Marseille : surprise, les profs réclament plus de moyens

Déçus par les annonces de Macron à Marseille les syndicats d’enseignants en dénoncent le caractère « ultralibéral » et réclament, ô surprise… plus de moyens !

Par Nathalie MP Meyer.

Quand le chef d’un État supérieurement endetté à force de dépenses publiques débridées se précipite à la rescousse d’une municipalité au bord du dépôt de bilan sous l’effet d’une incurie multi-décennale mêlant incompétence, irresponsabilité, idéologie, petites magouilles et clientélisme, on ne s’attend guère à le voir accusé de libéralisme. D’autant moins quand il est question d’un milliard et demi d’euros de dépenses nouvelles pour les transports, la culture et la sécurité ainsi que d’une participation exceptionnelle de l’État à la rénovation de 174 écoles.

C’est pourtant le savoureux spectacle auquel nous avons pu assister après le passage très sécurisé, très médiatisé, très électoraliste – tout ceci est exact – de la caravane Macron dans la ville de Marseille à la fin de la semaine dernière. Il s’est en effet trouvé un certain nombre de commentateurs (de gauche, principalement) pour déduire des annonces du Président que ce dernier n’avait d’autre objectif que de « faire de Marseille son laboratoire libéral » avant d’étendre cette philosophie nauséabonde à toute la France après l’élection présidentielle.

D’abord, expliquent-ils, rien ne dit que les promesses financières se traduiront rapidement par des actes effectivement sonnants et trébuchants. Ensuite, il est proprement scandaleux d’exiger une sorte de contrat entre l’État et Marseille pour contrôler l’utilisation des fonds en question. Mais surtout, surtout, il ne faudrait pas être naïf au point de ne pas comprendre que derrière la promesse de quelques malheureux milliards venus d’en haut se profile en réalité un projet de casse du service public à un niveau jamais vu auparavant.

Comme par hasard, c’est l’Éducation nationale qui est visée, cette Éducation nationale qui formate, pardon, qui forme les citoyens de demain selon des valeurs égalitaristes et pédagogistes jalousement surveillées par les syndicats d’enseignants dont le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elles ont fait leurs preuves puisque aujourd’hui, 83 % des membres d’une génération et 94 % des candidats ont leur baccalauréat.

Marseille et l’école du futur

Eh bien, figurez-vous que dans ce contexte absolument idyllique qui devrait décourager toute expérimentation hasardeuse, Emmanuel Macron se propose de transformer dès la rentrée prochaines 50 écoles marseillaises en laboratoires de « l’école du futur ».

Première étape : donner aux directeurs d’école la liberté de composer eux-mêmes leur équipe éducative plutôt que d’être tributaires des allocations administratives de postes venues du ministère.

Mais ce n’est pas tout :

On pourra donc adapter, repenser les projets d’apprentissage, les rythmes scolaires, les récréations, la durée des cours, les façons d’enseigner, et (je veux) qu’on puisse commencer dès la rentrée 2022-2023. Et évaluer ensuite ces résultats et, s’ils sont concluants, les généraliser […] Au fond, l’idée est simple : donner plus de liberté pour obtenir plus de résultats. (Macron, Marseille, 02/09/21)

Venant d’Emmanuel Macron, ces propos qui évoquent une possible libéralisation de l’école, doivent être reçus avec la plus grande circonspection. Dans le cadre de la loi sur les séparatismes, il n’avait de cesse de vouloir réduire les possibilités d’école à la maison et d’augmenter les contrôles sur les écoles hors contrat déjà très contrôlées. Il n’apparaît que trop clairement que la « liberté » qu’il est disposé à accorder à l’enseignement doit impérativement rester dans le giron étroit du monopole pachydermique de l’Éducation nationale, vouant de fait ce projet à être perpétuellement encadré par l’administration.

