Anne Hidalgo sort la carte de la victime

Anne Hidalgo-2 By: Jacques Paquier - CC BY 2.0

Anne Hidalgo se voyant systématiquement comme une victime, on n’ose imaginer ce qu’elle va trouver à dire à ses concurrents lors des débats présidentiels.

Par Nathalie MP Meyer.

Anne Hidalgo se voit comme l’une des rares femmes au monde à exercer le pouvoir politique au plus haut niveau. Selon elle, sa réélection triomphale à Paris est là pour témoigner que ses administrés adorent tellement son travail à la tête de la capitale qu’ils en redemandent. Quant à son programme présidentiel pour 2022, on chercherait longtemps avant de trouver engagement plus résolu en faveur du progrès social et écologique.

Et pourtant, malgré toutes ces belles qualités auto-proclamées, les nuages persistent à s’accumuler sur la tête de l’élue parisienne. De son point de vue, rien de sérieux, rien de fondé. Juste une série de dénigrements politiciens orchestrés, typiques de la « trumpisation de la vie politique à l’œuvre partout, y compris en France ».

Permettez-moi de rire.

Hidalgo se pose comme une victime du sexisme

Peut-être faudrait-il signaler d’abord à Mme Hidalgo qu’elle n’est pas tout à fait la seule femme en politique, même si, comme Ségolène Royal, elle aime bien dire qu’elle est la première femme à avoir fait ceci ou cela. En l’occurrence la première à avoir accédé à la responsabilité de maire de Paris.

Puis lui rappeler que sa victoire parisienne sur ses rivales Dati (LR) et Buzyn (LREM) en juin 2020 s’est accompagnée d’une abstention record de 63,3 %. On a vu plus triomphal.

Et lui mettre ensuite sous les yeux le montant de la dette publique parisienne, qui a doublé depuis son arrivée à l’Hôtel de Ville en 2014, ainsi que le grand écart entre ses déclarations avant et après les élections municipales à propos des finances de la ville et des impôts. Les premières sont passées de « parfaitement saines » à « tendues » tandis que les seconds devaient être gelés pour six ans et sont maintenant l’objet d’une attention soutenue de ses services dans le but de les augmenter sans trop se renier.

Il est vrai que dans l’optique de l’élection présidentielle, elle vient tout juste de franchir un premier obstacle. Ce matin, après un vote des adhérents du PS qui s’est déroulé en ligne hier soir, la voici enfin désignée candidate officielle du Parti socialiste. Faible suspense, en réalité. À partir du moment où elle avait le soutien du premier secrétaire Olivier Faure, il n’y avait guère de doute sur le choix des militants.

Mais l’ancien ministre de François Hollande et maire du Mans Stéphane Le Foll, lui-même candidat malheureux à la candidature, s’est acharné à lui mettre des bâtons dans les roues, critiquant une à une toutes ses annonces de campagne – doublement du salaire des enseignants, 32 heures, hausse du Smic – et fustigeant un désolant « retour vers le futur » symbolisé par le patronage résolument has been des éléphants Aubry et Jospin lors du congrès d’investiture de la candidate qui se déroulera le 23 octobre prochain.

Hier encore, il ironisait sans vraiment rire sur le fait que « le Parti socialiste fonce dans le mur en klaxonnant. » et, dans L’Obs qui plus est. Sans compter que François Lamy, socialiste de toujours et ancien bras droit de Martine Aubry, a choisi le jour du vote interne pour annoncer sa défection en direction des écologistes. Alors qu’Anne Hidalgo passe son temps à dire qu’elle est la candidate deux-en-un idéale, socialiste et écologiste. C’est agaçant. Ils vont finir par démoraliser complètement Bastille et le canal Saint-Martin.

Un PS divisé

Or ce n’est vraiment pas le moment de faire douter les socialistes. Car si les bisbilles internes ont été plus ou moins étouffées, force est de constater que la candidature présidentielle d’Anne Hidalgo présente un profil sondagier particulièrement déprimé qui se rapproche dangereusement de l’encéphalogramme plat, comme le montre sans équivoque l’agrégateur de sondages concocté récemment par le Huffington Post. Pour trouver Hidalgo, rien de plus simple, regarder tout en bas en rose :

Hidalgo Victime

Pour faire bonne mesure, et comme pour confirmer une ancienne sagesse parisienne qui veut que les emmerdes volent toujours en escadrille, la Ville de Paris a été assignée hier par le préfet d’Île-de-France devant le tribunal administratif de Paris en raison de sa façon toute personnelle de régler la question du temps de travail insuffisant de ses agents. Il est vrai que Mme Hidalgo se verrait bien en dame des 32 heures…

Anne Hidalgo victime de sa gestion de Paris

Et puis voilà que depuis le printemps, Anne Hidalgo doit aussi faire face à une vague déferlante de critiques concernant la propreté douteuse de Paris et la dégradation du mobilier urbain. Sous le mot-dièse #SaccageParis, ce sont des milliers d’internautes, parisiens ou touristes, qui s’échangent depuis avril des photos de détritus répandus dans les rues, de travaux inachevés ou encore de plantations laissées à l’abandon et noyées sous les mégots. Une manifestation à ce sujet a même eu lieu dimanche dernier devant l’Hôtel de Ville.

