L’impôt et la vache contribuable

La fiscalité est au fond un esprit d’État autant qu’un état d’esprit : il n’est pas seulement question de financer la souveraineté, il est désormais aussi question de faire de l’ingénierie sociale.

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taxes By: Mike Cohen - CC BY 2.0

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L’impôt et la vache contribuable

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 29 janvier 2022
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Par Lourmais.

Si la France a des frontières, sachez que son État n’en a pas. Car s’il y a bien quelque chose que les pouvoirs ont appris de leurs siècles d’exercice, c’est que s’il y a un temps pour l’essor, il y en a surtout un autre pour l’essorage. Le bon citoyen se doit de nos jours d’être absolument sec et blanc de tout crime de richesse, quitte à reléguer la dignité humaine au rang de loi désuète.

La fiscalité est au fond un esprit d’État autant qu’un état d’esprit : il n’est pas seulement question de financer la souveraineté, il est désormais aussi question de faire de l’ingénierie sociale. Ainsi, contre l’inégalité économique est instituée l’inégalité en droit, l’une ne pouvant décemment souffrir l’existence de l’autre. Cette correction arbitraire se traduit en matière fiscale par un système particulièrement complexe et malhonnête.

Et de fait, on remarque que si certains semblent habitués aux abattements, d’autres paraissent plutôt habitués aux abattoirs. Ne vous en moquez pas, car si le rire est contagieux, le malheur l’est encore plus. Sans évoquer l’impôt sur les sociétés, nous sommes tous des victimes directes ou collatérales de l’imposition des revenus et des successions, autant par leur forme, la progressivité, que par leur fond, leur illégitime existence.

La progressivité des impôts

Soyons clairs, la seule chose qui permet à la progressivité d’être légale, c’est qu’il y a moins de vaches à lait que de biberonnés. Dans le cas contraire, la majorité bovine aurait tôt fait de rejeter un dispositif si injuste à son encontre. Il apparaît donc que le principe de progressivité ne peut survivre qu’en entretenant la pauvreté qui l’appuie. À partir de là, autant dire que chacun ne peut que souffrir d’un manque cruel d’incitation : les uns à entretenir et les autres à ne plus être entretenus.

C’est par cette contradiction naturelle que les nations régressent et que les peuples s’appauvrissent. Car s’il existe bien des gens pour s’accommoder du manque d’incitation, il y en a chez qui l’ambition dicte l’exil : quitte à s’enrichir, autant ne pas s’en trouver puni. Aussi, pendant que les terres étrangères se font le paradis des talents français dissidents, nous nous faisons l’enfer des talents français d’ici-bas ; voilà longtemps que la France sourit aux autres cieux.

Il y en a surtout d’autres chez qui l’ambition est graduée par les paliers d’imposition, ces maudites guillotines à progrès. Bien entendu, il y aura toujours un foisonnement d’initiatives, surtout chez un peuple aussi fertile que le peuple français, mais, sous ce régime, elles seront toutes promises au triste musée des choses petites ou inutiles.

Au fond, condamner la progressivité n’est pas défendre les intérêts de quelques prospères ; c’est prévenir l’infortune nationale. Les sanctions pour richesse ne sont que des lois de pauvreté. Ceux qui par envie, oisiveté, revanche ou sincère croyance, admettent de si funestes mesures, sont punis par la misère pour ne pas avoir vu d’où venait vraiment leur malheur. Au-delà de l’aspect purement matériel, la progressivité mène à une véritable impasse politique. Pourquoi les citoyens qui ne financent pas la souveraineté sont-ils autorisés à en élire les ouvriers ? Imposé, pourquoi n’ai-je pas davantage voix au chapitre que celui qui vit de mes impôts ? Voilà des questions de vache à lait ; l’esprit de solidarité nationale n’est qu’exceptionnellement authentique.

En vérité, on ne peut faire coexister le suffrage universel et la progressivité trop longtemps sans créer de tensions politiques légitimes dans le corps électoral. Il faut donc choisir l’un ou l’autre. C’est pourquoi, si le diable voulait que ces impôts demeurent malgré tout, les faire proportionnels et universels serait déjà moins intolérable.

Leur illégitime existence

Il n’est toutefois pas question par ces quelques lignes de faire vivre ces mauvais impôts sous des formes moins nocives, mais de revendiquer leur abolition. Car vous auriez tort de penser qu’il ne s’agit que d’efficacité économique.

Il s’agit d’abord de propriété et d’intimité. L’objet fondamental de l’État n’est ni de connaître ni de souiller la propriété, mais de la protéger en tant que tel. Il doit ignorer la fortune de chacun, cesser de faire de la pauvreté une vertu et de la richesse un crime. Car si on admet un instant l’hypothèse que le respect d’une stricte égalité des patrimoines procure du bonheur à une nation, il faut admettre que le respect d’une stricte égalité des dignités lui procure du sens. Or, force est de constater que dans la vie, si la quête du bonheur est toujours demeurée vaine, la quête de sens a souvent permis de s’épanouir.

L’égalité des dignités consiste ici en un identique respect du droit de propriété de chacun. Violer cette égalité, c’est pour l’État nuire gravement à sa légitimité et à l’intimité des citoyens. En effet, il ne peut y avoir d’imposition des revenus ou des successions sans un État absolument omniscient. Aucun de vos revenus, aucune de vos activités ne doit échapper à sa connaissance ; votre liberté sera toujours proche d’une frontière fiscale. On se demande selon quelle règle effrayante un État peut être instruit de tant de confidentialités. Les administrations doivent-elles tirer leurs ressources d’un voyeurisme malsain et exorbitant ?

C’est une bien cruelle légitimité qu’a donné la convoitise collective à un État qui n’en demandait pas tant. L’homme moderne se satisfait de se voir taxer pour la moindre de ses possessions ; il faut craindre que l’homme de demain se satisfasse de ne rien posséder du tout. Car voilà bien le problème : ce n’est pas l’État qui s’est introduit chez nous, c’est nous qui l’y avons introduit. Nous l’avons autorisé à être injuste une fois, c’est-à-dire en réalité à l’être tout le temps.

Nous l’avons autorisé à tout connaître de nous, c’est-à-dire en vérité à choisir ses proies. Nous l’avons autorisé à ne pas voir en nous des Français égaux en dignité mais des bourses inégales à taxer selon son bon vouloir. On prétendra que c’est par esprit de justice sociale ou par bonté que l’État ne peut résister à la volonté populaire qui lui commande justice.

On sait pourtant bien résister aux spasmes populaires dans d’autres occasions, particulièrement lorsqu’ils sont mal guidés par l’instinct primitif. Alors pourquoi pas là ? Et puis « justice sociale », pour quel crime ?

Ce simulacre de justice est en fait le moyen le plus sûr et le plus rapide pour faire s’évanouir toute dignité et, contrairement à son vœu pieux, il plongera la multitude dans l’indigence à défaut d’en faire sortir quelques-uns. La prospérité expirera par manque d’appétit et la population par manque de repas.

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  • Bien vu et vachement bien dit!

  • Le pire dans ce système, c’est que si vous faites partie de la petite minorité qui paie encore sa taxe d’habitation ou des Français qui n’ont pas droit aux chèques inflation, carburant…, vous êtes considéré comme un privilégié par vos contemporains, voire jalousé.
    Notre pays bascule inexorablement vers le communisme alors qu’il est dirigé autant par la droite que par la gauche. Cherchez l’erreur…

  • Les commentaires sont fermés.

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