Inflation : les gouvernements pris à leur propre piège

Aujourd’hui, il semble que les effets nocifs de l’inflation sur la production potentielle ne soient pas mieux pris en compte, ce qui conduit à faire l’hypothèse erronée du caractère temporaire de l’inflation.

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Inflation by iirraa (Creative Commons CC BY-NC-ND 2.0)

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Inflation : les gouvernements pris à leur propre piège

Publié le 8 novembre 2021
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Par Radu Vranceanu et Marc Guyot.
Un article de The Conversation

Il y a un an, certains économistes semblaient persuadés qu’on pouvait augmenter indéfiniment les dépenses publiques car, tant que le chômage n’était pas revenu à son niveau pré-covid, il n’y aurait pas d’inflation. À l’extrême de cette vision, les adeptes de la théorie monétaire moderne recommandaient une hausse massive des dépenses publiques – et donc de l’endettement public – jusqu’au point où tous ceux qui cherchent un emploi en trouvent un.

Aujourd’hui, trois constatations s’imposent :

  • Lorsque le niveau du stimulus fiscal (plus de dépenses, réduction d’impôts) pousse la demande globale au-delà de la capacité productive maximale de l’économie, des pénuries locales apparaissent et la hausse des prix se met en marche.
  • La pandémie a provoqué un ample « choc d’offre », l’équivalent d’une réduction du potentiel productif de l’économie (mondiale). L’ampleur du choc d’offre engendré a été largement sous-estimée, que ce soit par les organisations internationales, les dirigeants politiques et même le marché, comme l’attestent les anciennes prévisions d’inflation ayant largement sous-estimé l’inflation actuelle.
  • L’inflation qui, comme actuellement, touche les biens de première nécessité comme l’énergie utilisée pour le chauffage domestique et les produits alimentaires, constitue un phénomène profondément discriminant qui affecte plus fortement les ménages les plus défavorisés.

Ainsi, la crise économique post-covid n’a pas rompu les principes de l’économie, qui s’appliquent à cette crise comme ils se sont appliqués lors des crises précédentes, notamment les crises d’offre des années 1970. Par leurs politiques de dépense excessive face à une offre entravée, les gouvernements apparaissent comme les principaux responsables de cette inflation.

Un caractère transitoire incertain

Ainsi, aux États-Unis, le président nouvellement élu Joe Biden s’est lancé dans une vaste expérimentation sociale, multipliant les dépenses publiques et creusant le déficit dans un contexte où l’économie américaine sortait de la crise. La hausse des prix à la consommation a très rapidement accéléré, passant à 4,2 % dès avril 2021, et était en septembre pour le cinquième mois d’affilée au-dessus de 5 % sur 12 mois, selon les données de l’US Bureau of Labor Statistics.

En zone euro, avec 4,1 % attendus en octobre (3,4 % en septembre), la situation semble un peu moins problématique, ce qui est cohérent au regard de l’ampleur des programmes de relance. Au 1er octobre 2021, le soutien global à l’économie (dépenses et exonérations fiscales) représentait 25,5 % du PIB aux États-Unis contre 15,3 % en Allemagne, le taux le plus élevé de la zone euro, selon le Fonds monétaire international (FMI).

Les experts de L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pointent aujourd’hui le caractère transitoire de cette inflation :

« Une fois les goulots d’étranglement éliminés, la hausse des prix de produits durables, comme les voitures, devrait se tarir rapidement, puisque l’offre de produits manufacturés devrait augmenter rapidement. »

Les mêmes experts rappellent que les mécanismes d’indexation des salaires n’existent plus. L’inflation actuelle ne devrait donc pas se retrouver dans une hausse des coûts de production demain, enclenchant une « boucle prix-salaires-prix » comme dans les années 1970. Cela dit, on constate une nouvelle vivacité des syndicats partout dans le monde et de leur capacité à négocier des hausses de salaire dès lors que l’inflation, qui avait quasiment disparu, est de retour. Il est par exemple frappant de constater que les grèves se multiplient aujourd’hui aux États-Unis.

Le point sur lequel nous aimerions insister dans cet article est que la hausse des prix et les pénuries locales qui l’accompagnent peuvent en effet dégrader la production potentielle de biens par au moins quatre canaux :

  • La hausse des prix de l’énergie et des matières premières peut provoquer des faillites, notamment dans les secteurs où ces coûts représentent une part importante du coût total et où l’entreprise ne peut pas transférer les surcoûts sur les consommateurs en raison d’une forte concurrence. Les plus petites entreprises, PME et TPE, risquent d’être les plus vulnérables.
  • Les pénuries de certains composants peuvent enrayer la fabrication des produits finaux, comme c’est le cas sur le marché de l’automobile. Actuellement, la pénurie de puces amène en effet les constructeurs à rationner leur production. Comme Toyota et General Motors, Renault a annoncé à son tour une réduction de la production de 17 % cette année, malgré une demande soutenue.
  • Les entreprises les plus fragiles ne pourront pas augmenter les salaires pour compenser l’inflation ; elles subiront des départs de personnel. Si celui-ci part pour des entreprises plus efficaces, qui se développent, c’est une situation normale. Si le personnel quitte l’entreprise pour l’inactivité ou le chômage, cela dégrade l’offre potentielle.
  • Enfin, de nombreuses entreprises à fort endettement et faible rentabilité, surnommées « firmes zombies », ne survivent actuellement que parce que les banques continuent à les refinancer à des taux proches de zéro. Au moment où les taux d’intérêt commenceront à refléter l’inflation et augmenteront, nombre de ces firmes risquent de faire faillite.

Dans ce contexte, que peuvent faire les autorités publiques ? Il semble que la meilleure réponse à cette question serait de ne prendre aucune mesure qui conduirait à une nouvelle stimulation de la demande face à une production désorganisée et à une augmentation de l’endettement public.

