Les classes moyennes supérieures n’ont pas besoin de l’État

Les classes moyennes supérieures sont une catégorie de la population oubliée qui sert de vache à lait pour l’Etat.

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Family-Classes moyennes By: Kat Grigg - CC BY 2.0

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Les classes moyennes supérieures n’ont pas besoin de l’État

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 12 janvier 2022
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Le magazine Envoyé spécial de France 2 a consacré le 6 janvier un reportage intitulé « Classes moyennes : la colère des sans-aides ». On y voit deux familles se plaindre, non pas de l’absence d’aides de l’État, mais d’un pouvoir d’achat réduit depuis plusieurs mois en raison de la crise sanitaire.

Pas beaucoup de rapport avec le secteur privé d’ailleurs, mais une première famille constituée d’un cadre de santé de l’hôpital public et d’un employé de La Poste, une seconde famille constituée d’une responsable et d’un concierge dans un centre social et culturel avec des revenus de l’ordre de 3800 euros par mois. Il n’en fallait pas plus pour que les réseaux sociaux s’agitent et que l’on voue aux gémonies ces privilégiés.

Les classes moyennes supérieures, vaches à lait de l’État

Au-delà des polémiques et en dépit du fait que les personnes sélectionnées n’étaient pas représentatives de ce dont nous voulons ici traiter, le reportage de France 2 permet de focaliser son attention sur une catégorie de Français oubliée : celle des foyers qui ne gagnent pas assez pour se trouver dans la classe honnie des riches, mais qui gagnent trop ou beaucoup trop pour bénéficier des aides de l’État, ou de la plupart d’entres elles, même si les plus aisés sont concernés par la « gratuité » de l’enseignement public, notamment dans le domaine supérieur.

Bien qu’il puisse s’agir de hauts cadres du secteur public, titulaires en cela de la sécurité de l’emploi, donc d’un privilège hautement avantageux, il s’agit pour l’essentiel de ces artisans, commerçants, propriétaires de petites et moyennes entreprises, professions libérales, hauts cadres du secteur privé, qui ont plus ou moins réussi leur vie professionnelle. Une catégorie très bigarrée en elle-même et très profitable à l’État. D’une part, elle contribue considérablement au fonctionnement de ce dernier, par ses revenus et sa consommation notamment. D’autre part, elle se trouve toujours au-dessus des barèmes des aides accordées, telles les aides au logement ou à la consommation.

Mais si les classes moyennes supérieures servent l’État, celui-ci ne leur sert à peu près à rien. En effet, la fonction étatique essentielle de producteur de sécurité publique est de plus en plus évanescente, si bien que ceux qui appartiennent à cette catégorie doivent assurer une part plus ou moins importante de leur sécurité privée et professionnelle : depuis longtemps des portes blindées et autres volets, depuis peu des systèmes de vidéosurveillances entre autres.

Le bénéfice des services publics imposés, à commencer par ceux des collectivités locales, est très largement absorbé par des impôts locaux croissants. Le fait de mettre ses enfants dans des écoles privées, de l’enseignement primaire à l’enseignement supérieur, provoque un double paiement traditionnel : une contribution à l’école publique par le truchement des impôts et un paiement direct de l’école privée considérée. On pourrait multiplier sans fin ce type d’exemples.

Impôt progressif sur les revenus, impôts sur le patrimoine, une pluie de prélèvements obligatoires s’abat sur une petite minorité dont l’appartenance à la communauté nationale lui revient bien cher. Une petite minorité qui voit également s’abattre sur elle une pluie de critiques de la part de ceux qui l’envient et dont la reconnaissance dite sociale tient pourtant de l’Arlésienne.

Rien d’étonnant dès lors à ce qu’elle n’intéresse pas par principe les hommes politiques. Le salaire médian s’affichant en France à environ 2000 euros, un peu plus dans le secteur public que dans le secteur privé, ceux qui dépassent plus ou moins nettement ce plafond ne présentent aucun intérêt électoral. Si ce n’est à titre de repoussoir : pour la gauche, et plus encore pour la gauche de la gauche, il s’agit d’une minorité privilégiée qui doit rendre gorge ; quant à la droite, soucieuse d’éviter tout reproche de favoritisme envers des « privilégiés », elle se fait habituellement très discrète.

Un système fiscal défavorable

En effet, dans un système démocratique fondé par définition sur la règle majoritaire, on néglige les 10 % de foyers fiscaux qui payent plus de 70 % de l’impôt sur les revenus, a fortiori les quelques pour cent qui en règlent une bonne partie.

