une position favorable et discréditer toute opposition (de nombreux articles sur la politique de la peur sont parus dans ce journal…).

Quel est l’état de la sécurité en France ?

Lisons quelques titres des derniers mois de 2021 :

Plus de 100 agressions par jour contre les représentants de l’autorité en France

Bordeaux : le trafic de drogue excède commerçants et riverains du quartier Saint-Paul

Des centaines de jeunes envahissent et dégradent le palais omnisport de Marseille

Marseille : les habitants excédés par les cambriolages à répétition à la Pointe-Rouge

Règlements de comptes et fusillades en plein jour : Nantes déstabilisée par le trafic de drogue

Dans la Marne, les viticulteurs à l’affût des voleurs de raisins

 

On pourrait continuer comme ça à l’infini… Il ne s’agit pas ici d’un sentiment d’insécurité mais bien de faits !

On le voit, les statistiques sécuritaires sont un enjeu et un jeu d’équilibre du pouvoir. Mauvaises : elles discréditent l’exécutif. Trop bonnes : ces mêmes chiffres ne permettent plus de justifier la société de surveillance qui se met en place. S’il est urgent de donner les moyens financiers aux diverses institutions (police, gendarmerie, justice, administration pénitentiaire), il est important de réorganiser celles-ci pour plus d’efficacité et de simplicité (les index des statistiques sont trop nombreux pour permettre une lecture rapide des points faibles).

Bref, dans une démocratie libérale, l’État ne doit se charger que du régalien. Et c’est déjà beaucoup. La sécurité (police/justice), parce qu’elle assure la liberté individuelle, doit être la première de ses préoccupations… Préoccupations et pas obsessions. L’équilibre est difficile à trouver dans une démocratie. Il ne peut être assuré que par des institutions indépendantes et fiables.

L’absence de tels organes manque à la France, d’autant plus que la Vème République agonisante depuis plus de 30 ans est dirigée par une caste qui se tient par la barbichette !

Là encore il s’agit de volonté et de courage politique.

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  • Pour le coup, je pense qu’il a raison sur le fait que la parole s’est plus libéré quant aux déclarations de viols par exemple, d’où l’augmentation.
    Par contre, il est un peu facile d’être fier d’une baisse qui semble logique après 1 an de confinements et couvre-feux : ça aurait été un comble que les cambriolages aient augmenté au premier semestre 2020 ! 😀

  • Dans la délinquance et la violence, la responsabilité du gouvernement est avant tout culturelle.
    Il ne s’agit pas d’une question d’effectif mais de positionnement du respect de la loi dans l’esprit d’une très grande partie de la population.
    A cet égard, nombre de personnes dans les plus hautes instances politiques et dans le « milieu » dit culturel ont depuis des années fait la promotion de la transgression de la loi comme c’est le cas entre autres pour la toxicomanie et son trafic.
    Comment veut-on dans ce contexte que la délinquance n’augmente pas puisqu’elle est culturellement acceptée et défendue par toute « l’élite intellectuelle » qui bénéficie du quasi-monopole d’expression dans les médias.
    Tant que régnera cet état d’esprit, l’institution policière ou le Ministre ne pourront rien changer aux chiffres de la délinquance.

  • Il est certain que lorsque les gens sont contraints au confinement, il est difficile d’aller les cambrioler en leur présence !

    • @Mariah
      Bonjour,
      Détrompez-vous : d’après Xavier Raufer, 33% des cambriolages en France sont effectués quand les habitants sont présents. C’est ce qu’on appelle « home invasion » aux U.S.A et en Australie. A ce que j’en sais, le Code Pénal français ne fait pas de distinction entre un cambriolage, c’est-à-dire quand les habitants sont absents du logement, et un home invasion c’est-à-dire quand les habitants sont présents. La présence des occupants dans leurs logements ne freine en rien les délinquants ou autres criminels.

  • je n’ai pas cherché il ya des publications scientifiques là dessus.
    certains doivent étudier la violence et la criminalité que retiennent ils comme indicateurs « fiables ».

  • « Bidouillage et tripatouillage sont les deux mamelles de la statistique sécuritaire en France »

    En fait ce sont les deux mamelles des statistiques gouvernementales… tout court, et un peu partout dans le monde. Si on aime pas le mensonge, il faut se garder des politiciens et des journalistes, ils sont, par nature, des menteurs professionnels. Limite, on peut croire, un peu, avec une grosse pincée de sel, celui qui va contre le discours des autres, mais même pas toujours !

  • Darmanin met sur le dos de la libération de la parole pour justifier la hausse de 82% (!!!!!!) des violences sexuelles, alors que la plupart des gens savent que les violents sexuels ne risquent jamais grand-chose lors des procès, que les féministes continuent de dépeindre les Forces de l’Ordre comme « anti-femmes », et que surtout, victimes et coupables sont triées suivant leur classe sociale. Il ne met pas la responsabilité de la hausse au fait que les prédateurs sexuels sont des « victimes de la société » patentés, vu que c’est le crédo du socialisme, et qu’ils bénéficient donc d’une bienveillance particulière de la part de la Justice. Les quelques 14 000 prisonniers relâchés en 2020 pour cause de « Covid » ont dû bien s’amuser, pardon, bien trembler de peur de la Justice implacable.

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