Présidentielle : à la pêche aux voix des agriculteurs en Auvergne

Cow — @debjam, 2013, CC BY 2.0

Le sommet de l’élevage de Cournon, qui avait lieu en Auvergne du 5 au 8 octobre, a été le passage obligé de nombreux candidats de droite à la présidentielle, à la recherche des voix des agriculteurs.

Par Pierrik Halaven.

Lors de ses sorties médiatiques pour la parution de son dernier essai Philippe de Villiers parlait du « jeu des petits chevaux » pour évoquer l’élection présidentielle quand elle bat son plein.

La semaine dernière, c’était plutôt le « jeu des petites vaches ».

En effet, le sommet de l’élevage de Cournon, qui se tenait en Auvergne du 5 au 8 octobre (à côté de Clermont-Ferrand) et qui réunissait les professionnels de l’élevage, a été « the place to be », le passage obligé de nombreux candidats de droite à la présidentielle, à la recherche des voix des agriculteurs.

À parcourir les tweets des uns et des autres, pas évident de faire son choix !

Avec sa veste kaki très seyante, à bonne école avec son mentor Chirac, Valérie a fait semble-t-il une promenade de santé.

Xavier, tunique bleu marine, a tâté aussi Blanchette avec application.

Michel Barnier, forcément pas loin, est venu avec son sérieux habituel.

Marine, jolie veste verte, dédiabolisée à souhait, a fait également sa tournée, avec des moyens supplémentaires : une captation vidéo a été réalisée.

Enfin, Laurent, régional de l’étape, ne pouvait pas non plus manquer l’événement. Quelle décontraction ! Quelle allure ! (Oups, Wauquiez n’est pas candidat au fait… Ben faut bien prendre de l’avance pour 2027 !).

Tout cela préfigure une compétition acharnée lors du prochain Salon de l’Agriculture qui aura lieu Porte de Versailles du 26 février au 6 mars 2022. Qui alors tâtera le plus de vaches ? Qui passera le plus de temps sur place ? Qui lèvera le plus le coude ? Qui sera acclamé ou hué ? Qui se prendra un œuf sur la tête ?

Mais cette répétition générale fait aussi ressortir l’incroyable manque de différenciation qui transparaît de ces tweets et de ces photos bien cadrées et professionnelles. Les fans des candidats présents likent sans doute les tweets, en bons élèves disciplinés. Mais des curieux qui tomberaient par hasard sur ces posts auraient du mal à se faire une opinion…

Ce n’est pas d’ailleurs la première fois que j’observe la même absence de différenciation. C’était par exemple le cas en juillet dernier. Les mêmes candidats postaient tous ou presque des messages à la gloire de la fête du 14 juillet mais s’abstenaient de commenter les décisions du président de la République relatives au passe sanitaire… Prudence oblige ? Conseillers en comm probablement interchangeables et démoulant des éléments de langage semblables ?

En marketing, quand tous les produits se ressemblent, c’est le temps du déclin, c’est le temps des réductions de tarifs, des fusions acquisitions, des retraits de produits.  C’est aussi le temps de la disruption et du surgissement d’offres de remplacement.

Tiens à propos, et Z dans tout cela ? Il a encore multiplié les effets bœuf (restons dans la symbolique bovine) cette semaine. Entre ses interventions médiatiques, un débat réussi avec Onfray dans un Palais des Congrès plein à craquer ou encore son déplacement sous le beau soleil d’Ajaccio, Éric Zemmour n’avait probablement pas le temps de faire un détour par l’Auvergne. Et puis une foire agricole ne se prêtait pas au jeu de la dédicace d’un livre.

Pour autant néglige-t-il sa présence auprès des agriculteurs ? Tiens, tiens. En tapant « Zemmour agriculteurs » dans le moteur de recherche de Twitter, on tombe sur un compte de soutien qui semble authentique et administré par un étudiant dans une école d’agriculture qui se définit comme « futur paysan ». Le nom du compte est « Les agriculteurs avec Zemmour » (sans doute une initiative semblable à « Les étudiants avec Zemmour » ) ; il recueille déjà plus de 1500 abonnés. Sauf erreur de ma part, les candidats amateurs de plancher des vaches sus-cités n’ont pas de compte de soutien équivalent (qu’il soit spontané ou piloté).

Cela s’appelle de la différenciation, cela s’appelle une approche segmentée du marché.

La vache ! Ce début de campagne est passionnant à analyser !

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