Pour cette minorité prétendument privilégiée, qui crée beaucoup d’emplois, qui coûte peu à l’État, qui contribue de manière disproportionnée aux prélèvements obligatoires, notre État providence le plus développé au monde est devenu, n’ayons pas peur des mots, cauchemardesque. Faisons un peu de politique fiction : si elle faisait sécession, l’État se trouverait très largement démuni, tandis qu’elle vivrait autrement mieux.

Au-delà de l’aspect injuste de cette situation, qui est le point primordial, un raisonnement en termes utilitaristes permet de comprendre les effets pervers du traitement réservé aux classes moyennes supérieures, à commencer par les stratégies d’évitement fiscal et le « vote par les pieds » avec des départs à l’étranger, naguère limités aux plus riches. Sans parler des « niches fiscales » qui ont été inventées en grande partie pour atténuer la lourdeur de la fiscalité et qui n’ont aucune légitimité par principe.

Les classes moyennes supérieures sous le joug de la majorité

Ainsi que nous l’avons montré dans notre dernier ouvrage, Exception française, nous sommes passés quant au droit de suffrage d’un extrême à l’autre : avec le suffrage censitaire des Chartes jusqu’à 1848, une petite minorité privilégiée a pu imposer à la grande majorité de la population un protectionnisme délétère qui limitait la concurrence et renchérissait les prix des produits ; avec le suffrage universel -masculin- de 1848, puis de 1870, la grande majorité de la population, par l’intermédiaire des hommes politiques au pouvoir, a progressivement mis sous le joug une minorité « privilégiée ».

Progressivement, car il a fallu, à partir des lois sociales du début de la IIIe République, puis de l’instauration de l’impôt sur les successions et de la progressivité de l’impôt sur les revenus sous l’influence du solidarisme, attendre les réformes sociales de l’entre-deux guerres, puis surtout de l’après Deuxième Guerre mondiale, pour voir régner en maître un interventionnisme patiemment construit depuis des siècles.

Par-delà toute idéologie, force est de constater que l’assujettissement des classes moyennes supérieures semble avoir atteint un niveau difficilement dépassable, sauf à appauvrir le pays de manière majeure et accélérer la fuite des cerveaux. Il appartient aux vrais réformateurs d’en prendre conscience et de bâtir un programme qui mette fin à cette spoliation. Non pas tant dans l’intérêt d’une minorité privilégiée, mais surtout pour faire régner la justice et la prospérité dans notre pays. Autrement dit, au régime démocratique que nous subissons, il convient de substituer enfin une authentique démocratie libérale, respectueuse du droit de propriété de tous.

 

Voir les commentaires (18)

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  • en revanche l’état a besoin de nous , ou plutôt de notre argent pour en vivre grassement ….à défaut de compétences et de courage pour gouverner intelligemment , l’état se rappelle à notre bon souvenir en nous emmerdant jusqu’à la gauche ;

  • Les autres non plus. Voire encore moins.
    Les plus pauvres car elles n’ont rien à perdre et que donc la police, qu’elles financent pourtant, ne travaille guère pour elles.
    Les plus riches parce qu’elles sont libres de s’établir sous des cieux plus cléments.

    • Tout le monde, le riche comme le pauvre, se fait détrousser par le taxeur fou à chaque richesses qu’ils pourraient créer, à chaque échange libre qu’ils effectuent avec autrui, même dans le don et la mort l’état vient s’immiscer.
      Ce serait acceptable de payer des d’impôt ( disons plutôt que je consentirais à payer un service de police et de justice étatique, mais je n’oblige personne ) si l’état rendait les services régaliens pour lesquels on le paient ( protéger les biens et les personnes ). Mais il ne le fait pas, on est tous bien d’accord ?
      Alors quid du monopole de la violence légale ? Moi j’aime pas les monopoles.

      • Je ne conteste pas le monopole de la violence de l’état, évidemment, mais je m’interroge et je n’ai pas de réponse raisonnable, forcément.

      • Lorsque je parle de la protection des biens et des personnes, je ne fais que souligner que ceux là même qui sont censés protéger nos droits nous volent ( bien plus que les voleurs )

  • Bien d’accord. Une très petite minorité s’enrichit outrageusement en s’exonérant des prélèvements par des montages internationaux : elle a compris qu’il suffit de faire financer les pauvres par les catégories moyennes. De ce fait c’est tout pays qui se paupérise, on amuse le bon peuple avec un théâtre pseudo-démocratique bavard et privé de moyens d’action dont Macron est le chef d’orchestre mandaté par cette classe dominante très restreinte. C’est pourquoi la gauche et la droite n’ont plus de sens, il n’y a qu’un objectif : l’asservissement du pays par un outil technocratique soumis au profit de quelques privilégiés.