Mais pour les syndicats, c’est déjà trop, beaucoup trop. Choisir ses enseignants, mais vous n’y pensez pas ! Cela reviendrait à faire entrer le recrutement des professeurs des écoles dans l’univers impitoyable de la concurrence et du marché comme n’importe quel salarié du privé, ce serait sous-entendre qu’au-delà des résultats des concours de la fonction publique, certains enseignants seraient jugés plus aptes et d’autre moins aptes à rejoindre telle ou telle école sur la base d’une sorte de note de gueule du chef d’établissement. Bref, ce serait mettre fin au statut de fonctionnaire des enseignants.

Cette idée toute simple qu’un directeur d’école, assumant entièrement son rôle de directeur, pas seulement son rôle de relais de l’administration du ministère, pourrait vouloir réunir autour de lui une équipe motivée, soudée, et pédagogiquement innovante pour répondre au mieux aux défis éducatifs posés par ses élèves – cette idée toute simple et de bon sens est profondément rejetée dans les sphères de l’Éducation nationale.

De toute façon, il est établi depuis longtemps par les dévoués syndicalistes qui y foisonnent que l’idée de choix, qu’elle concerne le choix des enseignants par le chef d’établissement ou le choix de l’établissement scolaire par les parents, est totalement pernicieuse et contraire au principe de l’égalité.

Petit exemple : l’enseignement privé organise des portes ouvertes. À les croire, c’est carrément l’horreur consumériste !

Dans notre fonctionnement, on est obligé de s’aligner sur le privé qui fait des portes ouvertes, donc voilà, on fait des portes ouvertes sinon les parents ne peuvent pas ‘choisir’ l’école. Et donc voilà, on est dans une consommation de l’école. (vidéo, à partir de 18′ 20″)

C’est vrai, quoi ! Laisser le choix aux parents dans l’éducation de leurs enfants, quelle horreur ! Mais qu’on nous rende notre monopole, s’exclament en substance nos syndicalistes, cette concurrence du privé est déloyale !

Du reste, nous explique le site Café pédagogique, aimable relais des revendications des syndicats d’enseignants estampillés à gauche, chaque fois qu’un pays a voulu libéraliser son système éducatif, il a vu le niveau des élèves s’effondrer. Et de citer l’exemple catastrophique de la Suède, sans oublier les Pays-Bas et le Royaume-Uni, également dans le collimateur de nos vigilants pédagogues.

S’effondrer, vraiment ? C’est curieux. Car quand on lit le dernier classement international TIMSS qui a eu lieu en 2019 et qui a porté sur les résultats en mathématiques et en sciences des élèves de CM1 (Grade 4) et de Quatrième (Grade 8), on constate par exemple que la Suède a recueilli 521 points en maths et 537 points en sciences chez les élève de CM1 tandis que la France traîne péniblement à 485 et 488. Les Pays-Bas sont à 538 et 518 et l’Angleterre à 556 et 537.

    Marseille

De la même façon, dans le classement PISA 2018 (qui teste des élèves de 15 ans), la Suède a obtenu 506 points en lecture, 502 points en maths et 499 points en sciences, tandis que la France stagnait sans gloire à 493, 495 et 493 dans chacune des matières. Si la libéralisation de l’enseignement fait chuter les résultats des élèves, force est de constater que le système collectiviste à la française fait bien pire.

Ces éléments de comparaison, accablants, décrivent à merveille combien la France s’illusionne avec son taux de réussite au bac de 94 %. Mais comme tous les faits établis, ils sont malheureusement incapables d’entamer la bonne conscience syndicale fondée sur la religion du « plus de moyens ». Comme le rapporte le Café pédagogique, qui a recueilli les confidences du Snuipp-Fsu, c’est-à-dire le syndicat d’enseignants majoritaire dans les écoles maternelles et primaire, « les collègues des Bouches-du-Rhône sont catastrophées. Elles attendaient des moyens supplémentaires. »

Vous connaissez la conclusion : ça promet…

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