Joe Biden veut punir Facebook pour l’échec de l’État en matière de vaccins

1280px-Joe_Biden_(48605397927) By: jlhervàs - CC BY 2.0

États-Unis : les bureaucrates fédéraux de la santé devraient cesser de prendre les médias sociaux comme boucs émissaires.

Par Robby Soave.
Un article de Reason.com

Le gouvernement fédéral intensifie sa guerre contre Facebook : le président Joe Biden a accusé la plateforme de médias sociaux de Mark Zuckerberg d’avoir échoué à purger les contenus anti-vaccins, contribuant ainsi à l’hésitation à se faire vacciner et à « tuer des gens », selon lui.

La Maison Blanche cherche actuellement comment remanier la section 230, la loi fédérale qui exonère les plateformes internet de toute responsabilité légale, afin de punir Facebook pour ne pas avoir obtempéré aux moindres desiderata du gouvernement.

Nous examinons la question, et il est certain qu’ils devraient être tenus responsables.

C’est ce qu’a déclaré Kate Bedingfield, directrice de la communication de la Maison Blanche, en réponse à une question sur la section 230 posée par Mika Brzezinski de Morning Joe.

Biden et Trump sur la même longueur d’onde

Joe Biden est depuis longtemps favorable à l’élimination de la section 230, même s’il faudrait pour cela un nouveau vote du Congrès.

Ironiquement, la section 230 est également impopulaire auprès de nombreux républicains – y compris l’ancien président Donald Trump qui a demandé son abrogation totale.

Tous deux la considèrent comme une sorte de privilège dont bénéficieraient les entreprises technologiques présumées hostiles aux utilisateurs conservateurs. Mais les nouvelles menaces de l’administration Biden devraient faire réfléchir radicalement les républicains à propos de leur préjugé anti-230.

La Maison Blanche souhaite que Facebook censure de manière proactive davantage de contenus et considère la section 230 comme un obstacle à la réalisation de cet objectif. L’abrogation de la section 230 n’est donc pas la panacée au problème des entreprises technologiques qui bloqueraient trop de comptes provocateurs de droite. Les démocrates du gouvernement fédéral veulent l’abroger afin que les entreprises technologiques n’aient précisément pas d’autre choix que de bloquer davantage de contenus.

Les républicains anti-Facebook commettent une erreur tactique. D’un autre côté, la Maison Blanche de Biden se trompe tout simplement sur l’ampleur de la responsabilité des médias sociaux face à l’hésitation vaccinale. En se concentrant sur les inconvénients perçus d’un trop grand nombre de contenus anti-vax sur Facebook, l’administration néglige une douzaine d’autres stratégies qu’elle pourrait mettre en œuvre pour stimuler la vaccination dans tout le pays.

Des médias sociaux boucs émissaires

Tout d’abord, il est loin d’être évident que les médias sociaux – et Facebook en particulier – soient les principaux responsables de l’hésitation à se faire vacciner, un problème antérieur à Internet. Selon les données de Facebook, ses utilisateurs sont en fait plus susceptibles d’être vaccinés que le citoyen américain moyen.

Selon Guy Rosen, vice-président de l’intégrité de Facebook :

Les données montrent que 85 % des utilisateurs de Facebook aux États-Unis ont été ou veulent être vaccinés contre la Covid-19 […] L’objectif du président Biden était que 70 % des Américains soient vaccinés avant le 4 juillet. Facebook n’est pas la raison pour laquelle cet objectif n’a pas été atteint.

La désinformation existe sur tous les supports et dans toutes les formes de communication, de la radio à la télévision en passant par le bouche à oreille. Le gouvernement lui-même a fait preuve de désinformations sur la Covid-19, depuis les premières (mauvaises) directives sur les masques jusqu’aux déclarations délibérément erronées de la star du coronavirus Anthony Fauci sur l’immunité collective.

Même lorsqu’il s’agit de vaccins, les Centers for Disease Control and Prevention (CDC, Centres pour le contrôle et la prévention des maladies) étaient initialement prudents quant à la possibilité de laisser les personnes vaccinées abandonner les masques et les protocoles de distanciation sociale, ce qui aurait pu faire paraître le vaccin inutile pour certaines personnes à faible risque. Il est naïf de présumer que les médias sociaux sont le principal moteur de l’hésitation vaccinale.

Selon Brendan Nyhan, professeur en sciences politiques au Dartmouth College, qui pense que les dommages causés par les médias sociaux sont exagérés :

Nous n’avons pas de bonnes mesures de ce que les gens voient sur les médias sociaux, ni la capacité de les relier à leur comportement en matière de vaccination.

Même la focalisation sur Facebook, par opposition à d’autres sites comme YouTube – où les contenus anti-vaccins sont probablement plus répandus – témoigne de la compréhension limitée du gouvernement de la portée de ces questions.

Il semble que de nombreux démocrates attribuent encore à tort la défaite d’Hillary Clinton en 2016 aux malversations de Facebook : ils ont actualisé leurs griefs mais ont conservé la même cible à leur colère mal placée.

Arrêtez de taper sur Facebook

Si la Maison Blanche veut promouvoir la vaccination – un louable objectif – elle devrait cesser d’être si obsédée par ce qui se passe sur Facebook, et plus largement sur les médias sociaux. Biden devrait plutôt pousser la Food and Drug Administration (FDA, Agence des produits alimentaires et médicamenteux) à approuver vraiment les vaccins actuellement disponibles en vertu d’une autorisation d’utilisation d’urgence.

Malgré la pandémie mondiale, les régulateurs fédéraux procèdent comme s’il n’y avait aucune raison d’accélérer le mouvement : l’autorisation complète du vaccin de Pfizer n’est pas attendue avant janvier. Si le gouvernement souhaite apaiser l’appréhension des personnes réticentes à l’idée que les vaccins sont en quelque sorte expérimentaux, manœuvrer plus vite sur ce front serait plus utile que de s’en prendre à Mark Zuckerberg.

Traduction Contrepoints.

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