Transition énergétique : cette fois, une histoire belge

Eoliennes-Tétard Olivier-(CC BY-SA 2.0)

Le nucléaire représente actuellement 50 % de la production belge, et le pays aurait 5 années pour le remplacer par des centrales à gaz ! C’est quasi impossible compte tenu des délais administratifs et de construction.

Par Michel Negynas.

Le Belgique compte 7 centrales nucléaires, gérées par Electrabel, filiale d’ENGIE. La transition énergétique prévoit d’arrêter le nucléaire en 2025… sauf que pour l’instant rien n’est prévu pour les remplacer. La situation est surréaliste.

En effet, ENGIE cherche depuis longtemps à vendre ces centrales. C’est logique, la stratégie d’ENGIE est de vendre du gaz. Mais bien évidemment, personne ne s’est présenté pour les acheter compte tenu des perspectives. Ironiquement, ce sont ses centrales nucléaires qui contribuent le plus aux bénéfices d’ENGIE en ce moment !

En fait, cette situation en soi est très dangereuse. Elle pousse les exploitants sans perspectives d’avenir à minimiser les frais de maintenance et conduit à une perte de compétence.

Le nucléaire représente actuellement 50 % de la production belge et le pays aurait 5 ans pour le remplacer par des centrales à gaz ! C’est quasi impossible compte tenu des délais administratifs et de construction. En outre, aucun investisseur n’était assez fou pour mettre son argent dans des centrales à gaz qui ne produiraient que lorsque les énergies intermittentes seraient défaillantes, avec des rendements dégradés du fait des variations brutales et incessantes que cela implique.

À l’instar d’autres pays comme la France, le gouvernement essaye de mettre en place un marché de capacités qui devrait à terme obliger les opérateurs d’ENR à subventionner de manière détournée les centrales à gaz. Mais c’est un peu tard.

Toutes les études montrent que si le programme est maintenu, la Belgique sera entièrement dépendante des importations et en outre, ne pourra qu’augmenter ses émissions de CO2.

Sacrilège ! Les centrales nucléaires font arrêter les éoliennes !

Par deux fois, une situation venteuse a créé un scandale en Belgique. Le 11 mars,  L’Écho titrait : « Quand les centrales nucléaires forcent les éoliennes à s’arrêter »

Évidemment, ce titre racoleur masque un article beaucoup plus nuancé. En fait, on le sait, la réglementation européenne impose aux réseaux électriques de prendre tous les MWh produits par les ENR intermittentes, même s’ils n’en ont pas besoin. Alors, que s’est-il passé ?

Eh bien il y avait beaucoup de vent. À plusieurs reprises, les éoliennes ont dû être arrêtées par mesure de sécurité. Mais la vraie cause est donnée plus loin dans l’article :

En effet, alors que le système électrique présentait un surplus d’énergie, il n’a pas été possible d’exporter cet excédent aux pays voisins. Il faut d’abord souligner que s’il y a un surplus d’électricité en Belgique en raison de conditions climatiques favorables aux renouvelables, il y a des chances pour que tel soit le cas chez nos voisins.

En voilà un bon résumé de problème fondamental des énergies intermittentes !

Et plus loin, on lit :

« Il y a eu un souci avec la plateforme permettant d’anticiper les achats sur le marché day-ahead (marché de court terme). De la sorte, les données par défaut ont été utilisées et les exportations ont été quelque peu limitées », nous explique une source bien informée. Sans bug, donc, il aurait été possible d’exporter davantage, d’autant plus que les prix belges, négatifs à ce moment-là, auraient sans doute intéressé les pays voisins connectés au réseau.

On remarquera qu’il ne semble pas étrange pour l’interviewé que les consommateurs belges subventionnent leurs exportations…

Et alors, pourquoi les centrales nucléaires, les traîtresses, n’ont pas réduit leur production ?

Nous ne pouvions pas prévoir un bug au niveau des interconnexions et rien ne nous indiquait qu’il allait falloir moduler nos unités.

