Plusieurs scénarios pour l’Ukraine

La situation en Ukraine oppose des stratégies différentes des principaux belligérants en Europe et en dehors de celle-ci.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Marcon- Poutine by Trong Khiem Nguyen - https://www.flickr.com/photos/trongkhiem/34989429566/in/photolist-ViTYp1-UZhSLG-2hcWmg7-P7nurc-P7n3nD-QJKcis-2cN8j1u-2d3tnp8-2d3ttZT-QUK3dy-2hrZicM-269ypBP-V1ZgKb 34989429566_3be8063e91_o

La liberté d’expression n’est pas gratuite!

Mais déductible à 66% des impôts

N’oubliez pas de faire un don !

Faire un don

Plusieurs scénarios pour l’Ukraine

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 12 février 2022
- A +

Emmanuel Macron a rencontré Vladimir Poutine le 7 février. Ma première réaction a été de me questionner sur la signification de ce décor un peu surréaliste avec cette longue table qui les séparait.

C’est un jeu de diplomatie qui semble vouloir dire « tu es loin de moi et ce sera difficile de rapprocher nos points de vue ».

Ce que veut Poutine 

C’est clair et il l’a affirmé depuis quelques années, il veut retrouver la grandeur de feu l’URSS et pour cela retrouver un maximum des frontières d’avant la chute de l’Empire soviétique.

Poutine va tout faire pour mettre l’Europe en échec et nous aurions intérêt à ne pas le sous-estimer.

L’annexion de la Crimée en 2014 ne lui a valu que des sanctions économiques.

Il avait comme argument le fait que celle-ci avait été cédée à l’Ukraine en 1954 par un simple décret de Khrouchtchev, alors qu’elle faisait partie de la Russie depuis la fin du XVIIIe siècle. De plus, il ne pouvait pas abandonner le port de Sébastopol, base militaire de premier plan pour la Russie.

L’autre argument était aussi que la Crimée était restée russophile et parlait majoritairement cette langue.

Avançant à petits pas, Poutine a jeté son dévolu sur une autre partie de l’Ukraine qu’est le Donbass mais là, l’historique n’est pas le même, le seul fait qu’une partie de la population parle russe ne peut pas en faire une raison acceptable.

Dans un premier temps Poutine a exigé l’annexion du Donbass et du couloir qui rejoindra la Crimée en attendant probablement de pouvoir récupérer intégralement l’Ukraine et y mettre à la tête un homme à lui, comme cela se passe actuellement en Biélorussie.

Macron nous a affirmé avoir reçu de Poutine les garanties d’une non-agression de l’Ukraine que ce dernier vient de contredire. Il applique une maxime dérivée de la célèbre « Si tu veux la paix, prépare la guerre » par « si tu veux la guerre, fait comme si tu préparais la paix ».

Ce que veulent les Européens

Faute d’avoir tendu la main à la Russie après la chute du mur de Berlin suivi de l’effondrement du bloc soviétique, nous les avons poussés dans les bras de la Chine qui n’en demandait pas tant.

Faute de pouvoir faire machine arrière, et devant un Poutine à la recherche d’une nouvelle grande Russie tournée vers l’Orient, nous voulons sécuriser les frontières actuelles en faisant adhérer les pays limitrophes à l’OTAN, contre (ça veut dire quoi ?) les engagements verbaux donnés à Gorbatchev et Eltsine.

Faute d’avoir su créer notre propre armée européenne nous sommes encore une fois totalement dépendant de l’Oncle Sam pour qui l’Europe n’est plus une priorité.

Nous devons comprendre que Poutine n’acceptera aucune nouvelle adhésion à l’OTAN, appuyé en cela par la Chine qui souhaite affaiblir, voire démanteler cette OTAN mais également l’Aukus, l’alliance de l’Australie, les États-Unis et le Royaume-Uni.

Ce que veulent les Américains

Donald Trump l’a affirmé : « L’Europe est notre ennemie ». Joe Biden n’a pas cherché par les actes à le démentir, preuve en est l’action hostile des sous-marins français vendu à l’Australie.

Prenant prétexte de l’agressivité de Poutine face à l’Ukraine, et après avoir affirmé qu’il n’interviendra pas militairement, Biden pousse l’Europe à prendre des mesures de rétorsion et va obliger l’Allemagne à renoncer à Golf Steam 2.

Il fait d’une pierre deux coups : il punira la Russie qui se tournera encore plus vers la Chine mais, plus grave, il torpillera économiquement l’Allemagne dépendante à 40 % du gaz russe et par là même, l’Europe.

En politique nous n’avons pas d’amis mais seulement des intérêts économiques avait dit le Général De Gaulle !

Un scenario possible

Actuellement, trois pays belligérants cherchent à annexer des territoires qu’ils veulent soumettre à leur influence :

La Chine avec Taïwan, après avoir vassalisé Hong Kong.

