Anti-pass sanitaire : une défiance de plus en plus forte envers les institutions 

manifestation anti-pass sanitaire à Nice, aout 2021. — collection privée Contrepoints,

La mise à mal des libertés par ces dernières depuis le début de la pandémie (et même avant) est l’une des causes de cette défiance.

Par Alexandre Massaux.

Le mouvement anti-pass sanitaire se caractérise par une hétérogénéité de ses sympathisants avec toutefois une surreprésentation des entrepreneurs. Leur point commun est le manque de confiance envers les institutions. La mise à mal des libertés par ces dernières depuis le début de la pandémie (et même avant) est l’une des causes de cette défiance.

Le pass sanitaire montre une société plus polarisée qu’elle ne l’a été depuis des décennies. D’un côté, une partie de la population soutient les mesures sanitaires (parfois de manière contrainte à travers l’espoir d’un retour à la normale). À l’opposé, une autre partie s’oppose aux restrictions du fait de la dégradation continue des libertés impactant la vie quotidienne.

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manifestation anti-pass sanitaire à Nice, août 2021. — collection privée Contrepoints, collection privée Contrepoints

Mais ce clivage n’obéit pas à la même division sociologique que d’habitude. Il ne s’agit plus de la gauche contre la droite. Ni même des habitants des centres-villes contre ceux des zones rurales comme à l’époque des Gilets jaunes. Les opposants au pass sanitaire ont des profils plus diversifiés.

Néanmoins certaines convergences existent.

Un mouvement anti-pass sanitaire soutenu par les entrepreneurs

Un sondage de l’IFOP pour le Journal du Dimanche du 26 juillet 2021 montrait que 61 % des dirigeants d’entreprises éprouvaient de la sympathie pour le mouvement. De même, ce soutien était de 50 % pour les artisans et commerçants.

Inversement, les salariés du secteur public (33 % de soutien), les cadres avec les professions intellectuelles supérieures (25 %) et les retraités (20 %) sont les catégories les plus hostiles au mouvement de contestation.

Fait intéressant, le niveau d’études n’est pas un élément déterminant : les personnes les plus diplômées (master et plus) tout comme les non diplômées sont les plus hostiles au mouvement avec respectivement seulement 26 % et 32 % de soutien. Inversement, les personnes moyennement diplômées sont les plus favorables (41 % pour les licenciés). La distinction habituelle entre les « populistes » sans diplômes et les élites éduquées connait ses limites.

Ce mouvement apparait être le fait de la petite classe moyenne qui a été malmenée pendant la crise et qui a été particulièrement touchée par les restrictions.

Le rejet des institutions : conséquence de l’adhésion de ces dernières aux mesures liberticides

Le rejet de l’action du gouvernement, de l’administration mais aussi des médias traditionnels est un point mis en avant pour décrire le mouvement anti-pass sanitaire. Si le concept de bulle d’information est cité comme cause explicative, les discours liberticides des faiseurs de lois et d’opinions doivent aussi être pointés du doigt.

Le ton anxiogène reposant sur le comptage quotidien, tantôt du nombre de morts tantôt du nombre de cas, et poussant aux restrictions a par lui-même polarisé la population. Et il a créé par conséquent une réaction et une méfiance d’une partie de la population.

En cela, le fait que les entrepreneurs et la petite classe moyenne soient parmi les principaux sympathisants du mouvement anti-pass sanitaire n’est pas un hasard. Avoir été une variable d’ajustement, voire avoir été méprisés dans les discours institutionnels, a eu des impacts sur leur travail et sur leur qualité de vie.

Cette situation suit une tendance qui existait déjà avant le début de la crise.

Selon une étude internationale de l’IFOP en 2019, seulement 30 à 37 % des Français avaient confiance dans les médias. Plaçant ainsi la France parmi les pays les plus sceptiques. La crise du Covid n’a fait que renforcer cette méfiance ressentie par une partie de la population.

La confiance envers l’institution étatique n’est pas meilleure. Selon les données de l’OCDE, seulement 41 % des Français avaient confiance dans le gouvernement, un score proche de celui des Hongrois (43 %). En comparaison, ce pourcentage monte à 84,6 % pour les Suisses qui dominent le classement avec les Scandinaves et les Néerlandais. Les pays où les gouvernements ont des pouvoirs très encadrés et qui doivent rendre des comptes à la population ont gagné la confiance de cette dernière.

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manifestation anti-pass sanitaire à Nice, août 2021. — collection privée Contrepoints, collection privée Contrepoints

Inversement, la dimension très verticale du pouvoir en France a abouti à un bras de fer entre l’État et une partie des citoyens.

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