Et quelles sont les conclusions générales tirées par l’auteur de l’article ?

Dans moins de cinq ans, les sept réacteurs du pays seront définitivement mis à l’arrêt. Et dans un premier temps, en attendant le plein développement du renouvelable, ce seront les centrales à gaz qui compléteront le mix de production. En outre, le pays devra pouvoir se reposer davantage sur les importations d’électricité, et donc, sur les interconnexions avec ses pays voisins.

Une phrase que ne renieraient pas nos décideurs français. Sauf qu’on se demande ce que le plein développement du renouvelable va changer au fait que sans vent la nuit, la production est nulle. En outre, il ne vient pas à l’idée de l’auteur que si trop de vent ne permet pas forcément les exportations car la situation est la même chez les voisins, pas de vent, à l’inverse, doit difficilement permettre les importations. Humour belge ?

Selon Pierre Henneaux, professeur spécialisé dans les réseaux électriques à l’ULB :

Pour éviter de devoir arrêter les éoliennes, il faudra développer le stockage, la numérisation des réseaux, améliorer et renforcer les interconnexions et flexibiliser au maximum la demande d’électricité. À terme, il faudra aussi rendre les systèmes plus fiables et trouver des solutions de secours dans chaque pays.

C’est tellement simple, il n’y aura qu’à…

Bis repetita

Le 28 juillet, le scandale se reproduisait. Cette fois ci, on n’hésite pas à tout mettre sur dos des centrales nucléaires, qui avaient pourtant été réduites… mais pas assez ! Il semblerait que pour des raisons de programmation de maintenance, certaines centrales nucléaires belges manquaient de bore, un ingrédient modérateur indispensable pour freiner la réaction.

Bref, il y a toujours une bonne raison pour ne pas remettre en cause le problème fondamental des énergies intermittentes et aléatoires : elles produisent toutes (à des prix bradés) ou rien (quand le prix est élevé) au même moment. Dans un vrai marché libéralisé, elles ne peuvent pas être rentables.

Alors quelle est la solution ? Belga nous la donne :

« Dans les années à venir, il y aura encore beaucoup plus d’énergie éolienne et solaire en Belgique », a déclaré le cabinet Van der Straeten. « Donc, cette situation deviendra de plus en plus courante. »
Selon le cabinet, cela montre qu’il est urgent  d’avoir des capacités de remplacement plus flexibles, comme les centrales électriques au gaz.

La particularité de la Belgique, c’est qu’elle clame haut et fort que les centrales nucléaires seront remplacées par des centrales à gaz, contrairement à la France qui reste discrète sur le sujet. Pendant ce temps là, l’Allemagne construit son gazoduc, Nordstream. Mais elle, elle remplace des centrales à charbon plus émettrices, elle passera pour le bon élève.

Transition énergétique : toujours les mêmes rengaines

Dans tous les pays d’Europe, on rasera gratis, grâce :

  • au numérique,
  • à l’intelligence artificielle,
  • à l’intrusion des mesures de consommation au sein des foyers et à des mesures liberticides,
  • à un stockage à partir de technologies qui n’existent pas encore et qui n’existeront sans doute jamais à hauteur des enjeux,
  • en comptant sur les pays voisins pour résoudre ses propres problèmes.

Pourtant, il existe une règle économique simple et facile à comprendre : un produit qu’on achète sans être sûr de l’avoir est forcément bradé. En outre, au-delà d’un certain mix, les capacités ENR seront excédentaires aux besoins totaux en été ou les week-end. C’est déjà le cas en Allemagne : 120 GW d’ENR pour 50 GW de besoin. Il faudra bien les arrêter, lorsqu’on aura déjà arrêté tout le reste. À terme, leur taux de marche annuel ne peut donc que baisser. Et leur rentabilité aussi.

Cela devrait forcément mal se terminer, sauf pour les vendeurs de gaz.

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