Le risque d’alimenter l’inflation

Certes, l’inflation est peut-être un moindre mal : on peut comprendre que les gouvernements n’aient pas voulu ajouter la réduction des revenus à l’angoisse provoquée par la crise sanitaire. Peut-être, comme le suggère une équipe de chercheurs américains, une courte période d’inflation élevée reste nécessaire pour réaligner les salaires, compte tenu des évolutions divergentes des différents secteurs dans l’économie post-covid.

Mais à partir de la situation existante, toute intervention supplémentaire risque de rendre l’inflation pérenne, avec les conséquences néfastes que nous connaissons, notamment en termes de réduction du pouvoir d’achat des ménages les plus fragiles :

  • Ainsi, bloquer la hausse des prix, quel que soit le marché, est une fausse bonne idée, car elle ne fait qu’augmenter les pénuries et empêche l’augmentation de la production.
  • Réduire le taux de TVA a du sens car cette mesure ne modifie pas les prix relatifs et donc l’allocation des ressources. En revanche, elle ne peut pas cibler les ménages les plus fragiles. Attribuer une subvention forfaitaire aux ménages les plus modestes, comme décidé par le gouvernement de Jean Castex, peut également avoir du sens car cela ne modifie pas les prix relatifs. Cependant, qu’il s’agisse de réduction de taux de TVA ou de transferts (3,8 milliards pour la « prime inflation » en France), les deux mesures vont stimuler la demande, dont l’excès est déjà à l’origine de l’inflation.
  • À demande globale constante, la préservation du pouvoir d’achat des ménages les moins aisés peut se faire par un transfert en provenance des plus aisés, comme proposé par certains députés démocrates aux États-Unis sous le nom de « taxe milliardaires ». Il n’est pas certain qu’une telle mesure soit politiquement acceptable.

Certains dirigeants politiques, aux États-Unis ou encore plus récemment au Royaume-Uni, ont en outre proposé une hausse massive du salaire minimum afin de compenser la perte de pouvoir d’achat. Celle-ci pourrait être probablement absorbée par les grands groupes disposant d’un pouvoir de marché suffisant. En revanche, elle contribuerait fortement à la sortie du marché de nombreuses PME, avec des conséquences dramatiques sur l’emploi et une nouvelle réduction de l’offre qui pourrait renforcer à son tour les tensions inflationnistes.

Depuis le début de la crise, l’aspect « choc d’offre » a été largement négligé par les organisations internationales et leurs départements de prévision, qui ont sous-estimé l’inflation actuelle. Aujourd’hui, il semble que les effets nocifs de l’inflation sur la production potentielle ne sont pas mieux pris en compte, ce qui conduit à faire l’hypothèse erronée du caractère temporaire de l’inflation. Ce diagnostic imprécis risque de conduire à des politiques économiques à même de renforcer l’inflation qu’elles cherchent à combattre.

Radu Vranceanu, Professeur d’économie, ESSEC et Marc Guyot, Professeur d’économie, ESSEC

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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  • N’étant pas économiste j’aurais aimé avoir une définition de l’inflation..

    sans en disposer l’inflation c’est pour moi ,le fait que je dois travailler davantage pour moi en temps pour avoir le même pouvoir d’achat..
    Et ce phénomène individuel est étendu à l’ensembe de la société..

    il apparait aussitôt que l’inflation est un machin difficile à mesurer.. je ne travaille pas pareil et je n’achète pas pareil.. ça SEMBLE aisé.. ça ne l’est pas..

    je veux bien parier que si je vais chercher la façon de mesurer l’inflation..je vais le confronter à des choix arbitraires qui , je suppose, sont capables de changer le signe de l’inflation..

    Par ailleurs, je refuse demettre dans la case impression de monnaie les aléas qui impactent les choses que j’achète et le travail que je fais..

    Je suis un être simple , je suis allé voir la mission de la BCE… maintenir le pouvoir d’achat..

    ce qui est foncièrement stupide…sinon potentiellement sujet à l’amplification..

    les gouvernement favorisent l’impression de monnaie de connivence avec ceux qui distribue cette nouvelle monnaie;. ils parasitent… grâce à l’idée que la quantité de monnaie doit augmenter.. vraisemblablement pour rendre plus facile le crédit ( je devine) ,, sauf que le crédit n’a pas de sens si il est artificiellement fabriqué..

    MAis aussi si la bce peut imprimer de la monnaie il devrait aussi y avoir un mécanisme qui au grès des circonstances..détruit de la monnaie papier..

  • Il y a encore 6 mois, les économistes ne croyaient pas du tout à l’inflation, c’est dire la pertinence de leurs prévisions …

  • On dirait que les clowns à roulettes qui nous gouvernent font systématiquement l’inverse de ce qu’il faudrait faire.

    La planche à billets qu’ils font furieusement tourner, en toute décontraction, c’est forcément de l’inflation, à terme (on y est). Tant il est vrai que comme le disait J. Rueff, l’inflation c’est financer des dépenses qui ne rapportent rien – ça, nos clowns à roulettes savent faire – avec de l’argent qui n’existe pas. Donc la ruine des épargnants ou comme l’a dit Keynes, l’euthanasie des rentiers.
    Les communistes et leurs amis socialistes détestent la propriété privée, cette dernière étant la garantie de l’indépendance des citoyens par rapport à l’État, c’est-à-dire les hommes de l’État, c’est-à-dire eux. L’inflation via la planche à billets est un outil parmi d’autres pour attenter à la propriété privée et faire de nous leurs larbins, tout juste bons à travailler et à payer des impôts (leur permettant de vivre grassement), comme on trait et on tond le bétail – avant de le réformer quand il ne sert plus à rien.

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