La Russie avec l’Ukraine, ou tout au moins une large partie est avec le Donbass qu’ils veulent renforcer par le sud pour faire une jonction avec la Crimée déjà annexée.

La Turquie qui veut, en l’occupant, neutraliser les territoires kurdes du nord de la Syrie, ce qui est déjà partiellement fait. Mais également Chypre dont ils occupent déjà illégalement le nord.

Le scénario à redouter serait que ces trois démocratures, pour ne pas dire dictatures, se mettent d’accord pour envahir les pays convoités en même temps, ouvrant alors un triple front rendant encore plus improbable une riposte de l’OTAN dont la Turquie fait partie.

Si les États-Unis sont éventuellement capables de réagir contre la Chine, ils ne le feront pas sur les trois fronts. Des « nouveaux accords de Munich » ne sont pas loin !

Conclusion

Nous devons cesser d’être naïf. Tant que nous n’aurons pas une armée européenne puissante nous resterons faibles donc vulnérables. La France le souhaite mais il ne faut pas oublier que c’est elle qui a fait capoter ce projet en 1954.

Les manœuvres ont déjà commencé :

Concernant la Russie des signaux forts prouvent leur détermination, avec le déploiement de plus de 100 000 hommes aux frontières de l’Ukraine, mais également des signaux faibles, non moins pertinents, comme le fait que Poutine a rapatrié en catimini et furtivement son Yacht ancré dans le port de Hambourg depuis des années.

Concernant la Chine, des manœuvres d’intimidation s’accélèrent par le survol constant de l’espace aérien taïwanais.

Concernant la Turquie, plus discrète, son implication serait la confirmation de sa volonté affirmée d’islamiser l’Europe, quelle plus belle opportunité que de s’allier à ses deux nouveaux amis.

 

La réponse après les jeux olympiques.

 

Voir les commentaires (5)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (5)
  • « Tant que nous n’aurons pas une armée européenne puissante nous resterons faibles donc vulnérables. »
    Et bien ce n’est pas demain la veille que l’europe, qui est tout sauf une nation, sera autre chose que faible, donc inexistante.

    En 1939 les français ne voulaient déjà pas « mourir pour Dantzig »…
    Je vais enfoncer des portes ouvertes…

    La guerre est une chose sérieuse qui pour ceux qui vont « partir », y compris dans une armée de métier, mobilise les tréfonds reptiliens de notre psychisme, l’instinct de survie.
    Il faut un sentiment profond , le patriotisme (on a rien trouvé de mieux), pour accepter de risquer son intégrité physique (les handicaps et même, bien sûr… la mort), la séparation (spatiale mais aussi parfois sentimentale) d’avec ses proches, parfois la faillite économique , etc…pour accepter toutes ces souffrances.
    Il faut à divers niveaux un « esprit de corps » : d’unités combattantes, d’armée, de nation…et un commandement ayant la confiance des combattants, autant que possible national.
    Or il n’existe ni souveraineté, ni patrie européenne.

    A cette heure, le référendum de 2005 bafoué en est la preuve, la confiance envers la « structure administrativo-commerciale et normative europe » et les citoyens n’existe pas (rien ne permet de croire que cette défiance ne s’est pas amoindrie depuis).
    Mieux, l’europe semble de plus en plus éloignée des peuples, encore plus « hors sol » que nos gouvernants nationaux (pour la France). (Cf l’affiche sur « l’avenir de l’europe » : https:/ /www.lefigaro.fr/vox/monde/jeannette-bougrab-la-commission-europeenne-apporte-un-soutien-explicite-a-ceux-qui-veulent-imposer-un-diktat-aux-femmes-20220210 )
    Militairement, il n’existe pas d’alliances autres que la soumission à l’OTAN et à son commandement à majorité US. Les matériels sont en grande partie achetés aux USA…sous pression « otanienne ».
    A cette heure les masques anti-viraux ne sont pas les seuls à être fabriqués dans un autre pays : la france ne fabrique plus aucune munition d’armes légères…c’est dire !
    Pas de souveraineté donc pas de « patrie » européenne, pas de commandement indépendant uni, pas d’homogénéité sur les objectifs (ni même de majorité), intérêts divergents des différents pays (Allemagne/gaz russe par ex)…
    Quel peuple européen veut aller se battre pour Kiev ?
    Il faut arrêter de rêver.

  • La France est seule à vouloir une défense européenne. Tous les autres pays de l UE souhaitent que l OTAN continue à assurer leurs sécurités. L armée européenne est une marotte bien française pour fournir un socle à ses idées de puissance complètement surréaliste. Comme notre économie va a vau l eau, les franchouillards ont trouvé un cheval de bataille pour loger leur ego surdimmentionne ??????

