Pénurie de médicaments en France : causes et solutions (3)

Les fausses bonnes solutions pour pallier la pénurie de médicaments.

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Bad drugs by Derek Gavey (CC BY 2.0)

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Pénurie de médicaments en France : causes et solutions (3)

Publié le 14 septembre 2021
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Par Patrick de Casanove.

Retrouvez la première partie de cet article expliquant la cause de la pénurie de médicaments, et la seconde partie détaillant les spécificités françaises.

Comme toujours en France les fausses bonnes solutions font appel à davantage d’État.

Baisser encore le prix des médicaments

Alain Michel Ceretti, président de France Assos Santé explique :

Nous demandons aux pouvoirs publics et aux autorités de régulation de faire leur travail, et qu’enfin les politiques publiques soient harmonisées à l’échelle européenne.

Les mécanismes de fixation des prix, le conditionnement et l’association de traitements et de vaccins diffèrent en effet très largement d’un pays à l’autre, entravant de fait une répartition adaptée et cohérente des produits de santé au sein de l’Union européenne.

Pour revenir à l’exemple de nos cancérologues, ils succombent à la tentation du « juste prix », administré et calculé par une formule. Ils voient que le prix d’un médicament est très cher et qu’ils ont des difficultés d’approvisionnement. Pour autant la solution proposée, très typique de l’état d’esprit français, n’est pas bonne.

Nous défendons l’idée qu’il faut payer le juste prix du médicament, mais aujourd’hui les industriels ne calculent plus leur prix sur la base des efforts en recherche et développement engagés, et d’ailleurs moins de 15 % du chiffre d’affaires va dans la R&D (recherche et développement), ajoute le Pr Vernant.

Avec les 110, il propose même d’envisager un prix « basé sur les sommes investies par les industriels pour la R & D du produit (en tenant compte des apports fournis par la recherche académique), auquel s’ajouterait un retour sur investissement raisonnable, éventuellement défini a priori.

Les 110 demandent un système d’arbitrage des prix plus démocratique et plus transparent, en y associant de façon structurelle des représentants des patients et des professionnels.

Tout à leur souci de voir leurs malades bénéficier des traitements dont ils ont besoin, ils restent dans le « ce qu’on voit » et ignorent « ce qu’on ne voit pas ». La régulation des prix des soins existe déjà en France. Son objectif est de faire des économies, pas de fournir les meilleurs médicaments aux Français. C’est pourquoi en France le prix des médicaments remboursés est plus bas que dans d’autres pays développés. Cette baisse régulière du prix des médicaments ne permet pas d’acquérir les produits les plus modernes.

Les prix étant déjà bas et administrés, la solution proposée revient à poursuivre sur cette même voie qui a conduit à la pénurie.

Relocaliser en France

La rupture de l’approvisionnement en corticoïdes n’est pas dûe à la défaillance d’un site de production à l’étranger. L’usine est en France, à Lille. Par ailleurs, notre pays ne peut matériellement produire l’ensemble des molécules et des spécialités pharmaceutiques utilisées sur la planète. Par ailleurs, si les Français bénéficient aujourd’hui de médicaments qu’ils n’ont ni produits, ni inventés, c’est grâce au libre échange.

Il y a peu de chances que quelques mesures dites incitatives soient couronnées de succès :

Expérimenter sur une période de cinq ans la mise en place d’exonérations fiscales ciblées au bénéfice d’entreprises s’engageant sur des investissements pour l’implantation en France de sites de production de médicaments ou de substances pharmaceutiques actives essentiels pour la sécurité sanitaire européenne.

Un peu comme en matière de fiscalité, où la France a des impôts multiples et écrasants, mais où elle crée une multitude de niches fiscales, aujourd’hui contestées, pour adoucir le système, le rendre supportable et moins meurtrier. Sans succès.

Gérer la pénurie

L’idée est de créer un outil de gestion de la pénurie au lieu de prendre les mesures nécessaires pour que les pénuries disparaissent.

Créer une cellule nationale de gestion des ruptures d’approvisionnement, placée auprès du Premier ministre, chargée de définir une stratégie nationale pour la prévention et la résolution des causes des ruptures d’approvisionnement.

