La Nouvelle-Zélande renonce à sa stratégie zéro covid

20201202-Ardern, Jacinda by Prachatai (Creative Commons CC BY-NC-ND 2.0) — Prachatai, CC

La Nouvelle-Zélande a mis en place un confinement très strict dans le cadre de sa stratégie zéro covid. Ça ne s’est pas passé comme prévu.

Par Jon Miltimore.
Un article de la Fondation of Economic Education.

À la mi-août, le Premier ministre néo-zélandais Jacinda Ardern a annoncé un confinement de tout le pays à l’annonce d’un seul cas de Covid-19 détecté :

Restez sur place. Ne vous rassemblez pas, ne parlez pas à vos voisins. S’il vous plaît, restez dans vos bulles.

Sept semaines plus tard, après un week-end durant lequel des milliers de Néo-Zélandais ont enfreint l’ordre de rester chez eux pour manifester contre le confinement décidé par le gouvernement, la Nouvelle-Zélande a fait un brusque revirement, selon le New York Times.

Lundi, le gouvernement a cédé.

Le Premier ministre Jacinda Ardern a reconnu la fin de la stratégie d’élimination du virus, sept semaines après le début d’un confinement qui n’a pas réussi à stopper la diffusion du variant Delta.

Elle a annoncé que les restrictions seraient progressivement levées à Auckland, la plus grande ville du pays :

Nous passons de notre stratégie actuelle à une nouvelle façon de faire les choses. Avec Delta, le retour à zéro est incroyablement difficile, et nos restrictions seules ne suffisent pas pour y parvenir rapidement. En fait, pour cette épidémie, il est clair que de longues périodes de fortes restrictions ne nous ont [sic] pas permis d’atteindre zéro cas.[…] Ce que nous avons appelé une longue queue ressemble plutôt à un tentacule qui a été incroyablement difficile à secouer.

Confinements, le paradigme qui a échoué

Comme je l’ai écrit lorsque la Nouvelle-Zélande a annoncé sa stratégie zéro covid (déploiement de mesures de confinement généralisées, tests approfondis, frontières fermées, quarantaines strictes et systèmes de recherche des contacts au premier signe du virus) les confinements contredisent une abondance de preuves indiquant leur inefficacité dans le contrôle de la propagation du virus et les décès dus au covid, quelle que soit leur intensité.

Dans une étude publiée par Frontiers in Public Health les chercheurs ont conclu :

La rigueur des mesures mises en place pour lutter contre la pandémie, y compris le confinement, ne semble pas être liée au taux de mortalité.

Cette étude n’est que l’une des dizaines d’études qui ne montrent aucun lien entre les rigueurs des mesures de confinement et la lutte contre le virus.

Les effets néfastes des lockdowns sont pourtant bien documentés et indéniables : des millions d’entreprises détruites, des dizaines de millions d’emplois perdus, une détérioration généralisée de la santé mentale, une augmentation de l’obésité infantile, une résurgence de la pauvreté dans le monde et une recrudescence des suicides et des overdoses.

Malgré ces preuves, les autorités néo-zélandaises ont décidé de mettre en place un confinement de niveau 4 – le niveau d’alerte le plus élevé de son système – afin de poursuivre sa stratégie zéro covid.

Cependant, bien que la Nouvelle-Zélande abandonne désormais ses efforts d’éradication du virus, le pays continue de recourir à ces mesures de confinement dans l’espoir d’atténuer sa propagation.

Comme le note le quotidien The Times, Mme Ardern a mis en place un plan en trois étapes dans le but de rendre la vie quotidienne un peu plus facile :

À partir de mardi, les habitants d’Auckland, pour la première fois depuis le mois d’août, seront autorisés à rencontrer les membres d’autres ménages à l’extérieur. Les plus jeunes enfants retourneront dans les salles de classe, et il y aura une approche plus permissive de l’exercice en plein air dans les parcs, les réserves naturelles et les plages de la ville.