Pour Anne Hidalgo, grande prêtresse mondiale de l’ère urbaine post COP21 qui part du principe inébranlable que sous sa houlette « Paris a toujours un temps d’avance et Paris donne le la », inutile de chercher bien loin l’origine des critiques. Une remontée jusqu’aux premiers messages lui a permis de noter « beaucoup de proximité avec l’extrême droite » ainsi que cette « trumpisation de la vie politique » que j’évoquais plus haut. Mais quant à donner des noms, elle cite Pierre Liscia, un conseiller régional d’île-de-France proche de Valérie Pécresse qui fut aussi conseiller de Paris jusqu’en 2020. L’extrême droite a des frontières décidément très extensibles :

LCI s’est livré à sa propre enquête de remontée des messages et ne tombe pas du tout sur les mêmes conclusions que la maire de Paris : l’extrême droite, pratiquement absente du paysage politique parisien, n’a rien à voir avec cette affaire, même si Marine Le Pen a effectivement exprimé par tweet sa solidarité avec le mouvement #SaccageParis.

Quand Anne Hidalgo se présente victime de la soi-disant fachosphère

Encore plus intéressant, un sondage IFOP commandé par un collectif d’associations baptisé Union parisienne (UP !) et publié dimanche dernier dans le Journal du Dimanche montre que le ras-le-bol des Parisiens face à la saleté et l’enlaidissement de Paris est plus que largement partagé par une écrasante majorité d’habitants : 84 % d’entre eux trouvent que leur ville est sale !

Y aurait-il 84 % de sympathisants du RN à Paris ? C’est peu probable. L’enquête de l’IFOP montre justement que les sympathies politiques des personnes interrogées influent peu sur le jugement sévère qu’elles formulent en ce domaine contre Anne Hidalgo : les sympathisants de LREM sont mécontents à 87 %, puis viennent les sympathisants LR et EELV (84 %), puis LFI (82 %) puis PS (80 %), puis RN (79 %).

Mais c’est devenu une habitude chez la maire de Paris. Si d’aventure vous émettez une remarque un tant soit peu dubitative la concernant, c’est très simple, vous appartenez d’évidence « à la fachosphère, aux réacs, aux néo-réacs, aux gros machos » qui lui en veulent à elle personnellement en tant que femme d’origine étrangère et socialiste. En 2017, d’aucuns lui reprochaient d’avoir piétonisé la voie sur berge Georges-Pompidou sans concertation ni étude d’impact suffisantes, et c’était parti pour sa ritournelle préférée (vidéo, de 03′ 20″ à 03′ 45″).

Aujourd’hui, les Parisiens se plaignent massivement de la saleté qui règne dans leur ville et Anne Hidalgo, outre un petit couplet complètement hors sujet sur la nécessaire réduction des déchets à la source, dégaine à nouveau son arme favorite, celle de la cabale dont elle serait perpétuellement victime de la part de l’extrême droite et de tous ceux qui n’acceptent pas qu’une femme soit arrivée à son niveau de pouvoir en politique (vidéo, de 11′ 50″ à 12′ 50′).

Grande nouveauté cette année, cependant : aux fachos et aux gros machos, il convient d’ajouter les journalistes qui se sont « vautrés », il n’y a pas d’autre mot, dans le bashing à son encontre. À propos de la propreté de Paris, ils ont donné une audience exagérée à un sujet tout à fait anecdotique qui n’en méritait pas tant par le simple fait qu’étant tous Parisiens, donc confrontés à certains éléments ponctuellement « irritants », ils se sont révélés incapables de dépasser les limites de leur propre expérience.

C’est un reproche classique qu’on peut faire à juste titre à la presse, mais venant d’une Anne Hidalgo épinglée de tous côtés pour sa gestion parisienne désastreuse, c’est tout simplement grotesque.

Résumons.

La maire de Paris se considère comme une femme politique de gauche dont l’évidente réussite au plus haut niveau devrait imposer à tous la plus sublime révérence. L’accumulation des commentaires critiques, la mauvaise tenue dans les sondages, tout cela ne reflète selon elle que la jalousie maladive de ses pires opposants, nullement les échecs de sa politique : les « gros machos » lui en veulent parce qu’elle est femme, les « réacs », la droite et extrême droite lui en veulent parce qu’elle est de gauche et les journalistes lui en veulent (parfois) pour toutes ces raisons et aussi parce qu’elle occupe le terrain du pouvoir politique qu’ils doivent se contenter de commenter.

Anne Hidalgo se voyant systématiquement comme la triple victime d’une société désespérément fasciste, sexiste et avide de ridicules scandales de presse, on n’ose imaginer ce qu’elle va trouver à dire à ses multiples concurrents et aux journalistes présents lors des débats présidentiels. Disons que ça promet.

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