Il existe déjà des outils qui n’ont pas été spectaculairement efficaces.

Plus précisément, la loi n° 2016-41 du 26 janvier 2016 de modernisation de notre système de santé impose la mise en place d’un plan de gestion des pénuries, et la loi n° 2016-1827 du 23 décembre 2016 de financement de la sécurité sociale pour 2017 prévoit que les industriels et grossistes répartiteurs français privilégient le marché français en cas de rupture de stock, tout en communiquant les médicaments qu’ils exportent.

Pourtant il y a eu des sanctions.

Le Sénat, lui, propose de rationner en déconditionnant les médicaments :

Officialiser sous l’égide de l’ANSM, les bonnes pratiques destinées à encadrer la préparation des doses à administrer par les pharmaciens et définir les conditions dans lesquelles le déconditionnement de certaines spécialités peut permettre une meilleure gestion des tensions d’approvisionnement.

Étatiser une partie de la production pour gérer la pénurie

Instituer un programme public de production et distribution de quelques médicaments essentiels concernés par des arrêts de commercialisation, ou de médicaments « de niche » régulièrement exposés à des tensions d’approvisionnement, confié à la pharmacie centrale des armées et à l’agence générale des équipements et produits de santé.

La dernière partie de cette analyse s’attachera à développer des pistes pour des solutions pérennes.           

 

Un article publié initialement le 25 juin 2019.

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  • A la France pays Marxiste on peut appliquer la formule : socialisme égal pénurie. les Français ont voulu la socialisation de la santé, ils l’ont, les résultats sont ceux de tout ce que l’on socialise: la Pénurie.
    Autre exemple de socialisme réussi le Venezuela, première réserves de pétrole au monde, contraint d’importer du carburant.

  • …cellule nationale … auprès du Premier ministre… stratégie nationale…
    Ouille, ça s’annonce mal.

  • La France a effectivement un système de remboursement peu disposé à accueillir de nouvelles molécules, et je ne veux pas discuter des politiques de santé.
    Mais laissez moi vous dire que dans cette pénurie, la France n’y est pour rien, elle est mondiale, et comme aux urgences, quand tout le monde râle, on ne peut satisfaire tout le monde, alors on finit par faire la sourde oreille tout en éditant force emails compréhensifs et promesses de faire le maximum.

    mon expérience:
    aux débuts des années 2000, un max de 12 « stockouts » était tolérés, et une ‘taskforce’ était en charge de lutter contre ce phénomène, avec tous pouvoirs de chambouler la planification de la production sur les chaines…
    Ces fameux « stockouts » (expression impropre mais qui s’est imposée) étant des commandes de produits dont le stock principal était à zéro dans un pays. Ces « stockouts » pouvaient concerner un seul et même produit dans différents pays.

    D’anciens collègues m’ont informé il y a quelques mois que la moyenne des ‘stockouts’ était en permanence autour de 300.
    Bien sûr, ces commandes sont signalées, mais leur priorité est devenu l’affaire des responsables fabrication…

    Quand aux 300 retards, seuls 4 ou 5 concernent la France, il s’agit donc d’un problème plus vaste.

    Ah si, un détail; on ne laisse jamais un retard s’installer pour les livraisons aux USA…

    Une cause d’après moi ?

    les systèmes de gestion , comme SAP par ex., qui utilisent le stock comme ‘hub’ central (distribution ressource planning) et dans lesquels au fil des années les paramètres ‘stocks de sécurité’ ont été descendus à zéro, ces fameux stocks coûtant trop cher…

    Malheureusement le flux d’infos de ventes prévisionnels destiné à compenser l’absence de stocks est de plus en plus aléatoire, et les données à disposition des acheteurs et des planificateurs sont incomplètes et toujours en deçà des chiffres exacts.

    Un client (pays) qui a annoncé trop de besoins doit financer la destruction d’invendus, alors que celui en manque de stock doit juste attendre que l’orage passe…

    Quand aux médicaments dont des génériques sont sur le marché, on livre les clients selon les quantité historiques, pas un cachet de plus, non mais !

    • « dans cette pénurie, la France n’y est pour rien, elle est mondiale, »
      Pas tout à fait.
      S’il est vrai que tous les pays connaissent des problèmes d’approvisionnement et des flux tendus qui s’interrompent par moment, la France en subit bcp plus que les autres. Pourquoi donc?
      Vous nous citez quelques explications intéressantes qui peuvent expliquer certaines choses mais à la marge. Le facteur principal est le prix: les pays où les médicaments sont vendus les plus chers ne souffrent peu de pénurie. Les USA en font partie.

      « Un client (pays) qui a annoncé trop de besoins doit financer la destruction d’invendus, »
      Un pays qui est parmi ceux qui paient le plus cher un médicament, n’a pas à annoncer « trop de besoins » car il sait qu’il sera servi en priorité de toute façon.
      Et un pays qui paie très mal un médicament peut bien annoncer ce qu’il veut comme besoin, il sera servi en dernier quoi qu’il se passe.

      • Je parle d’un point de vue extérieur à la France, et le prix n’a jamais vraiment joué de rôle dans les attributions de lots;
        par contre, en cas de problèmes sur la substance active, les besoins présents dans le système sont gelés, fabriqués et livrés dès que possible. Il est alors trop tard pour un pays d’augmenter ses commandes, il sera livré aux quantités fixées 6 mois auparavant.
        Quand aux USA, s’il sont livrés en priorité, c’est surtout parce que de nombreux membres du conseil d’administration ainsi que différents chefs de divisions (recherche, marketing, finances) sont américains, ça aide…
        Un des effets sur la France a aussi été l’arrêt des livraisons à l’Afrique francophone transitant par la France.
        Je résume, les médicaments de présentation africaine (trilingues français/arabe/anglais) étaient gérées depuis la France, ce qui représentait de grandes quantités fabriquées.
        Petit a petit, chaque pays qui utilisait ces présentations a estimé qu’il était temps d’avoir son propre emballage et prospectus, ce qui a été fait.
        Résultat, le jour ou le Mali manquait de médicaments pour avoir oublié de commander, ni la Tunisie, ni le Sénégal ne pouvaient aider (exemple au hasard), parce que chacun avait sa propre présentation.
        Cet éparpillement a diminué drastiquement les quantités commandées par la France et de ce fait la flexibilité de distribution.
        Le pire a été l’Amérique du sud, qui avait une présentation espagnol/portugais/anglais facile à dispatcher entre les pays; petit à petit, chacun avait sa propre boite (les blisters restant les mêmes) et les interruptions de livraisons se sont multiplié.
        Il n’était pas rare que les argentins recevaient de la maison mère des emballages vides et des prospectus pour ré-emballer des blisters sortis de boites mexicaines.

        Autre problème français à l’époque (heureusement disparu):
        les médicaments ne sont pas programmés sur la chaîne parce que les vignettes pour la sécu n’ont pas été livrées, plusieurs semaines de retard…

        J’ai appris une chose de ces années, c’est la réalité de l’effet papillon, et à l’analyser de plus en plus tôt.

        Rajouté à ma conception de « Murphy’s Law » hérité de mes premières années passées sur les plate formes chimiques, ça me fait un peu passer pour un hurluberlu , et c’est pas toujours confortable…

        « Der Teufel steckt im detail » ( le diable se cache dans les détails)

  • la « santé » est un marché…
    un patient est aussi un client..

    donc un riche pourra toujours être mieux soigné qu’un pauvre.. mais aussi mieux nourri éduqué… et c’est vrai pour les pays pauvres et les pays riches…

    les médecins égalitaristes, sont souvent les premiers à rechercher un passe droit vis à vis de l’égalité de soin auquel ils prétendent croire.

    docteurs..exigez donc de faire baisser les remboursements de visites conventionnés..

    vous « favoriserez » les pauvres…

    oui vous aurez fait dix ans d’etudes pour gagner un rsa mais est ce que cela importe après tout? le profit n’est il pas haïssable?

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