Mme Ardern a déclaré que la Nouvelle-Zélande ne lèvera pas complètement son confinement tant que la vaccination ne sera pas généralisée. Actuellement, environ 79 % des Néo-Zélandais de 12 ans et plus ont reçu au moins une dose de vaccin, tandis que 48 % sont complètement vaccinés, un taux bien inférieur à celui de la plupart des nations européennes et de la grande majorité des États américains.

Pourquoi les pays continuent-ils à recourir au confinement ?

La décision de continuer à recourir aux confinements malgré leur inefficacité et leurs conséquences néfastes semble irrationnelle, mais la théorie économique peut aider à expliquer pourquoi les autorités continuent à les utiliser.

Pour commencer, l’économiste Murray Rothbard a observé que l’existence même de l’État repose sur l’idée que le gouvernement est nécessaire à la société, il n’est pas seulement une composante légitime.

Dans son célèbre ouvrage Anatomy of the State, Rothbard explique en détails comment l’État fait appel à des experts pour convaincre le public que ses actions sont justes et bienveillantes :

Puisque sa domination est fondée sur l’exploitation et le parasitisme l’État doit acheter l’alliance d’un groupe d’intellectuels de la Cour, dont la tâche est de convaincre le public d’accepter et de célébrer la domination de son État particulier.

La logique de Rothbard explique une partie de l’histoire, mais une deuxième raison peut être trouvée dans les incitations de base.

La décision de fermeture de la Nouvelle-Zélande semble être un exemple classique de la théorie du choix public, une théorie économique élaborée par l’économiste James M. Buchanan, lauréat du prix Nobel.

Buchanan a compris que les fonctionnaires prennent leurs décisions en fonction de leur intérêt personnel et de leurs motivations, comme tout le monde. C’est là le cœur de la théorie des choix publics, qui rejette l’idée que les fonctionnaires sont motivés par la promotion du bien commun.

Il reste à voir comment les décisions de confinement de Mme Ardern se traduiront sur le plan politique, mais il convient de souligner qu’elle a déjà été attaquée par la gauche pour avoir abandonné sa stratégie intransigeante de zéro covid.

Morgan Godfery, journaliste au Guardian a déclaré :

Le Premier ministre dit que nous devons maintenant vivre avec le virus. Mais le nous signifie ces mêmes lignes d’inégalité. Le virus va maintenant se terrer dans les gangs, la communauté des logements de transition, et la population non blanche et non vaccinée.

La simple vérité est que pendant la plus grande partie de la pandémie, le plus grand risque pour la majorité des politiciens et des fonctionnaires était de paraître ne pas se soucier du covid. Toute action collective pour combattre le virus, même inutile ou nuisible, valait mieux que l’absence d’action d’un point de vue purement politique.

De nombreuses personnes ont simplement supposé que les bonnes intentions produiraient de bons résultats, concluant à tort que les planificateurs centraux possédaient les connaissances nécessaires pour guider efficacement tout le monde pendant une pandémie s’ils en avaient simplement le pouvoir.

Heureusement, il semble que les nations du monde entier commencent enfin à reconnaître que les experts n’ont pas le pouvoir d’éradiquer le Covid-19. La Nouvelle-Zélande, l’Australie et Singapour ont abandonné l’objectif d’éradiquer le virus.

Le New York Times rapporte que depuis ce changement :

La Chine est peut-être le dernier grand pays à poursuivre une approche zéro covid.

Il n’est guère surprenant que le Parti communiste chinois soit le dernier groupe au monde à refuser de reconnaître que l’État ne possède ni les connaissances ni la capacité d’éradiquer un virus respiratoire s’il se contente de mettre en place un plan central suffisamment ambitieux.

La tragédie, c’est que tant de nations ont suivi l’exemple de la Chine en matière de confinement.

Traduction pour Contrepoints.

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