    -1
  • La Russie attaque…. Je rigole, ou sénile comme un président ou menteur comme un journaliste.
    Sérieux, mais pourquoi voulez vous que la Russie envahisse l’Ukraine, pour quoi y faire, tuer des russes ou les grands parents des russes ? Non, ça n’a aucun sens sauf sans doute aux usa en mal de guerres…. Et qui aimerait bien détruire l’Europe avec leurs potes anglais.

  • La géopolitique est une gigantesque partie d’échec qui se déroule sur des décennies. Prêter une vision, une capacité ou même une volonté à Biden ou encore plus à Macron sur ce sujet me semble osé. Cette politique se fait dans l’ombre de la CIA et du Pentagone aux US et … nulle part en Europe.

    Poutine ou Xi ont tout pour eux : la durée, le pouvoir, et la conjoncture alors que Biden ou Macron sont en difficulté politique personnelle dans leurs pays respectifs. Les « démocraties » occidentales se déchirent entre wokisme, écologisme, crises identitaires et économiques. Les premiers seraient bien stupides de ne pas en profiter pour avancer leurs pions. Le point qui me semble le plus important – et fatal pour les intérêts de l’occident – est la convergence d’intérêt et d’opportunité pour ceux qui ont une revanche à prendre sur les US.

    (Qu’en pense Trudeau ? (LoL))

    • Les USA sont décadents et en passe de perdre leur leadership dans le monde. Biden en est la façade sénile, mais le deepstate est aussi pérenne, voir plus que Poutine.
      Un des concurrents de ce leadership est le couple commercial Europe+Russie, surtout que la Russie est indispensable à l’EU à cause du gaz et des politiques « vertes » de l’UE et que la Russie s’enrichirait en le vendant.
      .
      Le but est quadruple:
      -Affaiblir la Russie à coup de sanctions.
      -Affaiblir l’Europe en le privant du gaz et du commerce russe.
      -Lui vendre en plus les armes mal nées comme le F35.
      -Avancer ses armées désœuvrées en Europe.
      .
      Les USA ont une longue tradition de mensonge, d’agressions et de destructions aveugles qui mettent des régions ou des concurrents en périls, ils ne cherchent rien d’autre qu’à vendre des trucs et garder leur leadership.
      .
      Plein d’intérêts et d’avis se mêlent dans cette affaire, le complexe militaro-industriel très important, des raisons idéologiques (bien/mal/socialisme/libéralisme), des gens coincés dans les années 80 (comme l’auteur), des raisons psychologique (crise=guerre), d’auto-hypnose, de paranoïa, de diversion etc. etc.
      .
      C’est là où vous avez raison, il n’y a pas de « plan » ni aucune vision à long terme et c’est d’autant plus dangereux. Les USA se sont laissé bouffé par la bureaucratie et l’imbécilité et ils ont plusieurs graves conflits interne avec des forces qui sont plus ou moins alliées (certains écolos pourraient voir d’un bon œil une guerre meurtrière loin de chez eux par exemple).

  • Les commentaires sont fermés.

La liberté d’expression n’est pas gratuite!

Mais déductible à 66% des impôts

N’oubliez pas de faire un don !

Faire un don
Macron présidentielles
2
Sauvegarder cet article

La démocratie n’a pas toutes les vertus qu’on lui prête habituellement ; encore convient-il de la définir avec précision, car « les mots sont traîtres et finissent par désigner des réalités bien différentes de celles qu’on leur avait auparavant assignées » Ainsi des dictatures ont-elles été appelées « républiques démocratiques ».

Au-delà de ces extrêmes la démocratie contemporaine se fourvoie de trois manières.

 

Les dérives de la démocratie

La première consiste à croire, comme le faisait Jean Baechler, que la démocr... Poursuivre la lecture

Par Cyrille Bret et Florent Parmentier.

Près d’un an après le déclenchement de l’opération militaire russe contre l’Ukraine, le 24 février 2022, quelles sont les évolutions possibles du conflit dans les mois qui viennent ? La difficulté de la prospective est particulièrement marquée pour ce conflit car les « surprises » militaires, diplomatiques et stratégiques ont été nombreuses.

D’un côté, la combativité des forces ukrainiennes, le soutien de l’UE et des États-Unis à Kiev, les difficultés logistiques et tactiques des forces ar... Poursuivre la lecture

Un article de Conflits

Le premier tour de l’élection présidentielle de la République tchèque a eu lieu le 13 et 14 janvier 2023. Si les pouvoirs du président de la République sont faibles dans ce pays, cette élection met en évidence des divisions. D’un côté se trouve Andrej Babis, l’ancien Premier ministre centriste considéré comme populiste, de l’autre Petr Pavel, l’ancien chef des armées de la République tchèque et ancien président du comité militaire de l’OTAN. Second tour à la fin du mois.

Ainsi, en matière de politique étra... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles