Facebook en panne : le colosse aux pieds d’argile

Mark Zuckerberg By: Silverisdead - CC BY 2.0

La mégapanne rappelle que la place des Big Tech dans nos vies leur a donné de facto un rôle politique majeur dans la fabrication du débat public, mais aussi dans nos pratiques sociales ordinaires.

Par Frédéric Mas.

Pendant près de 7 heures, à partir de lundi soir, Facebook, Instagram, Whatsapp et Messenger étaient en panne, occasionnant la migration d’une partie des utilisateurs vers d’autres réseaux d’habitude moins fréquentés.

Le monumental -et momentané- plantage du célèbre réseau ne fut pas seulement technologique et financier : il a été l’occasion de tester en direct notre grande dépendance politique vis-à-vis d’un média social peut-être plus fragile qu’il en a l’air.

Facebook down

Un « changement de configuration défectueux » touchant le DNS (Domain Name System) serait à l’origine du problème de Facebook. Quelques dizaines de millions d’utilisateurs des différents services du groupe de Mark Zuckerberg ont été dans le noir pendant des heures, jusqu’au rétablissement du service.

« Des personnes et des entreprises du monde entier nous font confiance chaque jour pour rester connectées. Nous sommes conscients de l’impact que des pannes comme celles-ci ont sur la vie des gens, et de notre responsabilité de les tenir informés des perturbations de nos services. » : l’équipe technique du géant du net est consciente de la boulette, comme en témoigne son communiqué de presse.

Facebook perd 5 % de sa valeur

Facebook perd 5% de sa valeur en bourse, soit près de 47 milliards de dollars au cours de la journée du 4 octobre. La méga-panne n’est pas seule incriminée dans cette déroute financière.

Une ancienne ingénieure du groupe Facebook a accusé publiquement son ancien employeur de « choisir le profit plutôt que la sûreté » et de négliger la lutte contre la haine, les fausses nouvelles et de minimiser les effets nocifs des réseaux sociaux sur les jeunes. Elle doit être interrogée par le Congrès ce mardi, mais pourrait apporter de l’eau au moulin du discours progressiste anticapitaliste du gouvernement américain.

Pendant la panne, les utilisateurs se sont tournés vers d’autres réseaux sociaux, Twitter en particulier qui a vu débarquer des milliers de nouveaux utilisateurs, mais aussi Signal ou Telegram.

Face à la défaillance d’un acteur majeur de la tech, la concurrence est stimulée et l’offre qu’on croyait écrasée par les GAFAM est devenue plus attrayante pour beaucoup en l’espace de quelques heures. Si les GAFAM demeurent en situation de domination dans l’économie numérique, la compétition économique pour leur savonner la planche est aussi intense, et d’autres réseaux se pressent pour tenter de leur voler la place sur le podium.

Facebook sous pression politique

Mais il n’y a pas que la pression concurrentielle qui taille des croupières à Facebook. La pression politique est aussi intense pour que cet acteur majeur du débat public limite la liberté d’expression de ses utilisateurs au nom de la lutte contre « les fausses nouvelles » de « la haine en ligne » ou plus récemment de la « propagande antivax ».

Une partie de la classe politique aux États-Unis, mais aussi en Europe, ne se remet toujours pas d’une élection de Donald Trump qu’elle accuse d’avoir été portée par les réseaux sociaux. Depuis 2016, la pression s’est intensifiée pour que ces derniers censurent les contenus n’allant pas dans le sens du progressisme des élites occidentales incarné par Joe Biden et Kamala Harris.

Toutes les plateformes se sont attachées à réduire la liberté de parole sur leurs réseaux. Dernièrement, c’est Youtube qui supprimait les vidéos accusées d’être trop complaisantes avec les discours antivax et sceptiques à l’endroit de la crise sanitaire.

Le Ron Paul Institute a été victime collatérale de cette reprise en main.

Le témoignage -à plus d’un titre accablant- de Frances Haugen, l’ancienne employée de Facebook qui s’occupait de combattre la désinformation sur le réseau social, pourrait aiguiser l’appétit du régulateur. Pour pallier « l’incapacité » de Facebook à censurer ses propres contenus, l’État américain pourrait jouer la carte « antitrust » et chercher à briser la position dominante de l’entreprise de Zuckerberg.

C’est ce que souhaitait faire Donald Trump qui estimait les GAFAM trop gauchistes et hostiles à son égard, c’est ce que suggère aujourd’hui l’administration Biden qui les juge trop complaisantes à l’endroit des discours racistes, complotistes et antivax. Dans les deux cas, c’est le politique qui pousse les GAFAM à la censure indirecte.

La mégapanne rappelle que la place des Big Tech dans nos vies leur a donné de facto un rôle politique majeur dans la fabrication du débat public, mais aussi dans nos pratiques sociales ordinaires.

Instagram est-il en train de pervertir la jeunesse ? Facebook nous transforme-t-il en cyberharceleur ? Ou au contraire, tous ces réseaux aujourd’hui ne mettent-ils pas à disposition une masse d’informations sans précédent et des moyens de contourner des médias subventionnés, vieillissants et déconnectés des attentes des utilisateurs ? C’est tout cela à la fois. L’économie numérique est un écosystème fragile que le régulateur a trop tendance à caricaturer pour étendre son empire.

 

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