Macron à Marseille : choisir ses enseignants, la fausse bonne idée

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La période électorale approchant, les mesures pour sauver l’école fleurissent. Les candidats déclinent des catalogues de mesures qui peuvent être bonnes, mais qui sont très loin des enjeux réels de l’école.

Par Jean-Baptiste Noé.

La période électorale approchant, les mesures pour sauver l’école fleurissent. Si chacun est conscient que la bonne formation éducative est indispensable au développement d’un pays prospère, les propositions tombent très souvent à plat car elles ne prennent pas en compte l’origine du mal dont souffre l’école en France. Les candidats déclinent des catalogues de mesures qui peuvent être bonnes, mais qui sont très loin des enjeux réels de l’école.

Ainsi Emmanuel Macron, lors de son discours de père Noël à Marseille, a-t-il dit vouloir permettre à certains chefs d’établissement de pouvoir choisir leur personnel enseignant : il faudra « pouvoir d’abord choisir les enseignants, pour être sûr qu’ils sont pleinement motivés, qu’ils adhèrent au projet ». Cette mesure est tout à fait bonne en soi, mais complètement incongrue dans un système d’Éducation nationale

Le directeur n’a pas choisi son établissement, il a été affecté au gré des accointances syndicales et des accumulations de points de carrière. Il a tout intérêt à faire le moins de vagues possible pour poursuivre son cursus honorum. Le choix des enseignants n’est possible que si le directeur est directement impliqué à la réussite de son établissement, notamment d’un point de vue salarial.

C’est que l’on nomme la participation dans le secteur privé. Or cela n’est possible que si les instituteurs sont réellement libres du choix des programmes et des méthodes pédagogiques. Quand Emmanuel Macron parle de « projet » a quoi fait-il allusion ?

Le projet pédagogique d’un établissement public est une chimère dans la mesure où les instituteurs et les personnels encadrants ne disposent d’aucune liberté pédagogique. Il ne peut y avoir de « projet pédagogique » que s’il existe de véritables choix à faire : uniforme ou non, mixité ou non-mixité, école classique ou école numérique, pédagogie Montessori ou pédagogie Freinet, etc. Ce qui passe par le libre choix des établissements dans le recrutement des élèves et dans celui des parents de choisir l’établissement de leurs enfants.

Tant que cela n’existe pas, la liberté pédagogique est un leurre. 

Les 30 mesures du député Bellamy

Dans le même temps, le député européen LR François-Xavier Bellamy a publié une série de 30 mesures pour répondre à « l’état d’urgence éducatif ». Si les mesures énoncées sont très souvent justes, là aussi elles sont très loin d’apporter des solutions « pour sauver l’école ». C’est même tout le contraire puisque le cadre étatique de l’école n’est jamais remis en cause. Tous ces candidats veulent rafistoler l’enveloppe de l’école alors que c’est la nature même de l’éducation nationale qu’il faut changer. 

Ainsi François-Xavier Bellamy propose-t-il « d’exclure l’utilisation des écrans à l’école au primaire, au collège et au lycée, sauf cas d’usage impérieux » (25). Si je suis personnellement favorable à cette mesure, elle ne doit en aucun cas être imposée à l’ensemble des établissements. Cela doit être un choix de chaque établissement, dans le cadre d’un projet pédagogique validé par la direction, porté par les enseignants et accepté par les parents. Certains établissements banniront les écrans quand d’autres au contraire en feront le centre même de leur pédagogie.

Et c’est ensuite aux professeurs de décider là où ils veulent travailler et aux parents là où ils veulent inscrire leurs enfants. Ce faisant, les 30 mesures proposées poursuivent l’étatisation de l’école et retirent toute autonomie, liberté et indépendance aux professeurs qui, comme aujourd’hui, devront se soumettre aux décrets et aux décisions imposés depuis le ministère.

La notion de liberté scolaire n’est jamais évoquée dans ce document, alors qu’elle devrait être le cœur du programme d’un candidat de droite. Le seul moment où elle est survolée est au point 23 : « Garantir la liberté éducative, et rétablir pour cela le régime d’autorisation de l’Instruction en Famille (IEF). » C’est revenir à la situation antérieure aux récents décrets de Jean-Michel Blanquer, où l’école à la maison se fait dans un cadre qui était déjà très contraint et très surveillé. Nous sommes très loin d’une nécessaire libéralisation de l’école.

Il est aussi surprenant de constater que ces mesures n’évoquent pas le baccalauréat et l’enseignement supérieur, alors qu’ils influencent directement l’organisation du lycée. Ces mesurettes sont très loin de répondre à l’urgence éducative. 

Changer la nature de l’école en France

Ce qui est surprenant, c’est qu’un grand nombre de politiciens soit incapables de comprendre que la raison de l’effondrement du niveau scolaire est due à l’existence de l’Éducation nationale et que c’est donc elle qui doit être supprimée. C’est la nature même de l’école en France qu’il faut changer en créant une école qui repose sur trois piliers : subsidiarité, liberté, confiance. 

Des mesures simples sont à adopter, qui peuvent être prises dès le mois de mai 2022, sitôt le nouveau gouvernement installé. 

1/ Mise en place du chèque éducation, permettant aux parents de choisir librement l’école de leurs enfants. Ce chèque est utilisable dans tous les établissements privés et les établissements publics de type « école à charte ». 

2/ Suppression des concours de recrutement. Les directeurs recrutent eux-mêmes les professeurs. Les nouveaux professeurs allant dans le public sont recrutés sous la forme d’un contrat de droit privé. 

3/ Pour le privé : abrogation des programmes nationaux. Les établissements choisissent leur pédagogie et les volumes horaires des cours de l’année. 

4/ Pour le public : pour les établissements volontaires, passage en mode « école à charte ». Les écoles à charte sont gérées comme les établissements privés. Les professeurs qui n’acceptent pas cela sont réaffectés dans l’établissement de leur choix. Cette création des écoles à charte doit permettre d’assurer la transition vers l’autonomie des établissements publics.   

5/ Possibilité de délégation de service public pour les communes, départements et régions sur le modèle de ce qui se fait actuellement pour les crèches. Les collectivités locales restent propriétaire des locaux scolaires et ont la charge de leur entretien, mais elles peuvent en confier la gestion à une association ou entreprise privée qui assure les cours dans celle-ci. L’association d’école privée pourra recruter les professeurs venant du public. Ceux qui ne le seraient pas doivent être réaffectés dans un autre établissement.   

6/ Suppression du brevet et du baccalauréat dès la session 2022. Voilà deux ans que le bac n’a pas eu lieu pour cause de pandémie. Cela a moins eu le mérite de démontrer son inutilité, les Terminales ayant leurs affectations dans le supérieur avant le passage du bac. 

7/ Abrogation du monopole de la collation des grades. 

8/ D’importantes économies de structures peuvent être réalisées en supprimant toute la couche administrative de l’Éducation nationale : inspecteurs, INSPE, académie, etc. Cela prendra plusieurs années, mais la mesure doit commencer au plus tôt. Les bâtiments libérés pourront être vendus via les domaines et l’argent être affecté au remboursement de la dette.  

Des mesures qui ne seront probablement pas mises en place, ce qui rend certaine la continuité du naufrage scolaire. 

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