    • macron bavard….c’est peu de le dire ; c’est un vrai moulin à parole qui adore s’entendre parler , et « qui parle beaucoup ne fait pas grand chose  » ;

    • Entièrement d’accord avec l’auteur JP Feldman. Argument complémentaire et objectif de votre part.

  • Le jour est proche où nous n’aurons plus que l’impôt sur les os.
    Michel Audiard

  • deja il faut definir ce qu on appelle classe moyenne superieures. Car un concierge et un reponsable (de quoi?) gaganant a eux 2 3800 € (soit 1900/mois chacun) c ets les classes moyenne superieure on comprend pourquoi la france coule !
    Je pense d ailleurs qu il est stupide de le definir par les revenus ou meme le capital. Il est plus domageable pour le pays de perdre un chercheur a 2000 €/mois ou un inge a 2500 € qu un rentier qui gagnerait la meme somme (le second ne produit rien)

    Pour les services de l etat, l auteur oublie le gros de depenses. La securite c est peut etre 5 % (en agregeant pilice et justice). L education nationale c est pas 10 %. Le gros de despenses (plus de 50 %) c est les pensions de retraites et les soins medicaux
    Donc si on reprend l exemple de l auteur, la classe moyenne superieure se fait tondre et ne beneficie de rien pour elle (quoique : elle n est pas (encore) obligee de vivre dans une zone grillagee et securisee comme dans un pays du tiers monde) mais ses parents ou grand parents eux sont les gros beneficiaires : pension de retraite elevee et soins medicaux quasi gratuit. Donc ca leur promet un heritage pas reduit car pépé a du vendre pour payer ses soins

    Je reconnais que c est un systeme malsain qui decourage et incite les jeunes generations a s expatrier mais il faut etre honnete et signaler ou sont les gros gagnants du systeme actuel (c est pas la personne au RSA a 500 €/mois)

    -1
    • @cd il n’y a pas de « gros gagnant au système » , c’est pour ça qu’il est néfaste de stigmatiser qui que ce soit, tout le monde est perdant : le très riche contraint de vivre ailleurs , le moyen sup s’exile et/ ou est abruti d impôts en bossant comme une mule , le moyen rame , le pauvre reste collé pauvre car il n’a aucun espoir de monter une pente verticale, l’ immigré désespère car on lui a vendu le Pérou . Et tout le monde protège « le système » car malgré toutes ses imperfections tout le monde en dépend plus ou moins (ou en dépendra via les retraites) et s’il tombe , tout le monde dégringole.

    • Le rentier ne produit rien, mais il investit. Et l’investissement, il n’y en a pas trop en France. A moins bien sûr que vous parliez du rentier qui investit moins bien que la BPI, mais celui là il ne va pas rester rentier longtemps… Quand à la question du confortable héritage de papy mamie, ne vous inquiétez pas, l’état a un plan pour ça aussi.
      Enfin la définition de classe moyenne supérieure: c’est simple, entre le revenu médian et le riche (2400€ @Hollande). L’utilité de la définition, c’est la taxation, pas la productivité ou que sais je encore…

  • le titre..

    l’état est un concept.. mais c’est aussi ..ce qu’il est..

    personne « n’a besoin » de l’état..et tout le monde » a besoin « d’un état..

    -1
  • Seul un effondrement pourrait arrêter ce système de folies.

  • Parfaitement expliqué et tout-à-fait juste.

  • Le bon impôt, c’est celui que paie les autres.
    Raison pour laquelle, tout le monde adore l’ISF.

  • Suite à une cessation d’exploitation, je me suis retrouvé pendant 2 ou 3 ans sans SECU, ce qui m’arrangerait, mes revenus étant très bas. Passant pour un fou auprès de mes amis, je suis allé trouver mon assureur, qui m’a proposé une assurance santé équivalente à la SECU+ mutuelle. J’ai vécu ainsi pendant cinq ans, bien remboursé et à un tarif fixe. Les Assurances sociales m’ont retrouvé et obligé de cotiser. La différence ? Fournir chaque année sa feuille d’impôt et faire évoluer le tarif en fonction. Ce qui le choque, c’est 1) le monopole de la Sécu, 2) un service à un prix et je ne vous pas ce que les impôts ont avoir avec. Suis-je fou, ou simplement libéral?

  • Correctif: ce qui ME choque, et, je ne VOiS pas. J’ajoute par la même occasion que mon assureur privé avait un autre avantage: l’amabilité.

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